Publié le 13 févr. 2012
Anne CHAON AGENCE FRANCE-PRESSE

Agathe Bonitzer n’a pas besoin de compter sur ses doigts, mais à 22 ans, c’est déjà la 3ème fois qu’elle se retrouve en sélection à Berlin - la première cependant en compétition à la Berlinale.

L’actrice française, fluette et diaphane, porte ici l’un des dix-huit films en lice pour l’Ours d’Or, À moi seule de Frédéric Videau, qui l’a très librement adapté de l’histoire de Natascha Kampusch même s’il s’en défend.

Cette jeune Autrichienne, enlevée à 10 ans et séquestrée huit ans durant, avait réussi à s’échapper en plein été 2006 provoquant le suicide de son geôlier. Comme elle, la Gaëlle du film est gardée en sous-sol par son ravisseur. En revanche, Vincent a choisi de la libérer et jamais ne l’a violée.

«Ce n’est pas un film sur la séquestration: il n’y a ni victime ni bourreau» affirme l’actrice à l’AFP. «Gaëlle est autant aliénée que lui et se retrouve prisonnière de son histoire une fois dehors». Décalée parmi ses proches.

«Frédéric m’a dit une seule chose: l’intruse c’est elle. Et ça m’a aidée».

Le film a fait bon effet à la critique internationale - Variety, la Bible du milieu, insistant sur l’interprétation «en acier» de Bonitzer, «subtile et forte».

Pour autant la jeune femme n’envisage pas le palmarès qui sera annoncé le 19 février: «C’est déjà assez fort d’être en compétition».

Cette enfant de la balle en est à son quinzième long métrage mais n’a jamais reçu de récompense ni de nomination. Entre ses parents scénaristes et réalisateurs (Pascal Bonitzer et Sophie Fillières), elle a débuté à 7 ans et décroché son premier vrai rôle à 13, dans Les Sentiments de Noémie Lvovsky (sa mère dans À moi seule).

Si elle a tourné tour à tour pour son père et sa mère, elle s’est aussi prêtée à l’objectif de Christophe Honoré (Une Belle personne), Christopher Thompson (Bus Palladium), Jacques Doillon, Caroline Huppert...

Si vite, qu’elle a confessé à un moment «un sentiment d’imposture», l’inquiétude d’être là «pour de mauvaises raisons liées à ma famille», explique-t-elle.

«C’est le plaisir que je prends sur un plateau qui m’a rassurée. Je vois que c’est fait pour moi car aucun autre endroit ne me met aussi à l’aise qu’un tournage. J’y suis sereine, homogène. Je m’y sens à ma place».

En lui permettant de travailler, ce métier l’a aidée «à grandir, à se construire», juge-t-elle. «Moi qui suis très sérieuse, ça me rend ludique».

Depuis, elle a même découvert le théâtre l’été dernier, quand elle jouait Junie dans Britannicus. Et elle a «hâte d’y retourner»: «À la différence du cinéma, on a deux heures pour séduire». Ou mourir de peur.

Elle choisit ses mots avec attention. Une délicatesse qui tient en partie à ses études de littérature moderne à la Sorbonne où elle suit un Master 2 dédié au journal de Hélène Berr, une «Anne Franck française», déportée en 1944 et morte du typhus à Bergen-Belsen (Nord de l’Allemagne) à 24 ans.

«C’est une jeune femme de mon âge qui a conscience de vivre l’Histoire et l’analyse», résume-t-elle. «Continuer mes études, ça m’équilibre».

Elle avait consacré son premier Master à la correspondance de François Truffaut: pour elle, qui écrit et tient son propre journal, une belle façon de nouer un ruban entre littérature et cinéma.

Là, c’est le cinéma qui l’attend pour un diner de gala et du cinéma, avoue-t-elle, elle prend tout: «Les tapis rouges, les belles robes, le show, j’aime tout ça!».

Dans le film, son personnage ne cesse de modifier la couleur de ses cheveux qu’elle a naturellement d’un roux clair, longs et lisses. «Et fini, je n’y touche plus», jure-t-elle.