Pour affronter la crise du climat, le système énergétique mondial devra transiter, on le sait, des énergies fossiles vers une économie décarbonée, non émettrice de gaz à effet de serre. Cela entraînera de vastes et profonds changements dans l’environnement immédiat des habitants et des communautés à travers le monde, et les gouvernements devront bien les préparer aux conséquences de cette vaste transformation.

Publié le 19 juin
Yvan Cliche
Yvan Cliche Fellow, chercheur en énergie, Centre d’études et de recherches internationales de l’Université de Montréal (CERIUM)

Changement 1

Un premier changement profond concerne l’électrification tous azimuts de l’économie, des procédés industriels aux applications utilisant de l’électricité dans les résidences : pompes à chaleur, panneaux solaires sur les toits, véhicules électriques.

Ce tout à l’électricité décarbonée signifie qu’on devra en consommer bien plus que nous le faisons actuellement. Simplement au Québec, la transition énergétique pourrait entraîner l’ajout de 100 térawattheures (TWh) d’électricité propre d’ici 2050.

Hydro-Québec a vendu en 2021 plus de 210 TWh. La transition pourrait donc faire grimper la consommation d’électricité de 50 % en seulement 30 ans.

Une telle transition impliquera l’ajout de lignes de transport, lesquelles sont souvent bien mal accueillies par les populations concernées, notamment dans les pays développés, comme on le voit avec les projets d’exportation d’électricité renouvelable d’Hydro-Québec au Massachusetts. Les gouvernements devront mieux préparer les citoyens à cette addition bien visible d’infrastructures, qui a bien sûr des impacts concrets sur la configuration du territoire habité ou non.

Changement 2

Le deuxième changement a trait à l’implantation de projets d’énergie renouvelable. Les coûts des énergies éolienne et solaire et des batteries ont chuté dans une proportion de quelque 80 % durant la décennie 2010-2020 et rivalisent avantageusement avec les énergies fossiles. Mais ces projets, maintenant rentables, exigent beaucoup d’espace : autant sur terre qu’en mer, pour les projets éoliens extracôtiers.

Le gouvernement américain, par exemple, vise une capacité de 1600 gigawatts (GW) d’énergie solaire d’ici 2050. Or, un tel déploiement accaparerait une superficie équivalant au Massachusetts.

Les éoliennes sont aussi hautes qu’un édifice de 20 étages, et un parc éolien avec plusieurs tours utilise beaucoup de territoire. Leur développement harmonieux n’est pas chose acquise, comme on l’a vu en France où maints projets éoliens sont contestés.

Avec la guerre en Ukraine et la volonté subséquente de se défaire de la dépendance énergétique envers la Russie, l’Union européenne a décidé d’accélérer leur développement : les énergies renouvelables devront fournir presque la moitié (45 %) de l’électricité d’ici 2030 (plan REPowerEU).

Or, l’obtention des permis prend beaucoup de temps. L’Europe a quatre fois plus de projets éoliens en attente de permis que de projets en construction. Un projet éolien en Allemagne, pays pourtant ambitieux en cette matière, met en moyenne cinq ans à recevoir une approbation.

Dans un contexte d’urgence climatique, cela paraît bien long. Le gouvernement allemand semble l’avoir compris, puisqu’il a récemment déposé une loi pour accélérer l’étude des projets.

Changement 3

Un troisième changement concerne l’industrie minière. Autant la transition sera électrique, autant elle prendra appui sur les produits miniers. Car cette transition, qui mise sur l’éolien, le solaire et les batteries, exige beaucoup plus de minéraux qu’une économie basée sur les énergies fossiles. La principale composante des véhicules électriques est la batterie lithium-ion, qui nécessite du lithium, du cobalt, du nickel et des éléments dits de terre rare.

Selon tous ses scénarios de croissance, l’Agence internationale de l’énergie prévoit une explosion astronomique dans l’utilisation de ces minéraux. La consommation de nickel, par exemple, sera multipliée par 140 d’ici 2040.

Or, l’industrie minière à l’échelle mondiale n’a pas toujours bonne presse, notamment auprès des communautés situées à proximité des projets. Il y a également une préoccupation quant à la traçabilité des minéraux, la transparence de leur extraction, leur acceptabilité et les bénéfices pour les populations environnantes.

La République démocratique du Congo, par exemple, qui est dépositaire de fortes réserves de cobalt, est régulièrement montrée du doigt pour des pratiques d’extraction artisanale qui ne respectent pas les normes internationales de bonne gouvernance.

Lignes électriques tranchant les paysages, parcs éoliens et solaires jonchant de vastes territoires, mines chambardant les sols et les communautés : ces infrastructures seront de plus en plus présentes dans notre environnement. Dans les méthodes ainsi préconisées, la lutte contre les changements climatiques et la décarbonation de l’économie ne seront pas à coût nul : elles passeront par des changements profonds qui soulèveront eux-mêmes des défis de taille, auxquels il vaut mieux bien se préparer.

Plus près qu’on pense

Au Québec, l’industrie minière est déjà interpellée par l’augmentation importante de besoins mondiaux en minéraux dits critiques et stratégiques, et par l’acceptabilité des projets par les communautés locales et autochtones. Pour mettre en valeur les atouts du Québec dans la production, la transformation et le recyclage de ces minéraux, le gouvernement a élaboré un Plan québécois pour la valorisation des minéraux critiques et stratégiques 2020-2025.