À trois jours des élections fédérales, les principaux groupes de femmes du Québec déposeront aujourd’hui une série de demandes aux partis politiques, a appris La Presse, à la fin d’une campagne où les enjeux féministes sont demeurés « invisibles » lorsqu’ils n’ont pas été carrément « instrumentalisés à des fins électoralistes », disent-ils.

Gabrielle Duchaine Gabrielle Duchaine
La Presse

Parmi leurs revendications, la Fédération des femmes du Québec, Femmes autochtones du Québec, la Fédération québécoise pour le planning des naissances, qui défend le libre choix à l’avortement, et une dizaine d’autres organismes souhaitent la mise sur pied de comités consultatif permanents dont la mission serait d’analyser chaque nouvelle politique fédérale afin de « s’assurer qu’elles ne sont pas discriminatoires envers les femmes ».

« Un regard féminin éviterait la discrimination systémique », espère Mariane Labrecque, de la Fédération pour le planning des naissances du Québec. De tels comités ont déjà existé, dit-elle, mais ils ont depuis longtemps été remplacés par des consultations sporadiques, qui n’ont pas le même effet.

Les 13 groupes, qui tiennent aujourd’hui une conférence de presse pour publiciser leurs demandes, revendiqueront aussi une réforme du système de justice pour les femmes victimes d’agression sexuelle afin d’en faciliter l’accès, deux ans après le lancement du mouvement #moiaussi. Pour certaines femmes issues des groupes les plus marginalisés, selon Mélanie Lemay du groupe Québec contre les violences sexuelles, la seule idée d’aller voir la police apparaît parfois tout simplement impossible.

« Sonner l’alarme »

À quelques jours du vote, la coalition veut « sonner l’alarme ».

On veut leur dire : il vous reste seulement quelques jours. Sortez sur la place publique et dites que vous avez un intérêt.

Mariane Labrecque, de la Fédération pour le planning des naissances du Québec

« Nos enjeux ont été complètement ignorés, sinon pour en faire une certaine forme d’instrumentalisation, déplore-t-elle. Tout ce qui touche les femmes autochtones, malgré une commission d’enquête [l’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées] qui a conclu à un génocide, n’a eu aucune résonance auprès de nos politiciens. Le dossier de l’avortement, qui a été abordé de manière vraiment superficielle, est à peu près le seul sujet touchant les femmes qui a été abordé. Ces enjeux-là ne sont pas priorisés. »

Qu’est-ce qui explique un tel constat ? Mme Labrecque craint que le simple fait de parler des sujets touchant les femmes soit mal vu sur la place publique. « On dirait qu’être identifié comme féministe ou avec des idées féministes a un effet repoussoir, ce qui fait que certains politiciens n’osent pas s’identifier comme tels. C’est comme si le fait d’être féministe pouvait leur enlever des points. »