Avant de faire tomber le gouvernement minoritaire, les partis devront évaluer s’ils ont les moyens de repartir en campagne électorale

Judith Lachapelle Judith Lachapelle
La Presse

L’argent étant le nerf de la guerre, les partis sont-ils prêts à fourbir leurs armes de nouveau pour une nouvelle campagne ?

À l’évidence, ce n’est probablement pas le cas de tous les partis.

« On ne sait pas encore exactement combien chaque parti politique a emprunté pour faire la campagne », note Duff Conacher, cofondateur de l’organisme Democracy Watch et professeur à l’Université d’Ottawa. Cette information, à propos de laquelle les partis politiques restent vagues en ce moment, sera officiellement publiée au printemps, lorsque les partis remettront leurs rapports de dépenses à Élections Canada. À titre d’exemple, en 2015, les principaux partis ont dépensé entre 4 millions (Parti vert) et 43 millions de dollars (Parti libéral).

Mais de tous les partis politiques, M. Conacher estime que le Nouveau Parti démocratique (NPD) et le Parti vert sont particulièrement dans une mauvaise posture financière.

En août 2018, confrontés à une baisse des dons de leurs partisans, les néo-démocrates se sont résignés à prendre une hypothèque de 12 millions de dollars sur l’immeuble qu’ils possèdent au 279, rue Laurier à Ottawa et qui abrite leur quartier général. L’édifice Jack-Layton a été acheté en 2004 par le parti, qui avait payé 3,5 millions de dollars à l’époque.

Peut-être vont-ils devoir vendre l’immeuble.

Duff Conacher, cofondateur de l’organisme Democracy Watch et professeur à l’Université d’Ottawa 

Une décision qui permettrait d’éliminer une partie des dettes du parti, mais qui affaiblirait considérablement sa capacité à emprunter pour financer une nouvelle campagne électorale.

Juste avant le début de la campagne électorale, La Presse canadienne a révélé que les associations de circonscription néo-démocrates avaient déclaré environ 3,8 millions d’actifs nets en 2018, bien loin derrière les 21 millions d’actifs des associations libérales et les 24,2 millions des associations conservatrices.

Les rapports financiers indiquaient également qu’en 2018, les associations de circonscription du NPD avaient recueilli environ 1,2 million de contributions durant l’année. Les associations de circonscription libérales avaient récolté environ 8,5 millions en contributions durant la même période, contre environ 4,7 millions pour les conservateurs.

Quant au Parti vert, s’il avait collecté 3,1 millions de dollars en 2018, il a démarré l’année avec 1,1 million dans les coffres, une fois les dépenses déduites. Au moins 780 000 $ s’étaient ajoutés en dons durant les trois premiers mois de l’année.

La disparition du financement public des partis politiques a des effets douloureux pour les plus petits partis, rappelle Duff Conacher. De 2004 à 2015, les partis fédéraux récoltaient 2 $ de l’État pour chaque vote obtenu. Après avoir été réélus en 2011, les conservateurs avaient progressivement mis fin à la mesure. En janvier 2018, le Bloc québécois avait réclamé le retour du financement public en accordant 1,75 $ par vote, une proposition rejetée par les libéraux qui s’étaient dits, à l’époque, « assez confortables avec le système de financement des partis actuel ».

Une campagne à moins de 1 million pour le Bloc

Pas de pub dans les journaux. Ni à la radio. Encore moins à la télé. La campagne fédérale 2019 du Bloc québécois sera mémorable, et pas seulement en raison de la remontée spectaculaire de l’appui des électeurs. Elle aura été également la plus frugale depuis des lustres. De l’argent, il n’y en avait tout simplement plus dans les coffres au moment de lancer la campagne.

Ç’a été l’élection où on a investi le moins d’argent.

Louis Plamondon, député du Bloc québécois dans Bécancour–Nicolet–Saurel depuis 1984

« En 2011, on avait dépassé 6 millions. En 2015, c’était 2,6 millions. Cette fois, c’était moins de 700 000 $. Je n’ai jamais vu ça. »

L’arrivée d’Yves-François Blanchet à la tête du parti a permis de récolter juste assez d’argent pour garder le parti fonctionnel.

 « Ça a suffi pour vivre toute l’année, payer le loyer, payer deux employés permanents, mettre de l’argent de côté pour la campagne et organiser des campagnes de financement, dit le député Plamondon. Ça n’a pas été facile ! »

« On n’est plus dans les belles années pendant lesquelles on n’avait pas de soucis financièrement », admet Rhéal Fortin, qui vient de décrocher un second mandat. « Faute de financement étatique, on est obligés d’aller quêter nos partisans. C’est ce qu’on a fait pour la campagne, et c’est ce qu’on va se remettre à faire dès demain. On ne sait pas s’il y aura une élection dans un, deux ou quatre ans. Il va falloir être prêts, et ça veut dire de se mettre au travail pour trouver de l’argent. »

— Avec Simon-Olivier Lorange, La Presse

Combien les partis ont-ils dépensé lors de la campagne de 2015 ?

Parti libéral 
43 millions

Parti conservateur 
41,9 millions

NPD 
29,7 millions

Parti vert 
3,9 millions

Bloc québécois 
2,6 millions

La Loi électorale permet à un parti enregistré qui a obtenu au moins 2 % des votes validement exprimés à l’échelle nationale d’obtenir un remboursement de 50 % des dépenses électorales payées pour des élections générales.

Source : Élections Canada