(London) Le chef du Nouveau Parti démocratique (NPD), Jagmeet Singh, a donné le coup d’envoi à la campagne électorale de sa formation politique dans le sud de l’Ontario, mercredi matin, en promettant de s’attaquer au coût des médicaments et des soins de santé, en plus de lutter contre les changements climatiques et de faire payer les grandes entreprises et les plus riches.

La Presse canadienne

Quelques minutes après la visite du premier ministre Justin Trudeau à la résidence de la gouverneure générale Julie Payette à Ottawa, Jagmeet Singh s’est présenté devant les médias à London, en Ontario.

« Nous vivons dans un pays où les riches sont de plus en plus riches. Un pays où la majorité de la population n’a pas accès aux mêmes avantages », a-t-il mentionné en français dans son discours.

Le chef du NPD a formulé ses premières attaques de la campagne en dénonçant la croissance des coûts des médicaments, des forfaits de téléphonie cellulaire, des connexions internet et du logement au pays. Il a mis en cause l’avarice des grandes entreprises et la complicité des gouvernements libéraux et conservateurs qui se sont succédé.

« Quand vient le temps de choisir entre les intérêts de la population ou ceux des grandes multinationales, leur choix est clair. Ils choisissent ceux des pétrolières et des compagnies pharmaceutiques », a-t-il dénoncé.

Il a ensuite accusé Justin Trudeau et les libéraux d’avoir failli à leur promesse d’améliorer les conditions de vie de la classe moyenne.

« Il y a quatre ans, Justin Trudeau nous a charmés avec de jolis mots et des promesses creuses. Il a dit les bonnes choses, mais il ne les a pas faites », a déclaré M. Singh devant une foule de partisans réunis dans une succursale de la chaîne de boutiques d’économie sociale Goodwill.

« Derrière des portes closes, Justin Trudeau fait tout ce que les riches et puissantes entreprises lui demandent de faire. C’est clair : Justin Trudeau n’est pas celui qu’il prétend être. »

Parmi les mesures proposées par le NPD, on promet de mettre fin aux échappatoires et aux allégements fiscaux dont bénéficient les grandes sociétés. Le programme prévoit aussi la création d’un nouvel impôt de 1 % sur la richesse des « multimillionnaires avec une fortune de plus de 20 millions ».

Le directeur parlementaire du budget avait estimé qu’une telle taxe permettrait d’engranger des revenus de 70 milliards sur dix ans pour le gouvernement fédéral. Il reconnaissait toutefois que ce chiffre était purement hypothétique puisque bon nombre de ces nantis pourraient déplacer leurs avoirs hors du pays pour échapper à cet impôt.

En matière de lutte contre les changements climatiques, parmi les nombreuses mesures proposées, le NPD promet de cesser de « subventionner les énergies fossiles » pour « investir dans les énergies renouvelables et alimenter le Canada en électricité à zéro émission » d’ici 2030.

Jagmeet Singh a mis en garde les électeurs contre la tentation de voter pour les troupes d’Andrew Scheer et les a invités à se remémorer le bilan des précédents gouvernements conservateurs.

« Ils ont toujours coupé dans les services dont les gens ont besoin, dans les services de santé et d’éducation. On peut en voir la preuve ici, en Ontario, ils ont coupé dans tous les services dont les gens ont besoin », a-t-il prévenu en faisant référence au gouvernement provincial de Doug Ford.

Seulement 235 candidats sur 338

Le NPD plonge dans cette nouvelle campagne avec des ressources limitées, après plusieurs années de collectes de fonds décevantes, la perte de nombreux députés ayant préféré quitter la vie politique et un recrutement difficile. Mercredi, seulement 235 candidats sur 338 avaient été confirmés, selon les responsables du parti.

Plusieurs questions planent également au-dessus de l’électorat québécois, alors que l’on se demande comment le Québec va répondre à la candidature de Jagmeet Singh en tant qu’aspirant premier ministre du Canada. Il est le premier politicien appartenant à une minorité visible à diriger un parti fédéral pendant une élection générale.

Comme le Québec a été la clé de la performance surprise du NPD en 2011 et que la province a aussi permis au parti de gauche de faire élire plusieurs députés en 2015, la perception des Québécois pourrait faire une grande différence pour le parti.

Dès le premier jour de campagne, Jagmeet Singh a tendu la main aux Québécois en abordant l’importance de protéger la langue française, qu’il a qualifiée de « richesse dans sa vie ».

« Je veux être un allié pour le Québec. Je veux défendre la langue française et promouvoir l’identité québécoise », a-t-il affirmé.

Le NPD doit par ailleurs faire face à la montée du Parti vert, avec lequel il se retrouve au coude-à-coude selon plusieurs sondages d’opinion. Le chef néo-démocrate n’a fait aucune mention mercredi des verts ou de leur chef Elizabeth May, mais a semblé suggérer à un certain moment que leur plateforme n’offrait pas grand-chose en dehors de la lutte contre les changements climatiques.