(Ottawa) « Je vais continuer comme chef. » C’est là un souhait, et pas nécessairement un fait, qu’a énoncé Andrew Scheer à Regina au lendemain de sa défaite. En effet, il reviendra aux membres de décider s’ils consentent à lui laisser les rênes du parti.

Mélanie Marquis Mélanie Marquis
La Presse

Selon la constitution du Parti conservateur, un chef qui ne parvient pas à former le gouvernement et qui choisit de ne pas démissionner doit se soumettre à un vote de confiance au premier congrès national suivant les élections.

Une course à la direction est enclenchée si plus de 50 % des délégués en décident ainsi, par vote secret.

Au Parti conservateur, le leadership d’Andrew Scheer n’est pas remis en doute, a assuré un porte-parole de la formation : « Le parti se range évidemment derrière son chef. Nous sommes fiers de la campagne qu’Andrew Scheer a menée », a déclaré Cory Hann.

« Lorsque ce gouvernement libéral tombera, nous reprendrons la bataille contre Justin Trudeau pour offrir aux Canadiens le gouvernement qu’ils méritent », a-t-il ajouté dans un courriel transmis à La Presse, hier.

Cela n’empêche pas les rumeurs de commencer à circuler en coulisses.

Rien de plus normal : « Comme après toute défaite électorale, il y aura assurément du grenouillage. Certains vont contester le leadership de M. Scheer. D’ailleurs, c’est déjà commencé », explique Yan Plante, qui a déjà travaillé au sein de la formation.

En fait, avant même la fin de la campagne électorale, le Globe and Mail écrivait que des proches de l’ex-ministre Peter MacKay préparaient le terrain pour le hisser à la tête du parti. Le principal intéressé, qui avait passé son tour en 2016, a nié ces informations.

PHOTO CARLOS OSORIO, ARCHIVES REUTERS

L’ex-ministre Peter MacKay

Un autre poids lourd du mouvement qui avait été considéré comme aspirant à la succession de Stephen Harper, l’ancien premier ministre de la Saskatchewan, Brad Wall, n’a pas voulu accorder d’entrevue à La Presse, hier.

Scheer comme Mulcair ?

Le prochain congrès aura lieu en avril 2020 à Toronto, ville où les troupes d’Andrew Scheer ont fait chou blanc – mais surtout, ville dont les banlieues sont demeurées de glace face à l’opération charme des conservateurs.

Car malgré le coup de pouce du premier ministre albertain Jason Kenney, le chef n’a pas livré la marchandise dans la « GTA », région riche en sièges qui avait permis à Stephen Harper de réaliser l’exploit d’obtenir une majorité sans réel apport du Québec en 2011.

Un autre qui n’avait pas livré la marchandise ?

Un certain Thomas Mulcair, à la campagne de 2015. À la surprise générale, il s’était fait montrer la porte à un congrès qui se tenait aussi en territoire hostile – en Alberta, où les délégations s’étaient mobilisées pour le chasser, sur fond de querelle d’oléoducs.

Le stratège Karl Bélanger, qui était directeur national du NPD alors, ne voit pas de raison pour les délégués qui convergeront dans la Ville Reine au printemps prochain d’éjecter Andrew Scheer.

La réalité, c’est qu’il a fait grandir son parti par rapport
à la dernière élection.

Karl Bélanger, stratège

Et « s’il y a une leçon à retenir de ce qui est arrivé à Thomas Mulcair, et considérant les résultats du NPD cette fois-ci [inférieurs à 2015], c’est que mettre son chef dehors à la première défaite, ça peut être une erreur », lance-t-il en entrevue avec La Presse.

« Une des choses importantes en politique, c’est l’apprentissage », philosophe-t-il.

Hier, dans un échange en direct sur Facebook avec des internautes, Andrew Scheer a dit ceci : « Nous avons déjà commencé à faire le travail pour régler certains problèmes. J’ai rencontré des personnes clés impliquées dans la campagne. Nous allons effectuer un examen exhaustif en partant de l’idée que nous avons progressé, mais que nous devons faire mieux la prochaine fois. »

Se lancer dans une course à la direction pourrait s’avérer fort hasardeux, fait remarquer Yan Plante. « Les membres n’auront pas juste à se demander s’ils sont satisfaits de M. Scheer. Le timing est important », affirme-t-il à La Presse.

« S’ils retirent leur confiance, ça veut dire un chef au printemps 2021. Pendant ce temps, M. Trudeau se préparerait aux élections, et une fois le nouveau chef élu, il déclencherait les élections pas mal vite ! », suggère cet ancien chef de cabinet du ministre Denis Lebel.

Il serait « imprudent » pour Andrew Scheer de divulguer publiquement le seuil minimal d’appuis qu’il voudrait obtenir pour avoir la légitimité de demeurer en poste, mais « s’il obtenait quelque chose sous les deux tiers, les trois quarts, ce serait difficile », croit-il.

Selon un sondage réalisé par Ipsos pour Global News à la sortie des bureaux de vote, 63 % des participants étaient d’avis que le chef devrait tirer sa révérence s’il perdait. Près d’une personne sur quatre d’allégeance conservatrice était de cet avis.