(Ottawa) L’axiome politique selon lequel les campagnes électorales ont de l’importance semble particulièrement vrai cette fois-ci.

Joan Bryden
La Presse canadienne

Les Canadiens ne se montrent pas très enthousiastes devant les choix qui leur sont proposés en vue de leur visite aux urnes le 21 octobre, indiquent les sondages. Un haussement d’épaules collectif qui déroute même certains sondeurs.

« Il se passe quelque chose », affirme Christian Bourque, vice-président exécutif de la firme Léger. « C’est une élection un peu étrange. »

Alors que la campagne de 2015 portait dès le départ sur la soif de changement après 10 ans au pouvoir des conservateurs de Stephen Harper, et que la campagne de 2011 portait sur le désir de stabilité à la suite de trois gouvernements minoritaires consécutifs, M. Bourque admet avoir de la difficulté à cerner le scénario de cette nouvelle campagne.

David Coletto, président et directeur général de la firme Abacus Data, partage la même perplexité.

« Je ne pense pas que ce sera une campagne à la Seinfeld, observe-t-il. Je veux dire que ce ne sera pas une campagne à propos de rien. Je ne sais tout simplement pas pour le moment sur quoi elle va porter. »

Christian Bourque note que tous les indicateurs économiques suggèrent que les Canadiens se portent mieux qu’il y a quatre ans et que cela augure habituellement bien pour le parti qui cherche à être réélu. Pourtant, les libéraux de Justin Trudeau entrent dans la campagne au coude-à-coude avec les conservateurs d’Andrew Scheer et aucun des deux partis ne semble en position de décrocher une majorité de sièges.

Les libéraux semblent s’être remis tant bien que mal de l’affaire SNC-Lavalin au printemps dernier, alors que leurs appuis s’étaient effondrés. Le nuage sombre des problèmes éthiques semble toutefois avoir sapé tout ce qui restait d’enthousiasme aux électeurs progressistes favorables à Justin Trudeau. Nombre d’entre eux étaient déjà déçus qu’il n’ait pas répondu à leurs attentes sur plusieurs enjeux, dont la réforme du mode de scrutin et la décision d’acheter l’oléoduc Trans Mountain.

En parallèle, malgré toutes les difficultés des libéraux, les conservateurs n’ont pas été en mesure d’étendre leurs appuis au-delà de leur base traditionnelle, ce qui laisse croire à un certain malaise de l’électorat envers Andrew Scheer.

La lutte pour la troisième place

Jagmeet Singh et le Nouveau Parti démocratique luttent pour conserver leur troisième place, coincés dans ce qui pourrait devenir une bataille existentielle avec le Parti vert d’Elizabeth May.

Les verts, stimulés par leurs gains dans plusieurs élections provinciales en Colombie-Britannique, en Ontario, au Nouveau-Brunswick et à l’Île-du-Prince-Édouard, en plus d’avoir doublé leur représentation fédérale avec deux élus, sont les seuls à entrer dans la course avec un vent favorable, même si celui-ci semble avoir arrêté de souffler récemment.

Finalement, le Parti populaire du Canada, créé par Maxime Bernier, enregistre à peine un battement cardiaque dans la plupart des sondages.

D’après David Coletto, une partie du manque apparent d’enthousiasme s’expliquerait par le fait qu’une grande partie de l’électorat ne s’est pas intéressée à la politique fédérale récemment. Ce qui rend le portrait particulièrement difficile à analyser, c’est que les chefs de l’opposition demeurent des inconnus pour de nombreux électeurs, croit M. Coletto.