Les projets immobiliers se multiplient depuis quelques années à Montréal, et certains d’entre eux ont su se démarquer grâce à leur architecture. Tour d’horizon d’exemples locaux qui méritent aussi notre attention.

Sophie Ouimet Sophie Ouimet
La Presse

Unity 2, Montréal

Architectes : Atelier Big City

Un bel exemple de tour d’habitation réussie à Montréal est le projet Unity 2, réalisé par l’Atelier Big City. Le bâtiment a beau avoir été construit il y a un certain nombre d’années, il continue à se démarquer. Et autant Daniel Pearl que Nicolas Marier font le parallèle avec la Cité radieuse du Corbusier, à Marseille, non pas pour son allure bétonnée, mais pour l’ingéniosité du plan. Effectivement, dans les deux projets, on ne se contente pas d’avoir un couloir avec des appartements disposés de chaque côté. « Même dans une tour, on peut avoir des unités sur un étage et demi ou sur deux niveaux, avec des couloirs tous les deux étages. Ainsi, on a des unités transversales [avec fenêtres à l’avant et à l’arrière], quelque chose qu’on perd normalement dans la notion de tour », explique M. Pearl.

Dans le Unity, cette flexibilité du plan permet aussi d’avoir des familles qui y vivent, élargissant du même coup la clientèle visée par ce type d’habitation. Nicolas Marier souligne également le fin travail de la façade, ainsi que l’ajout d’une cour intérieure, réalisée en collaboration avec NIP Paysage. « Souvent, on laisse peu de place aux cours urbaines et encore moins à la collaboration avec des architectes de paysage dans ce type de projet, remarque-t-il. Donc, je trouve que c’est un exemple qui parle beaucoup et qui vaut la peine d’être mentionné. » Le Unity 2, qui fait partie d’un ensemble de trois bâtiments d’un même complexe, a d’ailleurs été primé à plus d’une reprise.

L’intemporalité de Mies

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

L’immeuble du 1, Westmount Square

Westmount Square (Montréal), tours d’habitation (L’Île-des-Sœurs)

Toujours dans la sobriété du design, Nathalie Thibodeau cite Mies van der Rohe, qui est, selon elle, un pionnier de cette approche. « Pour lui, l’important, c’est l’humain, et la boîte dans laquelle on le met est là pour valoriser l’humain, et non l’inverse », explique-t-elle. Elle aime citer le projet Lake Shore Drive, à Chicago, mais plus près d’ici, les exemples montréalais du Westmount Square et des immeubles à appartements de L’île-des-Sœurs entrent aussi dans la même veine.

PHOTO OLIVIER PONTBRIAND, ARCHIVES LA PRESSE

L’architecture minimaliste de Mies van der Rohe lui permet de durer dans le temps, selon les architectes que nous avons interrogés.

Jean-François St-Onge, d’ADHOC, abonde dans le même sens et renchérit même avec un exemple new-yorkais, le Bryant de David Chipperfield. « C’est un design qui est très minimaliste, mais qui passe le temps excessivement bien », affirme-t-il, faisant lui aussi un parallèle avec l’œuvre de Mies van der Rohe à Montréal. « Ces tours sont en même temps d’une grande simplicité et d’une grande élégance. Ça me fait beaucoup réfléchir, parce que je pense que c’est une avenue très intéressante pour les unités d’habitation », résume l’architecte, qui peut appliquer ces pistes de réflexion dans son travail, puisque sa firme ADHOC réalise aussi des immeubles de ce type.

Cour de voirie de la Commune

PHOTO FOURNIE PAR LES PROMOTEURS

Le bâtiment du projet C40 aura un bilan carbone positif, contiendra une « forêt urbaine », et certains des logements seront réservés pour des familles à faible revenu.

L’ŒUF avec ACDF, Pomerleau, Ivanhoé Cambridge et Gensler architecture

« Un des problèmes avec les tours, c’est la privatisation de l’espace public », lance d’emblée Daniel Pearl. C’est cet effet qu’il a voulu dissiper avec le projet C40, un appel de propositions que lui et son équipe de Demain Montréal ont remporté. Le projet, situé dans une ancienne cour de voirie rue de la Commune, aura un rez-de-chaussée qui servira à toute la communauté, et non juste aux habitants. Dans un espace baptisé le « souk », on trouvera un atelier collaboratif, des restaurants, une épicerie zéro déchet… « C’est une tour de 18 étages, mais tout le rez-de-chaussée est donné à la fonction communautaire. Donc, il y a un espace public qui compense pour le fait qu’il y a une tour plus ou moins privatisée », précise M. Pearl. En plus de cet aspect, le bâtiment aura un bilan carbone positif, contiendra une « forêt urbaine », et certains des logements seront réservés pour des familles à faible revenu. Un projet à suivre, donc.

Panorama, Laval

PHOTO HUGO-SEBASTIEN AUBERT, LA PRESSE

ACDF a conçu une tour de 30 étages pour personnes retraitées à Sainte-Dorothée, sur les berges de la rivière des Prairies.

Architectes : ACDF Architecture

Nathalie Thibodeau a eu un petit coup de cœur pour ce projet signé ACDF, une tour de 30 étages pour personnes retraitées située à Sainte-Dorothée, sur les berges de la rivière des Prairies. « Je trouve que c’est un beau projet bien fait. En général, les résidences de ce type ne sont pas choyées en termes d’architecture, mais ici, il y a de beaux détails, de jolies finitions, et on sent qu’il y a de la qualité. »