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Montréal à vélo (1)

Hier, il faisait beau et chaud. J'ai laissé le char à la maison et j'ai pris le vélo.

C'était formidable.

Je l'ai souvent dit : ceux qui pestent contre la présence grandissante des cyclistes à Montréal, ceux qui chialent contre l'expansion des infrastructures de vélo à Montréal, ceux-là devraient monter sur un vélo, pour ressentir le bonheur de rouler à vélo.

Hier, j'ai senti la ville comme on ne peut jamais la sentir au volant d'une voiture. On la sent dans ses tripes, dans son corps.

Hier, pas de souci de stationnement ou de parcomètre. Je n'ai pas sacré à cause des bouchons, des cônes orange ou des chantiers, actifs ou endormis.

Je n'ai pas fait de colère parce que la cr*** de vente-trottoir sur Saint-Laurent - où j'avais deux rendez-vous - rend la circulation automobile autour de cette artère aussi complexe que l'atterrissage d'une sonde sur une comète.

Hier, il faisait beau et chaud. J'ai laissé le char à la maison et j'ai pris le vélo.

Et comme d'habitude, comme chaque fois que je prends mon vélo plutôt que mon auto pour me déplacer en ville, j'ai eu peur de mourir.

***

Rouler à vélo à Montréal est une expérience vivifiante. Mille fois plus amusant que de rouler en voiture. Tu arrives à destination décrassé : les muscles ont travaillé, le cardio a pompé, bonjour, les endorphines.

Mais rouler à vélo à Montréal est aussi une expérience terrifiante. Je n'exagère pas quand je dis que j'ai peur de mourir, à vélo. J'y pense chaque fois que je mets mon casque. Je ne pense jamais à la mort en mettant ma ceinture de sécurité.

Le réseau d'infrastructures cyclistes dont se vante Montréal (800 kilomètres !) est mal foutu, une courtepointe balkanisée de pistes cyclables balisées, de bandes cyclables plus ou moins collées sur les voitures stationnées et de couloirs qui sont aussi sécuritaires que la qualité de la peinture qui les délimite, c'est-à-dire quelconque...

Je descendais donc Saint-Urbain sur la bande cyclable, direction sud, vers 7 h. Bande cyclable ? Deux lignes qui balisent l'espace vélo sans séparation physique, un mince espace qui me permet de rouler entre le trafic (à gauche) et les autos stationnées (à droite)...

Sur Saint-Urbain, je roulais à côté d'un camion double remorque transportant des palettes de briques. Je le dépassais, il me rattrapait au feu rouge. Et ainsi de suite, de Mont-Royal à Sainte-Catherine...

Le gars conduisait prudemment, rien à redire. Mais l'espace qui te sépare des roues de ce monstre, doublé du son assourdissant du métal frappant le métal : c'est terrifiant. Tu rencontres ta propre fragilité, mettons.

J'ai fini par semer le double-remorque à Sainte-Catherine... Où la bande cyclable devient une vue de l'esprit, pour carrément disparaître au sud de René-Lévesque. Réseau mal foutu, disais-je...

***

À vélo, tout peut te faire flirter avec le 911 : le nid-de-poule que tu n'as pas vu parce que tu regardais devant toi, le camionneur qui ne fait pas son angle mort, l'itinérant ivre qui traverse la piste cyclable sur Berri en s'engueulant avec les gens dans sa tête, la dame distraite qui traverse la piste cyclable sur Rachel en regardant Google Maps sur son téléphone, le gars en pick-up qui décide de ne pas se tasser d'un pied en te dépassant sur Saint-Laurent...

Si t'as peur de mourir, Lagacé, pourquoi tu prends ton bécyk ?

Parce que c'est vivifiant, justement. Parce que je ne suis pas pogné dans le trafic, parce que j'aime arriver à destination sur un high d'endorphines plutôt que stressé à cause de bouchons...

Parce que c'est le fun de ne pas ÊTRE le trafic, des fois.

***

Depuis la nuit des temps, l'humain se bat pour l'espace. Seul ou en tribu, en tribu ou en nation, l'humain a toujours joué du coude pour du pied carré. Au fond de nos instincts, l'espace est aussi affaire de survie.

Quand deux automobilistes en viennent aux coups dans un stationnement de Walmart pour un désaccord sur une case de parking, je suis convaincu que c'est en partie parce que la quête de l'espace est liée à une partie de notre instinct de survie, profondément enfoui en nous...

Idem quand les automobilistes pestent contre les cyclistes.

Les cyclistes sont vus par plusieurs automobilistes comme empiétant sur leur espace à eux, espace qui appartient de droit divin aux chars dans nos villes, depuis l'avènement de la voiture personnelle à grande échelle...

C'est bien sûr une vision incomplète du réel : le parc automobile a doublé au Québec de 1985 à 2015. 

Ce qui empiète sur l'espace traditionnellement réservé aux véhicules, c'est d'abord et avant tout... de plus en plus de véhicules.

Depuis la nuit des temps, l'humain se bat donc pour de l'espace, une condition essentielle de survie.

Je suis sûr que ça explique en partie la réaction viscérale de nombreux automobilistes face aux espaces réservés aux cyclistes. Bête à dire, mais à vélo, à pied ou en auto : nous sommes tous humains, il faudra apprendre à vivre ensemble...

Mais la sécurité des plus vulnérables - piétons et cyclistes - passera par l'aménagement. On n'y échappera pas. Le Réseau express vélo (REV) est donc une nouvelle réjouissante, sur papier, de même que l'expansion du réseau cyclable dans Rosemont.

Aménagement ? Je lisais par exemple le témoignage de ce père dont la fille s'est fait couper la voie par une automobiliste qui a traversé la piste cyclable, sur Christophe-Colomb. La dame entrait dans le parking du A&W et, pour ce faire, elle devait traverser la piste cyclable.

Je ne vais pas traiter l'automobiliste qui a coupé la trajectoire de cette ado de tous les noms.

Personne n'est parfait. Je suis sûr que la dame est catastrophée. C'est l'aménagement qui est à blâmer.

La sécurité des plus vulnérables - cyclistes et piétons - ne peut pas dépendre de la présomption de perfection des automobilistes, de la certitude qu'ils sont toujours alertes et vigilants, jamais distraits ou impatients.

***

Je sais, je sais...

Je vous entends me dire que les cyclistes sont souvent leurs pires ennemis, téméraires et se foutant du bon sens.

Et...

Et je crois que c'est pas complètement faux.

J'en parle demain.




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