(Ottawa) La décision du gouvernement Trudeau de renoncer à la réforme électorale aura-t-elle une influence quelconque sur le résultat du scrutin du 21 octobre ?

La Presse canadienne

Selon le directeur général de la firme de sondage Abacus Data, David Coletto, la réforme électorale n’est pas à elle seule un facteur assez puissant pour motiver assez d’électeurs pour influencer les résultats. Toutefois, si on considère ce sujet comme une promesse brisée des libéraux parmi tant d’autres, l’histoire pourrait être différente.

« Cela fait partie d’un ensemble de décisions du gouvernement qui ont déçu plusieurs de ceux qui avaient voté pour les libéraux », dit-il.

Représentation équitable au Canada est un groupe tiers qui fait la promotion de la réforme électorale. Il a ciblé 21 circonscriptions et y exhorte les électeurs à voter pour les candidats qui soutiennent une forme de démocratie proportionnelle. Au Québec, les circonscriptions visées sont Hochelaga, Laurier—Sainte-Marie et Rosemont—La Petite-Patrie. La circonscription d’Ottawa-Centre, en Ontario, figure aussi sur cette liste.

Le groupe appuie le NPD, qui s’est engagé à adopter la représentation proportionnelle dès son premier mandat, s’il est élu, et le Parti vert, qui veut remplacer le système uninominal à un tour d’ici 2023.

Les conservateurs ne veulent pas de réforme électorale tandis que les libéraux sont muets à ce sujet.

Le président de Représentation équitable au Canada, Réal Lavergne, croyait bien que Justin Trudeau allait respecter sa promesse électorale d’adopter une réforme électorale. Plusieurs électeurs qui auraient autrement voté pour les néo-démocrates ou les verts l’ont appuyé de manière stratégique.

« C’était comme une entente : on vote pour lui pour ne plus avoir à le refaire », souligne-t-il.

Melanee Thomas, professeure de sciences politiques à l’Université de Calgary, estime que le désir de changement a probablement joué un rôle plus important dans la décision des électeurs que la réforme électorale en 2015.

Elle concède que la promesse libérale de réformer le système électoral a pu convaincre plus d’un à voter de manière stratégique en 2015 que d’habitude.

Mme Thomas s’attend à ce que le vote stratégique joue un rôle minimal cette année.

« Tout cela s’est soldé par une baisse de l’engouement pour le vote stratégique », estime-t-elle.

Leadnow, un autre groupe tiers enregistré auprès d’Élections Canada, ne consacre plus ses efforts à la réforme électorale pour se concentrer cette année sur les changements climatiques.

Représentation équitable au Canada appuie un certain nombre de candidats qui ont exprimé leur appui à la réforme électorale.

Parmi eux, un libéral : Nathaniel Erskine-Smith dans la circonscription de Beaches-Est, à Toronto. Celui-ci avait même présenté des excuses à ses électeurs lorsque le gouvernement Trudeau avait renoncé à la réforme électorale.

Il reconnaît que ses électeurs continuent de lui en parler. M. Erkine-Smith dit partager leur frustration, mais préfère se concentrer sur les bons coups du gouvernement libéral.

« On doit se méfier des promesses que nous faisons si on ne peut pas le tenir. Il faut prendre garde de la manière dont nous le faisons, sinon on risque de favoriser le cynisme », prévient-il.

Une candidate du Parti populaire du Canada se retrouve aussi sur cette liste : Sabille Trim, dans la circonscription de Stormont-Dundas-Glengarry Sud.