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Martin Frigon: cinéaste engagé

Martin Frigon, réalisateur du film Mirages d'un Eldorado... (Photo David Boily, La Presse)

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Martin Frigon, réalisateur du film Mirages d'un Eldorado

Photo David Boily, La Presse

Sonia Sarfati
La Presse

Alors qu'il bouclait son documentaire Make Money. Salut, bonsoir! qui dénonçait les impacts du passage de la Noranda à Murdochville, Martin Frigon a appris que la compagnie minière allait déménager sa fonderie dans le nord du Chili. Il a donc mis le cap vers ce Sud-là et en revient avec Mirages d'un Eldorado. Parcours d'un homme qui veut que sa caméra soit utile. 

Martin Frigon vient d'une famille de conteurs et de voyageurs. Son père fait de la photographie aérienne et a sillonné la planète. Sa mère est d'origine gaspésienne et chez elle, surtout dans la bouche de son propre père, les mots ont toujours servi de briques pour bâtir des histoires. Martin Frigon a ainsi goûté aux récits des uns, aux images des autres. C'est ce qui l'a forgé. À fait de lui un homme aux horizons ouverts qui, aujourd'hui, raconte des histoires grâce à une caméra. Des histoires vraies, puisqu'il est documentariste. Documentariste-conteur, disons. 

«Pour moi, entre les contes et légendes et le cinéma documentaire, il n'y a pas une si grande différence. En tout cas, dans le sens où je considère le documentaire. À mes yeux, un bon documentaire met en scène de bons personnages, de bons conteurs, des gens qui ont du bagou, de la repartie, du charisme. Qui sont riches et ont une couleur, autant dans le fond que la forme», explique celui qui, cet automne, a publié le recueil Contes, légendes et récits de l'Outaouais (il a grandi dans la région d'Aylmer) aux Éditions Trois-Pistoles; et dont le nouveau film, Mirages d'un Eldorado, est à l'affiche du Cinéma du Parc jusqu'au 9 octobre et sera diffusé sur les ondes de Télé-Québec le 8 décembre. 

Auparavant, le film aura été projeté... à bord de quelques autocar électoraux - où, semble-t-il, les candidats et leurs équipes ont bien du temps libre: «Nous avons contacté les différents partis, le PLC, le NPD et le Bloc attendent le film. Les conservateurs n'ont rien voulu savoir. Ça en dit long sur eux», fait Martin Frigon qui revient, avec ce documentaire, sur la problématique de l'industrie minière. 

Il l'avait abordé en 2004 avec Make Money. Salut, bonsoir!, traitant des conséquences du passage et de la fermeture de l'usine Noranda à Murdochville. La multinationale a par la suite fusionné avec Falconbridge, qui a été rachetée par Xstrata, laquelle s'est associée au géant canadien Barrick Gold pour le projet Pascua Lama - visant à exploiter les gisements d'or de la cordillère des Andes. En apprenant ça, alors que Make Money. Salut bonsoir! était en chantier, Martin Frigon a su qu'il allait mettre le cap vers le Chili. Raconter l'exploitation d'une autre région dite «ressources». 

Une fonction sociale
Il n'y peut rien. Ce type de sujets est dans ses gènes, dit-il. La Gaspésie de son enfance, celle où l'on croisait des pêcheurs indépendants sur tous les quais, où les agriculteurs autonomes avaient leur place et les mineurs, un travail... Cette Gaspésie n'existe plus. «Les gouvernements ont commencé à aider les grosses entreprises, à encourager les monopoles.» 

Le documentaire est sa façon de dénoncer la chose mais, aussi, de les faire bouger: «Je pense que le documentaire a une fonction d'intervention sociale importante. Je ne me considère pas comme un simple observateur, je suis partie prenante de l'action. La caméra, ma caméra, a un impact sur le comportement des gens que je filme. Sinon, ça sert à quoi d'en avoir une?» 

C'est pour cela que son travail sur le terrain se fait sur une longue période de temps. Pour trouver les «personnages» de son récit. Et pour s'intégrer à l'histoire, à leur histoire. «Au début, nous avons une dynamique plus statique, des échanges en question-réponse. Mais au bout d'un certain temps, un dialogue s'établit. La présence de la caméra, je l'ai remarqué, est un stimulant. Des gens vont faire des gestes qu'ils n'auraient peut-être pas faits autrement. Ils vont se montrer plus braves.» 

C'est alors qu'il braque la caméra sur eux. Pas sur lui. Martin Frigon ne joue pas les Michael Moore.
Photo David Boily, La Presse
«Je pense que le documentaire a une fonction d'intervention sociale importante», affirme Martin Frigon, réalisateur du film Mirages d'un Eldorado.

 




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