(Ottawa) À un peu plus de deux semaines du jour du vote, les Québécois attendent toujours le « contrat » que le chef conservateur Erin O’Toole disait avoir mis à la poste.

Lina Dib La Presse Canadienne

Le 18 août, jour 2 de la campagne électorale, M. O’Toole entamait son opération charme au Québec en faisant une série de promesses aux Québécois, se présentait comme « partenaire » plutôt que « paternaliste ».

« Au cours des prochains jours, vous allez recevoir mon contrat par la poste. Je vous invite à le lire, à (me) faire confiance », lançait-il dans son discours à l’aéroport de Québec.

« Je vais vous envoyer mon plan… et mon contrat », disait-il encore jeudi soir à Yves-François Blanchet, au cours du « Face-à-face » sur les ondes de TVA. Le chef bloquiste se moquait du fait que le chef conservateur répétait sans cesse qu’il avait « un plan », sans toutefois donner de précisions sur le contenu de son plan dans plusieurs thèmes.

Vendredi matin, aucun contrat conservateur n’était encore apparu dans une boîte postale au Québec.

Jeudi soir, le parti a cependant publié sur Twitter un lien vers une version électronique, en français seulement. M. O’Toole y reprend, entre autres, ses promesses de donner plus de pouvoirs en immigration à Québec et de « respecter le droit du Québec à adopter ses propres lois, comme la loi sur la laïcité de l’État ».

« Voici mon contrat envers vous. Conservez-le, car ce sont mes engagements. Si vous êtes tanné de Justin Trudeau, je vous invite à opter pour un gouvernement conservateur », conclut M. O’Toole sur une page web créée pour l’occasion.

Les armes à feu

Vendredi matin, avant de quitter Montréal, Erin O’Toole voulait insister sur ses promesses entourant les armes à feu. Les conservateurs promettent « une attaque contre la violence liée aux armes à feu et aux gangs ».

Il a cependant dû revenir sur la promesse, écrite en toutes lettres dans sa plateforme électorale – page 96, notait Justin Trudeau pendant le débat à TVA – de renverser la décision du gouvernement libéral d’interdire certaines armes d’assaut.

« On va maintenir l’interdiction sur les armes d’assaut », a répondu le chef conservateur aux nombreuses questions des journalistes sur le sujet. « On doit cibler les gangs de rue, la contrebande », a-t-il enchaîné chaque fois.

Il a été impossible de lui faire expliquer l’apparente contradiction entre cette nouvelle déclaration et le contenu de sa plateforme.

Ce qu’on lit à la page 96, c’est la promesse conservatrice d’« abolir le projet de loi C-71 et le décret de mai 2020 ».

Le décret de mai 2020 du gouvernement libéral a interdit la possession de neuf types « d’armes à feu de style armes d’assaut ». Le Ruger Mini-14, qui est celui utilisé dans la tuerie de Polytechnique, fait partie de la liste.

En campagne à Longueuil, le chef du Bloc québécois espérait entendre Erin O’Toole clarifier tout cela. Son vœu n’a pas été exaucé.

« Moi je veux voir M. O’Toole soit réaliser sa promesse de bannir les armes d’assaut, ou soit répéter en anglais ce qu’il a dit hier en français, voir comme il va être reçu dans l’Ouest », ironisait Yves-François Blanchet.

Justin Trudeau entendait moins à rire.

« Sur […] un enjeu si important pour tant de Canadiens, qu’il dise ce qu’il va faire. Et ce qu’il va faire, noir sur blanc, dans sa plateforme pour le lobby des armes à feu, c’est qu’il va renverser notre décision de bannir, d’interdire les armes à feu de style assaut militaire », a lancé le chef libéral pendant un arrêt de sa campagne à Mississauga. « C’est tout à fait irresponsable », a ajouté M. Trudeau.

En tout, c’est 1500 modèles d’armes à feu que le décret du gouvernement libéral a interdit d’utiliser, de vendre ou d’importer. Comme le décret n’allait pas aussi loin que l’interdiction de possession, l’organisme Polysesouvient l’avait dénoncé.

Maintenant, les libéraux promettent, s’ils sont réélus, que ces armes devront être rachetées par le gouvernement ou bien rendues complètement inopérantes.

Les troupes de Justin Trudeau semblent croire qu’ils ont là un sujet porteur pour attaquer Erin O’Toole. Mélanie Joly, coprésidente de la campagne libérale, ne mâchait pas ses mots dans une conférence de presse convoquée vendredi après-midi.

« Erin O’Toole ment par omission », a-t-elle accusé. Les libéraux croient que si le chef conservateur peut déclarer qu’il va maintenir l’interdiction des armes d’assaut, c’est parce qu’il définirait ce terme de manière très étroite ; l’arme de Marc Lépine ne serait donc pas « une arme d’assaut » selon la définition conservatrice.

En après-midi, le Parti conservateur a tenté de clarifier sa position dans un courriel.

« Nous allons commencer par abolir […] le décret de mai 2020, et faire un examen de la Loi sur les armes à feu […]. Nous allons ensuite la mettre à jour en créant un système de classification simplifié et en le codifiant dans la loi pour bien préciser quels types d’armes entrent dans chaque catégorie », écrit-on.

Peut-on en comprendre que M. O’Toole lèverait, jusqu’à nouvel ordre, l’interdiction du Ruger Mini-14 ? La question est restée sans réponse.