Richard Hétu, correspondant de La Presse à New York depuis 1994, couvre cette année sa septième campagne présidentielle. Au cours des cinq prochaines semaines, il fouillera dans sa mémoire pour raconter des faits, petits et grands, dont il a été témoin pendant les courses précédentes.

Richard Hétu Richard Hétu
Collaboration spéciale

(New York) C’était la deuxième fois que je voyais Donald Trump en personne dans une de ses tours new-yorkaises.

La première fois, en octobre 1997, j’étais parmi un petit groupe de correspondants étrangers à New York auquel le promoteur immobilier flamboyant faisait visiter le penthouse du Trump International Hotel & Tower. À l’entendre, la nouvelle tour de 55 étages sise au 1 Central Park West n’était qu’un des projets devant signaler son retour au sommet après ses faillites du début des années 1990. Un autre de ces projets devait prendre la forme d’un livre à paraître le mois suivant. Le titre : Trump : The Art of the Comeback.

« Nous espérons que le livre se hissera au premier rang des best-sellers », avait-il dit aux journalistes rassemblés autour de lui. « Mes deux premiers livres ont été numéro un. Pourquoi celui-ci ne le deviendrait-il pas? Il est encore meilleur que les précédents. »

Quel baratineur, m’étais-je dit en suivant Donald Trump dans la chambre des maîtres, les yeux fixés sur sa chevelure blonde qui semblait défier à la fois la gravité et la calvitie.

La seconde fois, le 16 juin 2015, je me trouvais au Trump Tower, de l’autre côté de Central Park, au sein d’un groupe de journalistes beaucoup plus imposant. Donald Trump devait y annoncer sa candidature à l’investiture républicaine pour l’élection présidentielle de 2016.

Avant de descendre à l’étage de l’atrium, site de l’annonce, j’avais été frappé par deux attroupements au rez-de-chaussée. D’un côté, près des ascenseurs, gravitaient des hommes et des femmes habillés comme des personnages de Goodfellas et portant autour du cou des cartons sur lesquels on pouvait lire « VIP ». De l’autre côté, entassés derrière des cordons de velours, des quidams portaient des t-shirts ornés d’un slogan : « Make America Great Again ».

En voyant parmi ces « partisans » de Donald Trump des gens dans la vingtaine ou la trentaine avec de véritables têtes d’acteur, j’avais senti l’arnaque.

À 11 h, précédé de sa femme Melania et au rythme de la chanson de Neil Young Rockin’ in the Freeworld, Donald Trump avait descendu à son tour l’ascenseur. Le reste appartient à l’histoire.

« Je serai le plus grand président en matière de création d’emplois que Dieu n'a jamais créé », avait-il dit en annonçant sa candidature. Il allait également promettre de remettre la Chine à sa place, de remplacer les accords de libre-échange désastreux et de stopper les immigrés clandestins en provenance du Mexique. « Ils apportent de la drogue. Ils apportent de la criminalité. Ils sont des violeurs », avait dit le baratineur en lançant un appel direct aux xénophobes.

Dans le journal du lendemain, j’avais comparé l’annonce de Donald Trump à un numéro digne du cirque Barnum & Bailey. Et je m’étais senti conforté dans mon scepticisme en apprenant que le nouveau candidat républicain avait bel et bien embauché des acteurs pour s’assurer d’un nombre suffisant de « partisans » lors du lancement de sa campagne. À partir de ce moment-là, je n’ai jamais vraiment cru à la possibilité que Donald Trump puisse se faire élire. Sans doute ma pire erreur de jugement en matière de politique américaine.