(Ottawa) Le nombre de téléspectateurs pour le débat des chefs de lundi était bien supérieur à celui de la précédente campagne électorale fédérale, en dépit de récriminations selon lesquelles le format privilégiait les affrontements plutôt que la substance.

Christian Paas-Lang
La Presse canadienne

Les chiffres fournis par le consortium médiatique ayant produit le débat indiquent que l’événement de lundi a rejoint 9,64 millions de Canadiens à la télévision, avec une audience moyenne de 3,9 millions de Canadiens à l’écoute (calculée comme le nombre moyen de téléspectateurs regardant par minute pendant une période donnée).

Quelque 867 000 autres personnes ont écouté le débat en direct ou en différé à la radio et il y a eu 2,7 millions de visionnements de vidéos numériques.

C’est un résultat supérieur à celui des débats de 2015, notamment en ce qui a trait au débat organisé par Maclean’s, qui avait touché un public de 3,8 millions de téléspectateurs et une audience moyenne de 1,5 million de téléspectateurs.

Lors des dernières élections, la formule de longue date de débats organisés par un consortium de radiodiffuseurs a été fragmentée lorsque le premier ministre de l’époque, Stephen Harper, a décidé qu’il ne participerait pas à la plupart des événements du consortium. Le résultat a été un calendrier de nombreux événements indépendants plus petits avec moins de téléspectateurs.

Les cotes d’écoute au débat en anglais de lundi étaient inférieures à celles de 2011, lorsqu’un débat organisé par un consortium avait touché environ 10,6 millions de téléspectateurs, avec une audience moyenne par minute de 3,85 millions.

Même si les cotes d’écoute du débat de lundi étaient de retour à des niveaux importants, le format du débat montre que l’idée de laisser de nouveau le contrôle des événements aux chaînes de télévision a échoué, a soutenu Paul Adams, professeur de journalisme à l’Université Carleton.

Après les controverses de 2015, le gouvernement fédéral a mis en place la Commission des débats des chefs afin d’assurer une grande visibilité à deux événements auxquels prendraient part tous les chefs des principaux partis. L’organisme indépendant a finalement choisi le Partenariat canadien pour la production de débats pour orchestrer ces débats, déterminer le format et les thèmes. Le partenariat regroupe des radiodiffuseurs, un peu comme l’ancien consortium, mais également le Toronto Star, HuffPost Canada, HuffPost Québec, La Presse, Le Devoir et L’Actualité.

M. Adams a dit croire que la décision de laisser un groupe de médias déterminer le format avait eu comme résultat de ne pas intégrer suffisamment le principe de l’intérêt public dans le débat. Les échanges ont eu tendance à sauter rapidement d’un sujet à l’autre, les chefs parlant souvent en même temps, désespérés à attraper quelques secondes pour faire valoir leur point de vue et atteindre leurs objectifs.

«Au bout du compte, il devait y avoir quelqu’un qui défendait l’intérêt public et prenait des décisions non fondées sur des pressions exercées par les producteurs à la télévision ou les partis», a affirmé M. Adams.

S’il y a quelques ajustements à faire avant le débat en français de jeudi, a-t-il fait valoir, ce serait pour augmenter le temps de parole des segments et encourager une modération plus stricte lors des débats libres.

La Commission des débats des chefs a refusé de commenter le débat de lundi.

Dans une déclaration envoyée par courriel, Leon Mar de CBC, porte-parole du partenariat de production, a déclaré que le format de lundi était nécessaire pour respecter la limite de deux heures et le fait qu’il y avait six chefs sur scène.

Amanda Bittner, professeure de science politique à l’Université Memorial de Terre-Neuve, a dit croire par courriel que les électeurs devraient tout de même avoir pu «recueillir des informations importantes sur les chefs, leurs personnalités et comment ils pourraient se comporter s’ils étaient élus».

Cela a sans doute été possible «malgré le format» et la cacophonie à certains moments, selon elle.

Mme Bittner a critiqué la courte durée de chaque segment et le manque de détails, ce qui est «normal pour les débats» selon elle.