(Ottawa ) Le premier ministre Justin Trudeau a confirmé dimanche matin ce qui n’était plus un secret pour personne : le pays sera plongé en campagne électorale jusqu’au 20 septembre prochain, soit la durée minimale prévue par la loi, alors que la quatrième vague est officiellement commencée au Canada.

Henri Ouellette-Vézina
Henri Ouellette-Vézina La Presse

Le chef libéral est arrivé peu après 10 h à Rideau Hall en compagnie de sa femme Sophie Grégoire Trudeau et ses trois enfants, pour demander officiellement à la gouverneure générale du Canada Mary Simon de dissoudre le Parlement.

PHOTO JUSTIN TANG, LA PRESSE CANADIENNE

Justin Trudeau se rendant à Rideau Hall en compagnie de sa femme Sophie Grégoire et de ses trois enfants

« La gouverneure générale a accepté ma demande de dissoudre le Parlement. Les Canadiens iront donc aux urnes le 20 septembre », a ainsi confirmé M. Trudeau lors d’une allocution à sa sortie de cette rencontre, en fin d’avant-midi. Il a du même souffle soutenu que son parti « a été là pour vous » et que « maintenant, c’est à vous de vous exprimer ». « Je vous demande d’appuyer un gouvernement progressiste et ambitieux » qui prône « un système de santé fort, le logement abordable et un environnement protégé », a-t-il ajouté.

Interrogé à savoir s’il comptait démissionner dans l’éventualité où il ne parvient pas à a former une majorité au Parlement, le chef libéral s’est fait évasif à plusieurs reprises, refusant de répondre directement à la question. « Les Canadiens vont se prononcer. Moi, ma job et mon engagement envers eux, c’est de continuer d’être là, aussi longtemps que ça prendra, avec tout ce que ça prendra », a-t-il soulevé, en ajoutant que « nos institutions sont assez robustes pour fonctionner même dans un moment difficile ».

On vit un moment historique et vous avez votre mot à dire. […] C’est important que les Canadiens puissent se faire entendre sur comment on va en finir avec cette pandémie, et comment on va rebâtir en mieux.

Justin Trudeau

Le premier ministre a affirmé qu’il est venu le temps « d’être encore plus ambitieux pour créer du logement, de travailler encore plus fort sur le chemin de la réconciliation, d’être plus audacieux pour protéger l’environnement et faire croître notre économie ».

Il a invité au passage les oppositions à expliquer « pourquoi les Canadiens ne devraient pas avoir de choix ». « En tant que gouvernement, on a choisi de s’assurer que les fonctionnaires fédéraux et toutes les personnes qui prennent un train ou un avion soient vaccinés. Ce n’est pas tout le monde qui est d’accord. Et ce ne sont pas tous les partis qui sont d’accord. Alors, les Canadiens devraient pouvoir exprimer leur point de vue. »

En déclenchant une campagne fédérale en pleine quatrième vague, le premier ministre Trudeau rompt ainsi avec ce qu’il soutenait le printemps dernier. Il avait alors répété à maintes reprises qu’aucun Canadien « ne veut d’élections avant la fin de la pandémie » de COVID-19.

Décision controversée

Le déclenchement d’une élection fédérale, qui survient en pleine quatrième vague et alors qu’il restait encore deux ans au mandat du gouvernement minoritaire des libéraux, a été catégoriquement dénoncé par tous les partis d’opposition à la Chambre des communes au courant des derniers jours. Des experts en santé publique ont aussi soulevé plusieurs questions sur les risques que pose une telle campagne, alors que le variant Delta gagne du terrain dans plusieurs provinces.

À la dissolution du Parlement, les libéraux de Justin Trudeau détenaient 155 sièges contre 119 chez les conservateurs, 32 chez les bloquistes, 24 du côté des néo-démocrates et deux chez les verts. Cinq élus étaient aussi indépendants, et s’affichaient sans couleur politique.

D’après les plus récentes projections de 338Canada – un agrégateur de sondages permettant de faire des projections du vote populaire –, les libéraux de Justin Trudeau obtiendraient entre 35 et 36 % du vote en date du 14 août.

Les conservateurs d’Erin O’Toole suivent avec un plus de 29 %, pendant que le Nouveau Parti démocratique (NPD) récolte près de 20 % des voix. Le Bloc québécois, qui ne présente pas de candidats à l’extérieur du Québec, récolte 6,7 % des votes au niveau national, suivi du Parti vert à 4,9 % et du Parti populaire du Canada (PPC) à 2,5 %.

Quoique statistiquement en avance, la position des libéraux ne leur permettrait pas nécessairement de regagner la majorité qu’ils convoitent pour le moment. Rappelons que la campagne sera la plus chère jamais organisée au pays ; plus tôt cette semaine, La Presse révélait en effet que la facture sera de 612 millions de dollars, soit 100 millions de dollars de plus que celle de 2019.