(Ottawa) Andrew Scheer demeure convaincu qu’un premier ministre peut avoir un point de vue conservateur sur des questions controversées telles que le mariage homosexuel et l’avortement sans que les Canadiens ne craignent qu’il les impose au pays.

Stephanie Levitz
La Presse canadienne

Mais le chef conservateur sait également que si ces opinions s’avéraient être la raison pour laquelle il a échoué à convaincre les électeurs, lundi, elles pourraient lui coûter son emploi.

Dans une entrevue exclusive à La Presse canadienne, M. Scheer a déclaré qu’une vaste analyse était en cours pour déterminer ce qui avait fonctionné ou non pour son parti lors de l’élection qui a relégué les conservateurs dans l’opposition, malgré les innombrables scandales qui ont affecté le gouvernement libéral de Justin Trudeau.

« Je pense que vous pouvez avoir les deux positions : vous pouvez avoir un point de vue personnel et vous pouvez reconnaître qu’au Canada, le premier ministre n’impose pas un point de vue particulier aux Canadiens », a-t-il déclaré à propos de son opposition à l’avortement et au mariage homosexuel.

En d’autres termes, même si ses opinions personnelles ne sont pas un secret, elles doivent être mises de côté lorsque vient le temps de voter, selon lui.

« Je pense que les Canadiens comprennent que de nombreuses personnes peuvent avoir un point de vue différent sur ces questions. Ce qui leur importe, c’est de savoir si un premier ministre apportera des changements ou cherchera à faire des changements », a-t-il expliqué.

« Et j’ai assuré aux Canadiens que, en tant que premier ministre, je n’aurais pas rouvert ces débats. »

Néanmoins, la campagne des conservateurs a grandement souffert, au cours des 40 jours de la campagne électorale, de n’avoir pas réussi à opposer une réplique solide chaque fois que les rivaux de M. Scheer cherchaient à exploiter ses convictions profondes.

Les questions des autres chefs de parti, des experts et des médias à ce sujet se sont accumulées pendant une semaine avant que M. Scheer n’énonce clairement son point de vue pro-vie. Sa position sur le mariage homosexuel reste floue : elle a évolué depuis 2005, lorsqu’il a prononcé devant la Chambre des communes un discours que les libéraux ont exploité avant la campagne, mais on ignore de quelle façon.

Ces critiques sont maintenant renvoyées à M. Scheer au moment où un bilan se poursuit à l’interne. Mais il y a aussi un problème à l’externe : les membres du parti se réuniront en avril pour décider s’il doit rester en tant que chef.

M. Scheer dit qu’il sait que son avenir n’est pas garanti.

Il s’attendait à être tenu pour responsable, a-t-il admis, et il se réjouit que les députés conservateurs et la base du parti posent des questions difficiles. Il a indiqué qu’il attirera l’attention sur les bons côtés : une augmentation du nombre de sièges et une victoire historique pour ce qui est du vote populaire.

« Mon message aux membres sera le suivant : nous avons apporté des améliorations, nous avons réalisé des gains. Ce n’est pas satisfaisant, nous devons faire mieux, mais avec mon équipe, nous nous concentrons sur l’analyse de ce qui a fonctionné et de ce qui n’a pas fonctionné, et sur la façon de nous améliorer la prochaine fois. Nous allons examiner tous les aspects de cette question. »

Le conservatisme social de M. Scheer a été un sujet d’attaque perpétuel de la part des libéraux pendant la campagne. Une course dont le ton et la négativité ont été regrettés par le chef libéral Justin Trudeau cette semaine.

M. Scheer a rejeté les commentaires de M. Trudeau qu’il juge peu sincères.

Les conservateurs ont lancé leurs propres attaques négatives contre M. Trudeau, notamment en faisant circuler des allusions non fondées sur l’époque où M. Trudeau était enseignant et en alléguant que les libéraux et le NPD complotaient pour augmenter la TPS afin de financer leurs promesses.

M. Scheer a dit que ces attaques seront examinées dans le cadre de la révision interne du parti.

« Notre campagne s’est soldée par des résultats dont nous ne sommes pas satisfaits », a-t-il déclaré.

« Nous allons donc revenir en arrière et examiner ce qui a vraiment résonné et ce qui ne l’a pas fait, mais en même temps, je pense qu’il est approprié de souligner les fausses déclarations faites par un autre chef. »

M. Scheer a indiqué qu’il avait parlé depuis l’élection avec l’ancien premier ministre Stephen Harper, qui s’est entretenu cette semaine avec de nombreux hauts conservateurs pour un compte rendu. Les résultats du parti sont semblables à ceux de la première élection de M. Harper en tant que chef conservateur en 2004, lorsqu’il avait lui aussi réduit le gouvernement libéral à une minorité.

M. Harper allait ensuite gagner sa propre minorité en 2006, puis une majorité cinq ans plus tard.

M. Scheer a déclaré vouloir entendre un discours du Trône qui exposera un plan visant à mettre les ressources naturelles sur le marché et à reconnaître que les dépenses déficitaires doivent être maîtrisées.

En d’autres termes, a-t-il dit, le destin du gouvernement appartient à M. Trudeau lui-même.

« Nous verrons ce qu’il va faire », a dit M. Scheer, citant les préoccupations des conservateurs concernant la manière dont M. Trudeau a agi lors de la dernière législature, notamment la suspension des enquêtes sur l’affaire SNC-Lavalin

« Nous verrons quelle attitude il a à l’égard du travail que peut accomplir le Parlement. »