Seul candidat du Nouveau Parti démocratique (NPD) élu au Québec, Alexandre Boulerice, l’homme fort de Rosemont–La Petite-Patrie, reconnaît qu’il en a « beaucoup sur les épaules ».

Tristan Péloquin Tristan Péloquin
La Presse

En plus d’incarner « la voix du Québec » au sein d’un caucus qui détient la « balance du pouvoir », c’est à lui que revient la tâche de rebâtir une équipe de candidats en vue d’élections qui pourraient arriver plus vite que prévu. 

« Les libéraux n’auront pas le choix de nous parler. Le caucus du NPD n’aura pas le choix, aussi, de me parler en ce qui concerne les enjeux québécois prioritaires », a dit M. Boulerice, joint en fin de journée hier.

J’en ai beaucoup sur les épaules, mais ça me donne une possibilité de pousser des enjeux et de définir où la ligne rouge est tracée.

Alexandre Boulerice, député du Nouveau Parti démocratique

« Il y a des choses importantes, comme la protection de la langue française, la taxation des géants du web ou la protection des médias locaux et régionaux, pour lesquelles je vais être la voix du Québec au sein du caucus du NPD. J’entends jouer ce rôle pleinement », a-t-il assuré. 

Élu avec 25 000 voix et plus de 42 % des suffrages, le lieutenant de Jagmeet Singh au Québec se réjouit de voir les libéraux former un gouvernement minoritaire, malgré une « certaine tristesse » de voir 14 de ses collègues du Québec défaits. « Comme on forme la balance du pouvoir, on aura un rôle actif à jouer au Parlement, ce qui veut dire qu’on peut négocier pour obtenir des gains pour les gens », a-t-il souligné. 

En point de presse hier à Burnaby, en Colombie-Britannique, Jagmeet Singh a promis qu’il passerait du temps dans la Belle Province afin de garder en vie le « rêve de Jack [Layton] ». « C’était la première fois que je me présentais, je suis content qu’on ait réussi à démontrer que je partage les mêmes valeurs que les Québécois et Québécoises », a lancé le chef néo-démocrate. 

Le chef du NPD, qui ne se dit « pas du tout » inquiet pour l’avenir de son leadership, affirme que les Canadiens sont face à « une occasion historique de gagner » en obtenant des concessions du gouvernement minoritaire « pour ce qui compte vraiment ». Il promet d’être à l’écoute de la « sensibilité unique au Québec face aux enjeux environnementaux et aux enjeux sociaux ». 

Singh toujours l’homme de la situation

Malgré un recul important encaissé par le NPD, qui a vu sa députation passer de 39 à 24 à l’échelle du pays (et de 15 à 1 au Québec), Alexandre Boulerice estime que Jagmeet Singh est toujours l’homme de la situation. 

« Il a fait des gains dans l’esprit et le cœur des gens. Ça va être payant la prochaine fois, ou la fois d’après. Il ne faut jamais oublier qu’avant la vague orange remportée par Jack Layton en 2011, les élections précédentes, en 2004 et en 2006, ce n’était pas fort, fort. Ça prend du temps pour que les gens découvrent un chef, l’écoutent et s’habituent à lui », estime le député de 46 ans. 

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, ARCHIVES LA PRESSE

Alexandre Boulerice et Jagmeet Singh, en septembre dernier

« Et on va se le dire, un chef qui porte un signe religieux alors qu’on sort d’un débat sur la laïcité [au Québec], il ne part pas avec le vent dans le dos, a admis M. Boulerice. Ça montre à quel point il a fait une bonne campagne. Beaucoup de gens ont commencé à le découvrir. » 

Sous la gouverne de M. Boulerice au Québec, le NPD commencera dès les prochaines semaines à recruter de nouveaux candidats en vue d’élections anticipées. Il se dit convaincu que les Ruth Ellen Brosseau, Pierre-Luc Dusseault, Guy Caron et autres ex-députés néo-démocrates défaits seront sur les rangs. « Ce sont des combattants et des militants profondément néo-démocrates. Ils font partie de la liste prioritaire », dit-il.