Le premier ministre désigné Justin Trudeau n’a pas l’intention de former une quelconque coalition « formelle ou informelle » avec les partis d’opposition, lui qui devra apprendre à naviguer avec un gouvernement minoritaire à la Chambre des communes.

Fanny Lévesque Fanny Lévesque
La Presse

Tommy Chouinard Tommy Chouinard
La Presse

Le chef libéral, répondant à la presse pour une première fois depuis le scrutin de lundi, a fermé la porte à un éventuel gouvernement de coalition exprimant plus tôt son souhait de « travailler ensemble » pour faire progresser la lutte aux changements climatiques et la qualité de vie des familles canadiennes.

« Les Canadiens ont envoyé un message clair : ils veulent que l’on travaille ensemble », a exprimé M. Trudeau lors d’une conférence de presse organisée à Ottawa. Le prochain cabinet sera par ailleurs paritaire, a-t-il promis, et assermenté le 20 novembre.

Le premier ministre a assuré qu’il entend collaborer de près avec les premiers ministres de provinces, notamment ceux de l’Alberta et de la Saskatchewan, où sa formation politique a été complètement rayée de la carte.

« Les citoyens de l’Alberta et de la Saskatchewan font face à des problèmes importants », a-t-il reconnu, affirmant qu’il avait pu discuter avec Scott Moe et Jason Kenney depuis lundi. « Ils ont des préoccupations profondes et nous allons travailler avec eux pour les résoudre », a-t-il ajouté.

Le nouveau gouvernement de Justin Trudeau poursuivra l’expansion de l’oléoduc Trans Mountain, a-t-il aussi annoncé.

Les résultats de lundi sont la preuve que la frustration et de « l’aliénation » règnent dans l’Ouest canadien, a affirmé hier le premier ministre de la Saskatchewan, Scott Moe. Lui et son vis-à-vis de l’Alberta, Jason Kenney, s’opposent farouchement à la taxe fédérale sur le carbone qu’ils souhaitent voir abolie. 

Loi sur la laïcité

Lors de son point de presse mercredi, Justin Trudeau a réitéré sa position sur la loi 21, à savoir qu’il garde la porte ouverte à participer à une contestation de la loi québécoise devant les tribunaux, au nom de la protection des droits des minorités.

La réaction n’a pas tardé à Québec. Dès la fin de la réunion du conseil des ministres, la titulaire des Relations canadiennes, Sonia LeBel, a demandé à M. Trudeau de bien mesurer les impacts politiques d’une intervention judiciaire. « Il y a une différence entre la légitimité juridique de le faire et l’opportunité politique de le faire. Je pense qu’il devrait réfléchir à deux fois à l’opportunité politique de le faire », a-t-elle affirmé.

Lors d’un entretien téléphonique en matinée mardi, le premier ministre François Legault avait pourtant exhorté M. Trudeau à « respecter la grande majorité des Québécois » qui approuvent la loi sur la laïcité de l’État.

C’est selon lui « le message » que l’électorat du Québec a envoyé au chef libéral. Il ajoutait que M. Trudeau, à la tête d’un gouvernement minoritaire et avec 33 % des votes au Québec, n’a pas la légitimité pour contester la loi. Il suggérait aux partis fédéraux souhaitant gagner des points lors du prochain rendez-vous électoral d’appuyer la législation québécoise.

Sonia LeBel a réitéré mercredi que « le message a été très clair de la part des Québécois » lundi soir. « C’est une loi qui a été légitimement adoptée au Québec. C’est une loi qu’on avait droit de faire, c’était dans notre compétence de le faire. Si M. Trudeau persiste et signe, on verra par la suite comment on va se positionner. Mais on va défendre cette loi-là avec vigueur devant les tribunaux », a-t-elle soutenu.

Les libéraux de Justin Trudeau ont remporté 157 sièges contre 121 pour les forces conservatrices d’Andrew Scheer à l’échelle du pays. Au Québec, la formation est parvenue à sauver les meubles en élisant 35 députés malgré la percée du Bloc québécois.

Le parti de Justin Trudeau a par ailleurs fait moins bien que les conservateurs au chapitre du vote populaire au pays en récoltant 33,1 % des voix contre 34,4 %, soit une différence de 239 712 voix.

Hier, le premier ministre réélu n’a offert aucun bilan — contrairement aux chefs des autres formations —, profitant uniquement d’un bain de foule au métro Jarry, dans sa circonscription de Papineau, comme il l’avait fait après sa victoire en 2015, avant de mettre le cap sur Ottawa. Il s’est notamment entretenu avec le président américain, Donald Trump.