(Regina) Le premier ministre de la Saskatchewan voit dans le scrutin de lundi une preuve que la frustration règne dans l’Ouest canadien et qu’il est temps de conclure un « nouvel accord » avec Ottawa.

La Presse canadienne

Les libéraux, qui ont obtenu un mandat minoritaire lors du vote de lundi, ont été incapables de conserver un seul siège en Saskatchewan et en Alberta. Au total, les conservateurs ont raflé 47 des 48 circonscriptions de ces deux provinces.

Scott Moe a réitéré mardi ses appels au premier ministre Justin Trudeau pour qu’il supprime la taxe fédérale sur le carbone, qu’il modifie la formule de péréquation et qu’il construise des oléoducs pour que le pétrole puisse atteindre les marchés internationaux. Le premier ministre Moe compare son plan à un extincteur et estime qu’il n’en tient qu’à M. Trudeau de dissiper la frustration des Canadiens de l’Ouest.

M. Moe, qui se décrit comme un « fédéraliste déçu », rejette par ailleurs les critiques selon lesquelles son propre ton est de nature à attiser les divisions au pays. Selon lui, ce sont les gestes posés par le gouvernement fédéral au cours des quatre dernières années qui ont divisé le pays.

« Les résultats des élections ont démontré que le sentiment de frustration et d’aliénation en Saskatchewan était maintenant plus grand que tout ce que j’ai pu connaître dans ma vie. »

Les conservateurs ont remporté les 14 sièges en Saskatchewan. Même le vétéran libéral Ralph Goodale, qui était député à Regina depuis plus de 25 ans et qui était respecté par tous les partis, a été balayé lundi. En Alberta, les conservateurs ont remporté 33 des 34 sièges : les libéraux ont perdu leurs trois sièges dans la province et seul le Nouveau Parti démocratique a pu conserver son siège à Edmonton.

« Hier soir, le premier ministre Trudeau a déclaré à la Saskatchewan et à l’Alberta : “J’ai entendu votre frustration. Je veux être là pour vous soutenir”, a écrit M. Moe dans un communiqué. Ce sont des mots gentils, mais nous avons besoin d’action, pas de mots. »

En conférence de presse mardi à Regina, en Saskatchewan, le chef conservateur fédéral, Andrew Scheer, a déclaré qu’il croyait au Canada dans son ensemble, mais a admis qu’il avait entendu la frustration de la Saskatchewan et de l’Alberta. « Nous allons nous battre pour vous, a-t-il dit. Nous ferons tout notre possible pour que ce gouvernement libéral comprenne qu’il doit changer de cap : il ne peut pas continuer à attaquer notre secteur énergétique. »

Le résultat électoral alimente le débat sur le « Wexit »

Les discussions sur la sécession dans l’Ouest canadien — ou « Wexit », comme certains l’appellent — se multiplient au lendemain de l’élection d’un gouvernement libéral minoritaire.

Les libéraux ont réussi à conserver des sièges en Ontario, au Québec, dans les provinces de l’Atlantique et en Colombie-Britannique, mais l’Alberta et la Saskatchewan sont tapissées du bleu conservateur, à l’exception d’une circonscription néo-démocrate à Edmonton.

La page Facebook de « VoteWexit », avec sa devise « The West Wants Out » (« L’Ouest veut se séparer »), compte plus de 150 000 membres.

Et une pétition en ligne appelant à une alliance de l’Ouest et à la séparation de l’Alberta a été soutenue jusqu’à présent par quelque 26 000 personnes.

Grant Fagerheim, chef de la direction de la société pétrolière Whitecap Resources, a soutenu que les contributions de l’Alberta et de la Saskatchewan à l’économie canadienne n’étaient pas évaluées à leur juste valeur.

M. Fagerheim n’est pas étonné qu’il ait été question de séparatisme dans l’Ouest, mais doute que cela entraîne des actions concrètes.

« Je ne crois pas à l’heure actuelle que les gens, qu’ils habitent en Saskatchewan ou en Alberta, seraient prêts à dire qu’ils sont Canadiens avant tout », a-t-il tout de même relevé.

M. Fagerheim a déclaré qu’il était pour sa part traditionnellement fédéraliste, tout en ajoutant ne pas pouvoir dire en ce moment qu’il est fier d’être Canadien.