Le résultat « très décevant » obtenu lundi par les verts démontre que la formation a besoin d’une meilleure organisation électorale, croit l’ancien chef du Parti vert du Québec et ex-député péquiste Scott McKay.

Publié le 23 oct. 2019
Jean-Thomas Léveillé
Jean-Thomas Léveillé La Presse

« Ils ne peuvent pas simplement miser sur le capital de sympathie, il faut qu’ils mettent en place une machine électorale, une stratégie », a-t-il déclaré à La Presse.

L’ancien politicien devenu consultant cite la performance du chef bloquiste Yves-François Blanchet et celle de Valérie Plante lors de la dernière campagne à la mairie de Montréal, il y a deux ans, comme exemples de campagnes bien préparées et bien menées.

« Ce n’est pas parce que tu as un message qui est plus innovateur que les règles de “campagne électorale 101” ne s’appliquent pas », lance-t-il.

Le Parti vert n’avait pas « suffisamment de candidatures vedettes, de candidatures fortes », ajoute Annie Chaloux, professeure en politique environnementale à l’Université de Sherbrooke.

La formation d’Elizabeth May n’a par ailleurs plus le monopole des enjeux environnementaux, si bien qu’une « vague verte » s’est concrétisée, mais « à travers les autres partis », analyse-t-elle.

Les verts ont néanmoins fait un gain « assez impressionnant » en doublant le pourcentage du vote obtenu par rapport aux élections de 2015, souligne Annie Chaloux.

C’est plus dur de percer dans un système uninominal à un tour, mais ils l’ont fait.

Annie Chaloux, professeure à l’Université de Sherbrooke

Changer de chef

« On aurait évidemment aimé beaucoup mieux performer », reconnaît sans détour Daniel Green, chef adjoint du Parti vert et candidat défait dans Outremont.

Reconnaissant que les performances d’Yves-François Blanchet et de Jagmeet Singh ont « beaucoup aidé » leurs formations respectives, il n’exclut pas que le Parti vert puisse se doter d’un autre chef pour la prochaine campagne électorale.

« Madame May l’a dit, même avant la campagne : elle adore être députée, mais moins être cheffe », rappelle-t-il.

L’écotoxicologue relativise toutefois les résultats en disant qu’il s’agissait de la « première vraie campagne » de sa formation, avec « de bons candidats partout », mais constate lui aussi qu’une meilleure organisation s’impose.

« L’efficacité libérale pour sortir le vote est incroyable », souligne-t-il.

Daniel Green en veut cependant au système électoral, qui nuit aux petits partis, soulignant que les verts ont obtenu moins de 1 % des sièges avec plus de 6 % des voix.

PHOTO OLIVIER JEAN, ARCHIVES LA PRESSE

Daniel Green, chef adjoint du Parti vert

Le Parti vert doit aussi mieux atteindre l’électorat jeune, croit Daniel Green, qui souligne que « c’est ce qui a permis à Québec solidaire de percer. Encore une fois, ça prend des équipes, une plus grosse machine ».

La ligne de fracture

Même si les autres partis se sont approprié les enjeux environnementaux, le Parti vert a toujours sa place sur l’échiquier politique fédéral, croient Scott McKay et Annie Chaloux.

« L’environnement a quand même été la ligne de fracture à ces élections-ci ; ça ne sera pas moins le cas dans le futur », affirme le premier.

« Le rôle du Parti vert est d’avoir de bonnes idées, mais il se peut qu’elles percolent dans les autres partis », ajoute la seconde, qui croit que le contexte de gouvernement minoritaire pourrait être favorable aux verts.

« On a beaucoup appris dans cette campagne », philosophe Daniel Green, qui trouve tout de même du positif dans la situation : sa formation n’aura probablement pas à attendre quatre ans avant de tenter sa chance à nouveau.

« Beaucoup de candidats m’ont dit qu’ils n’abandonnent pas, confie-t-il. Je leur ai suggéré de garder leurs pancartes, on va les recycler ! »