Il reste encore 72 heures aux partis pour présenter des candidats aux élections, mais la tendance est déjà bien nette : le nombre d’hommes dépasse encore largement le nombre de femmes au sein des principales formations politiques.

Simon-Olivier Lorange Simon-Olivier Lorange
La Presse

Le Nouveau Parti démocratique (NPD), avec 49,1 % de candidatures féminines, est bon premier avec une quasi-parité à l’échelle nationale. À l’opposé, à 31,5 %, le Parti conservateur fait mieux qu’en 2015, mais rate considérablement la « zone paritaire » de 40 % que se sont fixée les partis depuis quelques années.

Le Parti vert s’approche lui aussi d’une note parfaite avec une représentation à 47,8 % féminine. Le Bloc québécois, à 43,6 % – sur 78 candidats –, et le Parti libéral, à 39,6 %, complètent le tableau. Au moment de publier, il manquait toujours deux candidats aux libéraux ; ils pourraient donc franchir la barre symbolique des 40 % d’ici lundi à 14 h, heure limite du dépôt des candidatures auprès d’Élections Canada.

Atteindre la parité était « une priorité » pour le NPD, affirme son chef adjoint Alexandre Boulerice.

C’est plus que symbolique, c’est comme ça qu’on veut faire de la politique.

Alexandre Boulerice, chef adjoint du NPD

Le retard dans le recrutement du NPD a été souligné à de multiples reprises depuis le début de la campagne. La volonté du parti d’assurer la représentativité des genres, orientations sexuelles et ethnicités, entre autres, a été invoquée.

Or, trouver des gens « dans des communautés où il n’est pas traditionnellement facile de se présenter en politique, ça prend du temps », souligne M. Boulerice.

« Ça implique de parler à beaucoup de gens. Oui, ça alourdit le processus, mais au final, on est plus représentatifs de la société moderne. »

Au Québec, le parti présente un groupe de candidats totalement paritaire : 39 femmes et autant d’hommes.

Lieutenant québécois du Parti conservateur et responsable du recrutement dans la province, Alain Rayes affirme avoir lui aussi eu comme objectif d’augmenter le nombre de femmes parmi les candidats du parti. Avec 38,5 % de femmes candidates (30 sur 78), le bilan du parti est meilleur au Québec que dans l’ensemble du Canada – 105 sur 337, soit 31,5 %. Mais dans les deux cas, la zone paritaire est ratée.

M. Rayes précise néanmoins que la performance conservatrice à cet égard est bien meilleure qu’aux dernières élections générales. En effet, l’équipe de Stephen Harper n’avait présenté que 11,5 % de femmes au Québec et 20 % au Canada.

Le bonnet d’âne parmi les partis qui présentent des candidats partout au pays revient toutefois au Parti populaire du Canada, dont plus de 80 % des représentants sont des hommes. Le porte-parole Martin Masse nous a signifié par courriel que le parti était « très à l’aise » avec le recrutement de ces candidats et qu’il n’avait pas imposé de « quotas de sélection ».

Pas un mythe

Malgré l’écart séparant la récolte de leurs partis respectifs, MM. Boulerice et Rayes dressent le même constat : recruter des femmes est plus complexe que recruter des hommes. C’était vrai jusqu’en 2015. Ce l’est toujours en 2019.

Ce n’est pas un mythe, confirme Katherine Sullivan, doctorante en science politique à l’Université de Montréal, qui s’intéresse notamment aux enjeux de genre dans la sphère publique.

Pour tous les députés, une vie en politique active implique de longues heures de travail, souvent jusqu’à tard le soir et pendant les week-ends, loin de la maison et de la famille. À cet égard, un constat persiste : « Un homme se dégage plus facilement de sa responsabilité qu’une femme », constate Mme Sullivan.

Alexandre Boulerice et Alain Rayes ont d’ailleurs remarqué que la difficile conciliation travail-famille était au sommet des inquiétudes exprimées par les candidates potentielles. « Il y a des mesures en place, comme le fait de pouvoir allaiter à la Chambre des communes, mais il faudra aller plus loin », admet M. Rayes.

En outre, reprend Mme Sullivan, les femmes sont largement plus ciblées par la critique en général et sur les réseaux sociaux en particulier.

« Ce sont les politiciennes qui reçoivent le plus de menaces de mort, de commentaires de trolls, qui sont jugées sur leur apparence plutôt que sur leurs décisions politiques », énumère la chercheuse. 

Elles doivent constamment convaincre l’électorat et leur parti qu’elles sont compétentes.

Katherine Sullivan, doctorante en science politique à l’Université de Montréal

Le positionnement des partis sur l’axe gauche-droite n’est pas, selon les recherches, un facteur lié à la présence des femmes dans leurs troupes, signale l’experte. « C’est quelque chose qui évolue dans le temps, selon les valeurs des partis », dit-elle.

N’empêche, « si les droits reproductifs des femmes ou leur implication dans la société ne sont pas une priorité pour un parti », il serait surprenant que cette formation politique investisse temps et efforts pour recruter davantage de femmes, ajoute-t-elle.

Enfin, conclut Katherine Sullivan, peut-être les formations politiques devraient-elles reconsidérer la « zone paritaire » comme objectif suffisant à atteindre. À ses yeux, il y a encore beaucoup d’« éducation politique » à faire.

« On ne peut pas dire qu’on va en faire juste un peu pour être égaux : il faut être complètement égaux, tranche-t-elle. Tant que les revenus des hommes et des femmes seront inégaux, que leurs droits seront inégaux, il n’y aura pas de représentation suffisante à la Chambre des communes. »

— Avec la collaboration de William Leclerc et Serge Laplante, La Presse