(Trois-Rivières) Le Parti conservateur a lancé sa campagne nationale au Québec, et ce n’est pas un hasard.

Simon-Olivier Lorange Simon-Olivier Lorange
La Presse

De fait, le chef Andrew Scheer n’a pas attendu pour ouvrir son jeu devant ses partisans réunis à Trois-Rivières : «J’ai besoin de la nation québécoise!», a-t-il scandé, référence directe à la reconnaissance accordée au Québec par le gouvernement de Stephen Harper.

Devant quelque 200 militants venus encourager le parti de même que le candidat-vedette Yves Lévesque, ex-maire de l’endroit, M. Scheer a consacré l’essentiel de son discours à pilonner le bilan de Justin Trudeau, répétant inlassablement que le Parti libéral avait «augmenté les impôts et les taxes» des Canadiens.

Le chef conservateur s’est également régalé des nouvelles allégations concernant l’entourage du premier ministre dans l’affaire SNC-Lavalin – le Globe & Mail a rapporté que la Gendarmerie royale du Canada s’était vu refuser l’accès à des documents confidentiels du cabinet par le Bureau du Conseil privé.

MARTIN CHAMBERLAND, LA PRESSE

Andrew Scheer prend un selfie après son discours à Trois-Rivières.

«Justin Trudeau doit permettre à la GRC de faire son travail», a résumé M. Scheer, accusant le premier ministre d’entretenir «deux systèmes de justice, l’un pour lui et ses amis et un autre pour les autres Canadiens».

Autre cible-phare du programme conservateur, les familles de la classe moyenne ont été omniprésentes dans l’allocution d’une quinzaine de minutes d’Andrew Scheer.

À deux reprises, et encore pendant la mêlée de presse qui a suivi son discours, a-t-il rappelé ses propres origines modestes et souligné que «Justin Trudeau ne sait pas ce que c’est que d’élever une famille dans des conditions difficiles».

Le chef conservateur a pris soin de mentionner que «ce n’est pas le Bloc québécois qui va remplacer Justin Trudeau», référence manifeste à la remontée de la formation souverainiste au Québec.

Aucune mention du NPD ou de son chef Jagmeet Singh n’ont toutefois ponctué son discours, et ce, même si la circonscription de Trois-Rivières est néo-démocrate depuis 2011.

Loi 21 et pipeline

En mêlée de presse, Andrew Scheer a soufflé le chaud et le froid sur la relation qu’il compte entretenir avec le Québec s’il est élu premier ministre.

MARTIN CHAMBERLAND, LA PRESSE

D’abord, à propos de la loi 21 interdisant le port des symboles religieux pour les agents de l’État et les enseignants, il a assuré qu’un gouvernement conservateur n’avait pas l’intention d’intervenir de quelque manière que ce soit dans le débat et que, conséquemment, il ne contesterait pas la loi devant les tribunaux.

Cette déclaration tombait en parfaite phase avec l’appel lancé ce mercredi par le premier ministre François Legault, qui a demandé aux partis fédéraux de ne pas participer à une contestation judiciaire de la loi québécoise.

La collaboration avec Québec est beaucoup moins claire concernant le projet de corridor énergétique pancanadien, l’une des priorités du programme conservateur. Ce projet impliquerait le passage possible d’un oléoduc par le Québec, ce à quoi François Legault a déjà opposé une fin de non-recevoir.

Interrogé sur l’éventualité d’un refus du Québec de collaborer à ce projet, M. Scheer a rétorqué qu’il s’agissait d’une situation «hypothétique».

Il n’a en outre pas écarté la possibilité d’imposer sa décision au Québec, ajoutant qu’il allait «toujours appuyer l’industrie énergétique» et que les électeurs de partout au pays préféraient «le pétrole canadien au vrai pétrole sale», notamment celui de l’Arabie saoudite.