(Milton, Ontario) Près d’un siège sur six au pays (16 %) se trouve à Toronto et dans le « GTA » (« Greater Toronto Area »). Si la majorité des 25 circonscriptions de la Ville Reine semblent acquises aux troupes de Justin Trudeau, la trentaine de circonscriptions qui ceinturent la métropole sont le théâtre de luttes sans merci entre libéraux et conservateurs. Des batailles qui pourraient peser lourd dans la balance le jour du scrutin. Un dossier de Mélanie Marquis.

Mélanie Marquis Mélanie Marquis
La Presse

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Le candidat libéral dans Milton, l'ancien olympien Adam van Koeverden

La conservatrice aguerrie et le kayakiste

Lisa Raitt est l’une des seules rescapées du raz-de-marée libéral qui a déferlé sur le « GTA » en 2015. La course s’annonce encore plus enlevante cette année, alors que la députée sortante de Milton se mesure à un quadruple médaillé olympique.

C’est qu’après avoir été porte-drapeau du Canada aux Jeux olympiques d’Athènes et de Pékin, Adam van Koeverden a décidé de plonger en politique comme porte-bannière libéral.

« Van Koeverden, ça se prononce “Vanne-cou-veur-donne”. Comme Vancouver », précise dans son local électoral celui qui a été investi porte-couleurs du Parti libéral au mois de janvier dernier.

Sur le mur de briques de son bureau situé dans la rue principale de cette ville à une heure à l’ouest de Toronto, un grand drapeau arc-en-ciel. Des photos encadrées de ses exploits sportifs passés. Son kayak des Jeux de Rio, de 2016.

J’ai vraiment aimé représenter les Canadiens aux Jeux olympiques, et je veux continuer de les représenter, contribuer à construire un pays dont nous pouvons être fiers.

Adam van Koeverden

Pourquoi les libéraux ? L’aspirant député de 37 ans hésite. Puis : « Je ne dirai pas que j’ai toujours été libéral. Mais j’ai toujours cru au progrès, toujours cru qu’il fallait se tenir debout pour les gens et se battre pour ce qui est juste. Et ce sont les valeurs du parti. »

L’athlète a grandi à Oakville, à quelques kilomètres au sud-est de Milton. Il n’est pas issu d’une famille très politisée. Parmi les premiers ministres qu’il « admire », Brian Mulroney. Car de bonnes idées, « il y en a à gauche et à droite », offre-t-il d’une voix calme et posée.

Une « Red Tory » assumée

Sa rivale Lisa Raitt, l’une des figures de proue de la députation conservatrice ontarienne à la Chambre des communes, se présente aussi comme une modérée – elle est à l’aise avec l’étiquette de « Red Tory » qu’on lui accole.

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La députée sortante et candidate conservatrice dans Milton, Lisa Raitt

Je ne suis pas insultée lorsqu’on dit cela. Comme beaucoup de monde en Ontario, je suis fiscalement responsable et socialement progressiste.

Lisa Raitt

L’âpre bataille qui se joue ici est à l’image de celle qui fait rage dans le « GTA », le « 905 » (l’indicatif régional des banlieues). Car la région est devenue cruciale pour les partis en raison de sa spectaculaire explosion démographique.

C’est une journée d’automne ensoleillée ; en ce 27 septembre, des centaines de milliers de Canadiens ont investi les rues et marché pour le climat. Tous les chefs des grands partis, exception faite du sien, Andrew Scheer, ont répondu présents.

Il a brillé par son absence comme il a toujours brillé par son absence dans les défilés de la Fierté. Plusieurs conservateurs n’ont jamais voulu non plus y mettre les pieds. Lisa Raitt, elle, était à la Fierté de Toronto cet été.

Elle se dit sensible aux enjeux climatiques, aux droits LGBTQ2. Elle est « intéressée » par l’enjeu de l’aide médicale à mourir, aussi – bien qu’elle ait voté contre le projet de loi qui l’encadre, le C-14, à toutes les étapes du processus législatif.

Est-elle une espèce rare au sein des rangs conservateurs ? « Non, je ne crois pas. On ne parle pas vraiment de ces choses-là au caucus. Ultimement, c’est l’économie qui nous unit », offre la députée sortante de 51 ans.

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Lisa Raitt en compagnie d'un restaurateur à la foire de Milton

La politicienne élue sans interruption depuis 2008 dans Milton reprend la balle au bond : « Mais si nous étions davantage de députés de l’Ontario, je pourrais vous dire que je ne serais pas une espèce rare », rigole-t-elle.

La députation conservatrice ontarienne était assez peu imposante aux Communes en cette 42e législature : à la dissolution de la Chambre, en septembre dernier, elle occupait à peine 33 des 121 sièges réservés à la province.

Pendant un certain temps, la rumeur a circulé que Lisa Raitt pourrait ne pas briguer le sien à nouveau en raison de l’état de santé de son mari, Bruce Wood, qui est atteint de la maladie d’Alzheimer. Le diagnostic est tombé en cours de mandat, soit en mai 2016.

« J’y ai réfléchi ; c’est une décision qui ne se prend pas à la légère. Mais le fait est que Bruce n’est pas sur une pente descendante prononcée, alors nous avons pris la décision que nous pouvions y arriver », confie-t-elle.

Animosité ?

Chez les libéraux, on suggère que Lisa Raitt est particulièrement nerveuse cette année, puisqu’elle fait face pour la première fois à une « vraie » compétition – dans le camp van Koeverden, on chuchote même que la conservatrice refuse de parler au libéral.

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Adam van Koeverden participe à un jeu d'adresse à la foire de Milton.

L’équipe de l’élue sortante le dément. « Lisa tente de se faire réélire, et elle concentre tous ses efforts sur les rencontres avec ceux qui habitent Milton », déclare sa directrice de campagne, Sarah Navy, en réaction à cette allégation.

À la foire d’automne de Milton, où La Presse convie les deux [séparément] à une séance photo en soirée, le libéral lance des ballons de basketball. Sa rivale sert des hot-dogs. À un moment, ils se retrouvent à dix de mètres de distance. Il n’y a aucun échange.

Le 21 octobre, le vainqueur de ce qui s’annonce comme un duel pourrait être un joueur important au sein d’un gouvernement. Car tant le kayakiste néophyte en politique que la politicienne aguerrie sont d’un calibre plutôt impressionnant.

Une région névralgique

Si un siège électoral gagné demeure un siège électoral gagné, leur densité dans la région de Toronto justifie pour les chefs qu’ils y fassent dorénavant escale régulièrement. Pour mettre les choses en contexte : la métropole ontarienne et sa banlieue regroupent 55 circonscriptions environ, tandis que le Québec en compte 78 au total. Et pour rappel, en 2011, les troupes de Stephen Harper avaient décroché une majorité parlementaire en dépit d’une récolte famélique au Québec (cinq députés élus seulement).

Le « boom » démographique des dernières années a été considérable à Toronto ; en fait, des trois grandes métropoles au pays (avec Vancouver et Montréal), c’est dans la Ville Reine que l’accroissement le plus soutenu a été observé, d’après les chiffres du dernier recensement. Sa population s’est enrichie de 122 090 personnes au cours de la période 2016-2017, passant à 6 346 088 habitants, selon Statistique Canada. La région n’avait pas enregistré un taux de croissance aussi élevé depuis 2001-2002, a constaté l’agence.

Le moteur de l’explosion ? « La migration internationale est principalement responsable de cette hausse », d’après l’enquête sur les ménages réalisée en 2016. La région aura été la destination numéro un des migrants internationaux (+ 113 074) en 2016-2017. Il s’agit là encore d’un nombre qui n’a « jamais été observé depuis la période 2001-2002 », d’après les données de Statistique Canada.

Dans certaines municipalités de l’agglomération, la majorité de l’électorat est désormais composée de personnes qui ont immigré au Canada. C’est notamment le cas à Markham (58,7 %), Richmond Hill (57,4 %), Mississauga (53,4 %) et Brampton (52,3 %), comme en témoignent les chiffres du même recensement. À noter que certaines de ces villes sont découpées en plus d’une circonscription électorale fédérale.

De façon plus large, l’Ontario pèse plus lourd en matière de nombre de sièges. La province en a gagné 15 (de 106 à 121) entre 2011 et 2015 en vertu du redécoupage de la carte électorale effectué pour refléter l’évolution démographique mesurée par le recensement de 2011. Le Québec a gagné trois sièges au cours de la même période (de 75 à 78).

Résultats dans Milton en 2015

Lisa Raitt, Parti conservateur du Canada : 45,4 %
Azim Rizvee, Parti libéral du Canada : 40,4 %
Alex Anabusi, Nouveau Parti démocratique : 10,9 %
Mini Batra, Parti vert du Canada : 2,3 %
Source : Élections Canada

Incursion dans la « Ford Nation »

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, LA PRESSE

Renata Ford, veuve de Rob Ford, se présente pour le Parti populaire de Maxime Bernier dans Etobicoke-Nord – l’épicentre de la « Ford Nation ».

« Vous vous souvenez de Rob ? Je suis sa femme ! » C’est ainsi que Renata Ford, la porte-bannière du Parti populaire de Maxime Bernier, se présente aux électeurs d’Etobicoke-Nord – l’épicentre de la « Ford Nation ».

Au centre commercial Woodbine, où La Presse l’a suivie, elle mise sur la notoriété du patronyme. Chaque fois qu’elle accoste un électeur, elle prend bien soin de montrer du doigt une photo d’elle enlaçant son ex-maire de mari dans son prospectus.

En dépit des frasques qui ont jalonné les tumultueuses années de Rob Ford à l’hôtel de ville de Toronto – consommation de crack, propos misogynes –, de nombreuses personnes croisées semblent conserver un souvenir positif de l’ex-premier magistrat.

Il faut dire qu’ici, dans cette circonscription de l’ouest de la métropole, on vote pour des Ford depuis 1995, au provincial comme au municipal. Il y a eu Doug père, ensuite le duo Rob et Doug fils, et maintenant, il y a leur neveu, Michael. Un règne quasi dynastique.

La « Ford Nation », c’est quoi ? « C’est être pour les gens, respecter les gens de Toronto, les respecter en tant que contribuables. Respect, égalité, liberté », avance la candidate en entrevue dans son bureau électoral, assise sur un sofa, café Tim Hortons en main.

PHOTO CHRIS YOUNG, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Au jour un de la campagne, Maxime Bernier se trouvait dans le local électoral de Renata Ford.

La formule s’apparente à celle de son chef Maxime Bernier, qui était dans le même local exigu au jour un de la campagne électorale pour appuyer celle qu’il a présentée comme une candidate vedette pour obtenir son laissez-passer aux débats des chefs.

La Commission des débats des chefs a estimé, sondage à l’appui, que Mme Ford avait une chance de l’emporter dans le bastion familial. Près de 30 % voteraient peut-être (9,4 %), probablement (5,2 %) ou certainement (15,3 %) pour elle, selon cette enquête.

La politologue Stéphanie Chouinard ne voit cependant pas un scénario victorieux se dessiner le 21 octobre prochain. « Je n’ai vraiment pas l’impression qu’elle va être en mesure de percer, surtout pas sous la bannière populaire », prédit-elle en entrevue.

« Immigration de masse »

Si Renata Ford a choisi le Parti populaire plutôt que le Parti conservateur, c’est pour ses « vraies politiques conservatrices ». Andrew Scheer, lui, ne les incarne pas, car à force de chercher à « faire plaisir à tout le monde », il est devenu comme les libéraux, dit-elle.

Fille d’immigrants polonais, elle épouse les politiques migratoires du parti et cautionne l’emploi de l’expression « immigration de masse », qui a été placardée sur des panneaux d’affichage à travers le pays en septembre pour inciter les gens à voter populaire.

L’immigration de masse, ça ne fonctionne pas. On a vu ce qui est arrivé en Europe et ce que ça a eu comme contrecoups. Nous allons avoir moins de ressources si nous laissons entrer davantage d’immigrants.

Renata Ford

Une position qui pourrait passer de travers dans cette circonscription multiethnique où quelque 60 % de la population est issue de l’immigration. C’est à tout le moins l’avis de la candidate libérale Kirsty Duncan.

« Je suis vigoureusement en désaccord avec les politiques de Maxime Bernier. Elles seraient vraiment dommageables pour nos familles. Ce qui rend notre communauté si exceptionnelle est sa diversité », se désole la ministre sortante de la Science.

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, LA PRESSE

La candidate libérale et députée sortante dans Ethobicoke-Nord, Kirsty Duncan

C’est dans ce genre de circonscription diversifiée du GTA que les intentions de vote libérales ont fléchi après la parution des photos et une vidéo montrant de Justin Trudeau le visage peinturé brun ou noir (« brownface » et « blackface »).

« C’était mal, c’était inacceptable », tranche Mme Duncan avec émotion. Mais « sa grande crainte », celle que ses électeurs soient blessés, ne s’est pas matérialisée, jure-t-elle à La Presse : « Les gens nous disent que ce n’est pas vraiment lui, qu’il n’est pas raciste. »

L’ombre de Doug Ford

La libérale résiste à la tentation de casser du sucre sur le dos du premier ministre de l’Ontario, Doug Ford : « Mon objectif est de me battre pour les gens de ma circonscription et de promouvoir des politiques qui les aident. »

Son chef Justin Trudeau, lui, ne s’en prive pas – si bien qu’au débat des chefs de lundi, Andrew Scheer lui a servi cette boutade : « Vous semblez bizarrement obsédé par la politique provinciale. Le poste de chef du Parti libéral de l’Ontario est vacant… allez-y ! »

La candidate conservatrice dans Etobicoke-Nord, Sarabjit Kaur, estime que la stratégie libérale ne portera pas ses fruits. « Les gens savent que Doug Ford ne se présente pas à l’élection fédérale », expose-t-elle en entrevue avec La Presse.

Quant à Renata Ford, elle ne manifeste aucun désir de parler de son beau-frère, encore moins de la poursuite civile qu’elle a intentée en juin dernier par rapport à la gestion de la succession de son regretté mari Rob. « C’est en médiation », se contente-t-elle de dire.

Et les politiques de Doug Ford ? « Il a été élu par les gens. Et les gens pourront le mettre à la porte, comme ils pourront d’ailleurs chasser Justin Trudeau », se contente d’offrir la mère de deux enfants de 12 et 14 ans.

Résultats dans Etobicoke-Nord en 2015

Kirsty Duncan, Parti libéral du Canada : 62,4 %
Toyin Dada, Parti conservateur du Canada : 23 %
Faisal Hassan, Nouveau Parti démocratique : 12,4 %
Akhtar Ayub, Parti vert du Canada : 1,2 %
Source : Élections Canada

Le « 905 », région payante

PHOTO SEAN KILPATRICK, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Le chef libéral et premier ministre sortant, Justin Trudeau, en campagne dans la région de Toronto le mois dernier

Ce n’est pas un hasard si Justin Trudeau et Andrew Scheer multiplient les escales dans le « 905 » (indicatif régional de la banlieue torontoise) depuis le début de la campagne.

Ce champ de bataille est d’une importance capitale pour les deux formations.

En 2011, les conservateurs de Stephen Harper ont remporté la mise dans la plupart des circonscriptions multiethniques du « GTA ». La majorité parlementaire a suivi. Ensuite, en 2015, les libéraux de Justin Trudeau leur ont damé le pion. La majorité a suivi, là aussi.

Le 905 est probablement la région la plus cruciale dans le Canada anglais, parce qu’elle a connu une croissance démographique majeure.

Nelson Wiseman, professeur au département de science politique de l’Université de Toronto

« Elle détermine si nous avons un gouvernement libéral ou conservateur, minoritaire ou majoritaire », ajoute celui qui s’attend « à un transfert massif des sièges libéraux vers les conservateurs ».

Sa collègue politologue Stéphanie Chouinard abonde dans le même sens. « Dans le 905, les libéraux vont très probablement accuser des pertes », prédit la professeure adjointe au département de science politique au Collège militaire royal du Canada, à Kingston.

Elle attribue en partie cette désaffection à une « fatigue » à l’égard des libéraux, lesquels ont offert en 2015 « un message très fort de changement » sans ensuite être en mesure de « livrer la marchandise » dans une région qui a des « tendances conservatrices ».

Kenney en renfort

La prolifique moisson conservatrice de 2011 a été largement attribuée au terrain qu’a labouré avec acharnement l’ex-ministre de l’Immigration, Jason Kenney, auprès des communautés ethniques du « 905 ».

Lorsqu’il est devenu premier ministre de l’Alberta, l’allié d’Andrew Scheer dans la lutte contre la taxe libérale sur le carbone s’était engagé à retourner en Ontario pendant la campagne pour tenter de reconquérir les sièges passés aux libéraux au dernier scrutin.

PHOTO CHRIS WATTIE, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Le premier ministre de l’Alberta Jason Kenney a apporté son soutien aux troupes conservatrices en Ontario.

Il a tenu sa promesse. Dimanche dernier, par exemple, il a prononcé un discours dans un événement organisé par la communauté sino-canadienne de Richmond Hill, en banlieue de Toronto.

« On me demande souvent pourquoi Andrew Scheer n’est pas plus incisif. Ma réponse : parce que c’est un homme foncièrement bon. Et contrairement à M. Trudeau, il ne peut pas feindre cela », a envoyé l’Albertain, suscitant des applaudissements dans la salle.

Aussitôt après, le ministre sortant Navdeep Bains conviait les journalistes à un point de presse dans la même circonscription pour attaquer Jason Kenney et Doug Ford – deux premiers ministres que les libéraux brandissent constamment comme épouvantails.

La stratégie d’appeler l’Albertain en renfort dans la bataille de l’Ontario est-elle bonne ?

« Je pense que ça n’aidera pas les conservateurs. Je dirais que l’Alberta n’est pas exactement bien vue ici en Ontario. On a l’impression qu’ils sont égoïstes », offre le professeur Nelson Wiseman.

La députée conservatrice sortante de Milton, Lisa Raitt, estime pour sa part que l’incursion de son ancien collègue de cabinet sur le sol ontarien pourrait aider les troupes conservatrices dans des endroits comme Brampton ou Mississauga.

« Il est certainement très efficace dans les activités de financement, il est un excellent orateur, et il a une excellente réputation et de la notoriété. Alors en ce sens, cela peut aider dans ces circonscriptions », explique-t-elle à La Presse.

Des conservateurs invisibles

Il a souvent été difficile, à l’extérieur du Québec, d’obtenir des entrevues avec des candidats conservateurs autres que ceux que la formation souhaitait trier sur le volet – souvent, les recrues ou ceux aux positions controversées étaient gardés à l’écart.

À Toronto, untel n’était « pas disponible car il se concentre sur le porte-à-porte ». Dans le « GTA », les équipes de campagne ne rappelaient pas. En Colombie-Britannique, unetelle ne « parlait pas assez anglais » pour accorder des entrevues. 

Sous Stephen Harper, les stratèges de la campagne nationale conservatrice donnaient aux candidats la consigne d’éviter les débats locaux et de se tenir le plus loin possible des médias.

Une directive similaire a-t-elle été formulée sous Andrew Scheer ?

« Non, chaque candidat gère son agenda pour rejoindre ses électeurs dans son comté », a répondu le porte-parole Rudy Husny – non sans avoir au préalable sommé La Presse de lui fournir ses cas de figure en échange d’une réponse.

Lors du passage de La Presse au local de l’ex-candidate Heather Leung, dans Burnaby North-Seymour, en Colombie-Britannique, son organisateur de campagne Travis Trost avait clairement averti que le parti allait dire non à la demande d’entrevue. La chose s’est avérée.