Après presque 10 années de croissance économique et alors que des signes de ralentissement apparaissent, le déficit fédéral continue d’augmenter et croîtra encore si le gouvernement de Justin Trudeau est réélu le 21 octobre. Faut-il s’en inquiéter ?

Hélène Baril Hélène Baril
La Presse

Continuer de dépenser alors que l’économie se porte bien va à l’encontre de la théorie économique classique, qui veut que les gouvernements réduisent leur déficit en période de croissance pour avoir les moyens de soutenir l’économie quand la récession frappe.

« Les temps ont changé, explique le professeur Luc Savard, directeur des programmes en économique à l’Université de Sherbrooke. La nécessité de réduire le déficit à zéro n’est plus la même quand on peut emprunter à bas taux d’intérêt et que les probabilités qu’ils augmentent sont faibles. »

Dans son cadre financier publié en fin de semaine, le Parti libéral du Canada prévoit de nouvelles dépenses qui ajouteraient 31,5 milliards à la dette au cours des quatre prochaines années et un déficit supérieur à 20 milliards par an jusqu’en 2024.

Les spécialistes consultés hier sont d’avis qu’il ne faut pas s’inquiéter de ces déficits persistants.

La dette fédérale en proportion de la taille de l’économie, ce qu’on appelle le ratio dette/PIB, reste relativement peu élevée, à environ 30 % du produit intérieur brut, souligne Bernard Gauthier, professeur au département d’économie appliquée de HEC Montréal.

La situation financière du Canada est la meilleure des pays du G7.

Bernard Gauthier

Il estime qu’il est « alarmiste » de dire que le Canada vit à crédit et qu’il refile la facture aux générations suivantes. Les dépenses fédérales visent une redistribution de la richesse et contribuent à retarder la prochaine récession, dit-il.

Pas de plan

On peut aussi se demander si le gouvernement fédéral a raison d’augmenter ses dépenses alors que l’économie se porte bien et que le taux de chômage est à un creux historique.

Norma Kozhaya, vice-présidente à la recherche et économiste en chef du Conseil du patronat du Québec (CPQ), pense que oui. « On n’a pas besoin de stimuler l’économie, mais il faut renforcer notre compétitivité, dit-elle. Il y a aussi des dépenses qui visent des objectifs sociaux qu’un gouvernement se doit de faire. »

Si elle ne s’inquiète pas d’une augmentation des dépenses fédérales, l’économiste du CPQ croit par contre qu’il faudrait que le prochain gouvernement se dote d’un plan pour le retour à l’équilibre budgétaire.

Il faut toujours user de prudence parce qu’on n’est pas à l’abri d’une récession.

Norma Kozhaya

Le principe de précaution voudrait qu’un gouvernement se prépare à une augmentation des taux d’intérêt, qui fera gonfler le service de la dette, ou à une récession, qui diminuera ses revenus, avance Luc Savard, de l’Université de Sherbrooke. « Mais les deux choses ne se produiront pas en même temps, explique-t-il. Si les taux augmentent, ça voudra dire que l’économie surchauffe. »

En cas de récession, la Banque du Canada peut encore réduire ses taux d’intérêt, ajoute-t-il. « Aujourd’hui, on comprend mieux le fonctionnement de l’économie. »