« Le public avait le droit de le voir. »

Simon-Olivier Lorange Simon-Olivier Lorange
La Presse

Michael Adamson, l’homme qui a fourni au magazine Time la photo de Justin Trudeau arborant un brownface, est sorti de son mutisme et a expliqué ce qui l’avait motivé dans sa démarche.

La publication la semaine dernière d’une photo du premier ministre datée de 2001 a fait le tour du monde et plongé la campagne libérale dans la tourmente. Sur le cliché, on aperçoit Justin Trudeau le visage et les mains peinturés en brun. Accompagné de quatre femmes, il porte un déguisement d’Aladin dans le cadre d’une soirée dont le thème était « Nuit d’Arabie ». La photo a été prise alors que Trudeau était enseignant d’art dramatique au West Point Grey Academy (WPGA), école privée de Vancouver.

PHOTO TIRÉE DU SITE WEB DE L’ÉCOLE D’ARCHITECTURE DE L’UNIVERSITÉ CORNELL

Michael Adamson et son épouse Hisami Kumi Adamson

Dans un communiqué diffusé ce vendredi après-midi, Michael Adamson explique avoir lui-même communiqué avec une journaliste du
Time pour lui signaler l’existence de cette photo, glanée dans un album de fin d’année de l’institution d’enseignement.

« À titre d’ancien membre de la communauté de WPGA, j’étais au courant de rumeurs sur l’existence de cette photo et j’étais en mesure d’en fournir une copie » à un média, écrit M. Adamson.

Ce dernier assure que son geste n’était pas partisan – « je n’ai jamais été membre d’un parti politique » – et qu’il n’a reçu aucune compensation financière en échange de la photo. N’empêche, le Time a rapporté que M. Adamson était au courant de l’existence de cette photo depuis le mois de juillet. On ne sait donc pas pourquoi il a décidé de la diffuser en pleine campagne électorale.

« Ma décision de fournir [la photo] au Time était seulement motivée par ma conviction que le public canadien avait le droit de la voir », écrit-il encore, avant d’ajouter qu’il ne commenterait pas davantage l’affaire.

Cette révélation discrédite la thèse d’ingérence étrangère qui avait fait surface dans les rangs libéraux après la publication du Time. Deux autres occurrences montrant un jeune Justin Trudeau arborant un blackface avaient été dévoilées dès les heures suivantes. Le chef libéral s’est depuis excusé à de multiples reprises pour son manque de jugement passé.  

Riche homme d’affaires

Jusqu’à aujourd’hui, Michael Adamson, riche homme d’affaires spécialisé dans l’import-export, n’avait jamais fait de sortie publique pour expliquer son geste. On ne sait pas non plus comment il a mis la main sur l’album de fin d’année de la West Point Grey Academy, dont il fait partie de la « communauté », selon ses propres mots et ce qu’avait rapporté le Time la semaine dernière. Il n’a pas lui-même assisté à la « Nuit d’Arabie » de 2001.

Sa femme et lui sont connus à Vancouver pour leurs nombreuses contributions à des organisations philanthropiques, a révélé un reportage du Globe and Mail publié jeudi. M. Adamson a fait des dons à plus d’une école privée de la région.

Selon les données publiques, ni sa famille ni lui n’ont fait de dons à des partis politiques au cours des dernières années.

Après la publication du Time, d’aucuns se questionnaient : pourquoi la photo de Trudeau avait-elle été fournie une publication américaine et non canadienne ? L’explication dénichée par le
Globe : Anna Purna Kambhampaty, qui a cosigné le reportage devenu une véritable bombe politique, est une amie personnelle de Bennet Tadashi Adamson, le fils de Michael Adamson. Les deux se sont connus alors qu’ils fréquentaient la prestigieuse Université Cornell, dans l’État de New York.

On ne sait toutefois pas si un lien existe entre Michael Adamson et Justin Trudeau, ou même si les deux hommes se connaissent. Un porte-parole du Parti libéral nous a écrit n’avoir « rien à ajouter » lorsque questionné à ce sujet.

La révélation du brownface et des deux blackfaces de Justin Trudeau a substantiellement ralenti la campagne libérale la semaine dernière, sans pour autant affecter les intentions de votes des Canadiens dans les sondages.