(Ottawa) Le chef libéral Justin Trudeau ne ferme pas la porte à une intervention du fédéral pour contester la loi québécoise sur la laïcité devant les tribunaux s’il est réélu pour un deuxième mandat.

Catherine Lévesque
La Presse canadienne

Talonné à ce sujet par les journalistes, quelques minutes après le déclenchement de la campagne électorale, M. Trudeau a maintenu qu’il serait «contreproductif» que le gouvernement fédéral s’en mêle à ce stade-ci.

Il promet de surveiller de près les contestations citoyennes en cours et prendra sa décision vraisemblablement au courant d’un deuxième mandat, s’il est réélu.

La Loi sur la laïcité de l’État — connue avant son adoption comme le projet de loi 21 — interdit le port de signes religieux à certains employés de l’État lorsqu’ils sont dans l’exercice de leurs fonctions, notamment les policiers, les procureurs de la Couronne et les gardiens de prison, ainsi que les enseignants des écoles publiques du primaire et du secondaire.

M. Trudeau n’a jamais caché son désaccord face à cette loi adoptée sous bâillon par le gouvernement Legault en juin dernier.

«J’ai toujours été extrêmement clair. Je ne pense pas qu’il y a un Québécois qui ne sait pas que je suis en désaccord avec cette loi 21 et que ma responsabilité, en tant que premier ministre, c’est toujours d’assurer la défense des droits de tous les Canadiens», a-t-il réitéré, mercredi.

«Je ne pense pas que dans une société libre, on doit légitimiser ou permettre la discrimination contre quiconque. Je suis très content que des Québécois eux-mêmes sont en train de contester cette loi en cour», a-t-il ajouté.

De passage à Québec, le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, a dénoncé l’attitude de M. Trudeau qui a laissé entendre, «de façon très claire», qu’il allait utiliser «l’argent des Québécois» pour contester la loi sur la laïcité.

À son avis, il est «inacceptable» que le chef libéral laisse la porte ouverte à cette option.

Le chef néo-démocrate, Jagmeet Singh, qui porte un signe religieux, est d’avis que cette loi est «divisive». Il se reconnaît dans l’histoire de plusieurs jeunes personnes qui déplorent ne pas pouvoir exercer leur métier au Québec.

Deux groupes de défense des libertés civiles et religieuses et une étudiante en sciences de l’éducation qui porte un hijab, Ichrak Nourel Hak, ont déjà entamé des recours judiciaires pour tenter de suspendre, puis d’invalider la loi.

À la mi-juillet, un juge de la Cour supérieure, Michel Yergeau, a rejeté leur demande de suspension de la loi sur la laïcité de l’État. Il avait alors tranché que la loi continuerait de s’appliquer jusqu’à ce qu’un tribunal se prononce sur le fond de l’affaire.

En août, la Cour d’appel du Québec a accepté de se pencher sur la demande d’injonction.