(Ottawa) Le chef libéral Justin Trudeau a été malmené au débat de TVA, jeudi soir, pour avoir plongé le pays en élections. Ses trois adversaires lui ont reproché d’avoir déclenché une campagne électorale « inutile », alors que la quatrième vague de la pandémie déferle sur le pays.

Mis à jour le 2 sept. 2021
Joël-Denis Bellavance
Joël-Denis Bellavance La Presse
Mélanie Marquis
Mélanie Marquis La Presse

Attaqué par ses trois adversaires Erin O’Toole, Yves-François Blanchet et Jagmeet Singh, il a insisté sur le fait que la démocratie ne devait pas être mise en suspens parce qu’une minorité de la population canadienne n’a pas été vaccinée contre la COVID-19.

« Presque 80 % de tous les Canadiens ont fait leur job, ont fait leur part, se sont fait vacciner, et là, on est en train de dire que parce que 20 % ont choisi de ne pas se faire vacciner et sont dans une quatrième vague, on ne peut pas avoir de démocratie, on ne peut pas avoir d’élections ? C’est ridicule », a-t-il lancé.

Il a ajouté que s’il avait choisi de convoquer les électeurs aux urnes pour solliciter un troisième mandat, c’est parce qu’il doit en obtenir un nouveau pour mettre en œuvre des mesures de sortie de crise.

« La réalité, c’est qu’on est en train de prendre des décisions maintenant – pas dans trois mois, pas dans un an, certainement pas dans deux ans – qui vont impliquer tous les Canadiens dans un avenir différent selon qui va se faire élire », a insisté Justin Trudeau.

Il n’a évidemment convaincu aucun de ses adversaires.

Tous ont plaidé que le Parlement « fonctionnait ». Et qu’il aurait aisément pu fonctionner jusqu’à la limite de son mandat obtenu en 2019, même si son gouvernement était minoritaire, soit encore deux ans.

Le chef conservateur Erin O’Toole l’a accusé de vouloir faire passer ses intérêts avant ceux des Canadiens.

Il a aussi vivement déploré que le scrutin se tienne en temps de « crise », alors que des incendies de forêt font toujours rage en Colombie-Britannique et que la situation politique en Afghanistan nécessite une attention de tous les instants.

PHOTO MARTIN CHEVALIER, FOURNIE PAR L’AGENCE QMI

Erin O’Toole, chef du Parti conservateur du Canada

Quant au chef bloquiste, il a prédit un sombre destin à Justin Trudeau en établissant un parallèle entre le déclenchement de ces élections anticipées et celles de 2014 au Québec, qui s’étaient soldées par une défaite du gouvernement minoritaire péquiste de Pauline Marois, au sein duquel il était ministre.

« J’ai joué dans le film en 2014 de précipiter une élection parce qu’on pense qu’il faut avoir de l’ambition. Ç’a été une suspension à ma carrière politique », a-t-il lancé, plaidant aussi durant la soirée pour l’élection d’un autre gouvernement minoritaire.

« On a été élus pour quatre ans et il reste deux ans […] Oui, on peut avoir une élection dans quatre ans. Mais maintenant, c’est inutile », a pour sa part lancé Jagmeet Singh, qui a par ailleurs refusé de dire s’il offrirait sa collaboration à un gouvernement conservateur minoritaire.

Un gouvernement minoritaire, c’est ce que souhaite Yves-François Blanchet.

Mais Justin Trudeau y est allé de cette affirmation : « Je pense qu’on se retrouverait dans 18 mois pour une autre élection si on a un gouvernement minoritaire. »

Durant le Face-à-face de TVA, animé par Pierre Bruneau, trois thèmes ont été abordés, soit la pandémie, les politiques sociales et le Canada de demain. La question de l’avortement, qui avait tant nui à l’ancien chef conservateur Andrew Scheer en 2019, n’a pas été abordée, pas plus que l’affaire WE Charity.

Transferts en santé

Les relations fédérales-provinciales ont provoqué des flammèches entre les chefs, notamment lorsqu’il a été question des transferts en santé.

Le chef libéral Justin Trudeau a dû se défendre de vouloir imposer des normes nationales aux provinces pour la gestion des centres de soins de longue durée.

Le chef conservateur Erin O’Toole a profité de l’occasion pour vanter son fédéralisme de partenariat et le contrat qu’il propose aux Québécois. Durant la soirée, il a d’ailleurs prononcé le nom du premier ministre du Québec, François Legault, à une douzaine de reprises.

« Les provinces ont besoin d’un partenaire à Ottawa. Les provinces n’ont pas besoin d’un papa », a-t-il lancé en rappelant qu’il s’engageait à augmenter les transferts en santé aux provinces d’au moins 6 % par année, et ce, sans condition.

Justin Trudeau a par la suite reproché à son adversaire conservateur d’avoir présenté une plateforme sans cadre financier. « Il n’y a aucun chiffre dans votre plateforme. Ce n’est pas sérieux », a-t-il affirmé.

Le chèque pour les garderies

Que ferait un gouvernement O’Toole du chèque de 6 milliards qui a été promis au gouvernement Legault pour son réseau de centres de la petite enfance (CPE) ? Le chef conservateur s’est fait poser la question de toutes sortes de façons, mais il n’a pas offert de réponse suffisamment claire aux yeux de ses rivaux.

Talonné par Yves-François Blanchet, il a martelé qu’il allait « collaborer » et « coordonner », et qu’en vertu de son « plan », il allait « aider toutes les familles québécoises », en particulier celles qui sont moins bien nanties, grâce à un crédit d’impôt.

PHOTO MARTIN CHEVALIER, FOURNIE PAR L’AGENCE QMI

Yves-François Blanchet, chef du Bloc québécois

« Dites que vous allez laisser le 6 milliards et ça va être fini », s’est impatienté le chef du Bloc québécois.

Le chef libéral, qui a conclu cette entente avec le gouvernement québécois peu avant le déclenchement des élections fédérales, a plaidé que les réponses de son adversaire conservateur démontraient que ce dernier ne comprenait pas le système des CPE.

« Vous ne connaissez pas votre dossier. Vous ne connaissez pas les Québécois », a pesté Justin Trudeau.

« Plus de pétrole ou full de pétrole »

Dans le segment du débat portant sur l’environnement, le chef néo-démocrate Jagmeet Singh a cherché à mettre Justin Trudeau et Erin O’Toole dans le même panier en matière d’exploitation pétrolière.

PHOTO MARTIN CHEVALIER, FOURNIE PAR L’AGENCE QMI

Jagmeet Singh, chef du Nouveau Parti démocratique

« C’est un choix entre plus de pétrole ou full de pétrole », a-t-il lâché, en reprochant aux libéraux l’achat de l’oléoduc Trans Mountain.

Cette transaction, le chef libéral a convenu qu’elle en avait laissé certains pantois, mais il a soutenu qu’il avait été « très clair » sur le fait que les profits en découlant serviraient à financer des projets verts. Yves-François Blanchet a sursauté : « On ne dit pas à quelqu’un : “Je vais te soigner ta jambe cassée en te cassant l’autre.” »

Mais c’est lui ensuite qui s’est retrouvé sur la défensive, pour sa position sur le troisième lien entre Québec et Lévis, un chantier qui a « un potentiel » environnemental, a-t-il maintenu. En revanche, il ne s’agit pas d’un « appui », a plaidé M. Blanchet, critiquant les journaux qui ont selon lui erré avec de telles manchettes.

Le débat à TVA est le premier de la campagne électorale. Deux autres débats organisés par la Commission des débats des chefs auront lieu la semaine prochaine.