Nous vous présentons trois spiritueux récemment arrivés sur le marché, qui représentent ce qui se fait de très bien dans nos microdistilleries locales. 

Ève Dumas Ève Dumas
La Presse

Acérum 1 an, Distillerie du St. Laurent

40 % alc./vol., 750 ml, 69 $

PHOTO FOURNIE PAR LA DISTILLERIE DU ST. LAURENT

Acérum 1 an, Distillerie du St. Laurent

L’Acérum devrait devenir une appellation réservée d’ici quelques années. Plusieurs distillateurs, dont les pionniers St. Laurent et Shefford, puis La société secrète, Mitis, Noroi et Wabasso, le voient comme l’alcool identitaire par excellence pour le Québec. « L’Écosse a le Scotch, la France a le Cognac, le Mexique a le Mezcal, le Pérou a le Pisco. Le Québec a maintenant l’Acérum », peut-on lire sur le site de la Distillerie du St. Laurent. Avec ses sucres fermentescibles abondants, le sirop d’érable ne demande qu’à être transformé en alcool ! Pour faire un spiritueux, il est même préférable d’utiliser du sirop de bourgeon. Ce « sirop de transformation », la Fédération des producteurs et productrices acéricoles du Québec en aurait environ 36 000 barils (des millions de litres) en stock. Il faut 25 litres pour faire une seule bouteille. St. Laurent a fait le choix de ne pas embouteiller d’Acérum blanc. Pour cette première version, Jean-François Cloutier et Joël Pelletier ont fait un assemblage de plusieurs fûts qui reposaient dans leur chai de Rimouski depuis au moins un an. L’objectif est d’atteindre un vieillissement de trois ans avec certains barils. Même jeune, l’Acérum St. Laurent est intéressant. Le nez sucré du sirop d’érable se hume d’emblée. On hésite entre le rhum et la tequila vieillie comme points de comparaison. En bouche, cette impression de sucre cède la place aux notes boisées bien équilibrées. Ça goûte la châtaigne et le caramel écossais. L’érable revient subtilement en finale. À boire nature ou à ajouter dans son réduit au printemps !

> Consultez la fiche de la SAQ : https://www.saq.com/page/fr/saqcom/eau-de-vie-derable/st-laurent-acerum-1-an/14352875

Gin Mugo, Distillerie Mitis

43 % alc./vol., 750 ml, 46,50 $

PHOTO FOURNIE PAR LA DISTILLERIE MITIS

Gin Mugo, Distillerie Mitis

Voici un exemple de gin particulièrement réussi fait avec un alcool de grain neutre acheté et non distillé sur place. « Les petits alambics que la majorité des microdistilleries possèdent ne permettent pas de faire un alcool aussi pur et neutre que celui de la raffinerie Greenfield à Chatham, en Ontario », déclare Yan Lévesque, maître distillateur chez Mitis. Élaboré en collaboration avec les Jardins de Métis, ce gin est aromatisé au pin montagnard (pinus mugo) cueilli à la main à la propriété. Sa présence est tout en subtilité. Et c’est cette délicatesse et cette fraîcheur qu’on aime de l’énième (mais non la moindre) version québécoise du spiritueux au parfum de genièvre. Le palais bien entraîné reconnaîtra aussi le poivre des dunes. La finale est très florale, sur l’eau de rose. Chez Mitis, on prévoit aussi proposer des produits fermentés et distillés sur place, à partir de matières québécoises — le sirop d’érable, par exemple —, mais aussi de matières venant d’ailleurs. Un spiritueux de type rhum, fait à partir de canne à sucre et de mélasse (bien sûr importées) fermentées puis distillées sur place, puis aromatisé aux essences de bois locales est-il québécois ? Pourquoi pas ? David Soucy, « coureur des bois et maître assembleur » de la distillerie, est ingénieur forestier de formation. Il choisira lui-même, dans le bois, les bouleaux jaunes, érables à sucre et pommiers qui serviront à aromatiser ce spiritueux de canne à sucre. Un rhum suivra lorsqu’il aura passé au moins un an en fût de chêne.

> Consultez la fiche de la SAQ : https://www.saq.com/page/fr/saqcom/dry-gin/mugo/14235960

Premier Whisky 93/07 Réserve Paul Cirka

46 % alc./vol., 750 ml, 70 $, produit épuisé

PHOTO FOURNIE PAR CIRKA

Premier Whisky 93/07 Réserve Paul Cirka

Il y a trois ans et des poussières, après moult tests de grains, de mouture, de fermentation et de distillation, entre autres, Paul Cirka a mis son premier whisky en devenir dans de beaux fûts neufs. Une fois la marque des trois ans atteinte et le résultat jugé satisfaisant, le distillateur et son équipe ont décidé de finir le jeune whisky en fût d’oloroso, un type de xérès particulièrement noisetté. S’en sont suivis l’embouteillage, l’étiquetage et la mise en vente du produit, le 21 décembre, puis, très peu de temps après, l’épuisement des stocks. Le nom, Premier Whisky 93/07, fait référence au contenu de la bouteille, soit 93 % de seigle local de Yamachiche et 7 % de malt de seigle chocolat. Parce qu’il est encore impossible, pour l’instant, d’acheter ce type de malt de seigle localement, la distillerie s’est approvisionnée en Allemagne. Ce petit 7 % rend-il le spiritueux moins québécois ? Oui, si l’on se fie à la définition du Programme d’appui au positionnement des alcools québécois (PAPAQ) : « spiritueux entièrement composé d’un alcool distillé par le fabricant, exclusivement à partir de matières premières québécoises ». Mais revenons à ce qu’il y a dans la bouteille, soit un très agréable et étonnamment complexe whisky de seigle qui surprend par une attaque bien vive, mais amadoue les papilles avec ses notes finales de mocha. Le nez est assez pâtissier, avec ses arômes d’érable et de fruits secs, mais en bouche, ce sont les épices et la torréfaction qui ressortent. Les 850 bouteilles de ce superbe produit sont vendues, mais un nouveau whisky, principalement à base de maïs cette fois, sera embouteillé au printemps.