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Publié le 28 nov. 2021
Alexandre Sirois
Alexandre Sirois La Presse

Q. Comment les centres de services scolaires et le gouvernement peuvent-ils ne pas prévoir la construction des écoles alors que les cohortes des enfants sont connues d’avance ?

Sylvain Millette

R. Les classes modulaires ne disparaîtront pas de sitôt au centre de services scolaire de Montréal, a rapporté récemment notre journaliste Marie-Eve Morasse.

On en avait installé près d’une centaine en 2018, entre autres parce que, vous avez raison de le souligner, on n’avait pas construit assez de nouvelles écoles ou de nouvelles classes à temps pour accueillir les enfants susceptibles de s’y inscrire.

Vous avez également raison de souligner que les besoins sont, à tout le moins approximativement, connus dès que les enfants naissent.

Quel est le problème ?

Le facteur numéro un est assurément le sous-financement, qui est la règle en matière d’infrastructures scolaires depuis trop longtemps.

Les commissions scolaires (qui ont, depuis, été remplacées par les centres de services) faisaient ponctuellement connaître leurs besoins en matière de nouvelles classes et de nouvelles écoles… mais Québec ne donnait pas nécessairement le feu vert à toutes ces requêtes. Le budget attribué ne correspond pas toujours à ces besoins. La capacité d’accueil ne suivait donc pas la demande.

Et le problème, on l’a constaté ces dernières années à Montréal sur certains territoires, peut souvent être accentué par le manque de terrains disponibles pour la construction de nouvelles écoles.

On parle donc d’« un manque de vision à long terme », déplore la Fédération autonome de l’enseignement, interrogée à ce sujet.

À cela, vous devez ajouter certaines sources d’irritation bureaucratiques.

Permettez-nous de vous présenter le cas de l’école Sainte-Lucie, dans le quartier Saint-Michel, qui a pu être reconstruite. Son ancienne directrice Kathleen Legault explique qu’une demande de reconstruction doit se faire séparément d’une demande d’agrandissement. Et ces deux demandes « ne seront pas nécessairement traitées selon les mêmes échéanciers ».

Par ailleurs, Québec n’a pas offert autant de nouvelles classes que ce qui était réclamé pour l’école Sainte-Lucie. On jugeait qu’il y avait suffisamment de place dans d’autres écoles du quartier.

Résultat : lorsque la nouvelle école ouvrira ses portes en janvier, elle aura trois classes de maternelle 5 ans, alors que la demande aurait permis à son directeur d’en ouvrir quatre. On ne pourra pas non plus y ouvrir plus de deux classes de maternelle 4 ans ni offrir de local au professeur d’anglais.

« On parlait d’ajouter cinq ou six locaux dans une école et non pas de trouver un terrain ! Quand on a les terrains, peut-on les rentabiliser ? », lance Kathleen Legault, qui est aujourd’hui à la tête de l’Association montréalaise des directions d’établissement scolaire.

Cela dit, pour revenir à la prémisse de votre question, on ne peut pas tout planifier grâce aux prévisions basées sur les naissances et à l’arithmétique.

Comme Marie-Eve Morasse l’indiquait dans son article, des classes modulaires peuvent aussi s’avérer essentielles lorsqu’on doit déplacer des élèves parce que, justement, leur école doit être reconstruite ou rénovée.

Il est difficile, par ailleurs, d’estimer le nombre de places supplémentaires qui sera nécessaire en raison de l’afflux de nouveaux arrivants dans tel ou tel quartier. On parlait par exemple, en 2018, de l’ajout de pas moins de 3831 élèves en classes d’accueil uniquement à la commission scolaire de Montréal. Sans compter l’incidence sur la capacité d’accueil des écoles de l’apparition d’importants ensembles résidentiels au fil des ans. Le cas le plus flagrant des dernières années étant Griffintown.

À l’inverse, on le constate cette année, une crise comme celle de la pandémie peut faire chuter le nombre d’élèves. Il y en a 2500 de moins sur le territoire du centre de services scolaire de Montréal. Ça représente une centaine de groupes de moins, soit l’équivalent de quatre ou cinq écoles primaires !

En somme, une bonne partie des cohortes est connue à l’avance, oui, mais c’est loin d’être une science exacte.

Lisez l’article de Marie-Eve Morasse