Publié le 29 févr. 2012
Jean-Christophe Laurence LA PRESSE

La scène d'ouverture vaut à elle seule le prix d'entrée. Nous sommes à La Havane et la fête bat son plein sur le toit d'un hôtel chic. Dans un long plan-séquence, la caméra glisse sur les musiciens, serpente entre les femmes en bikini, descend d'un étage et finit son mémorable voyage au fond d'une piscine. Filmé de main de maître, cet ultime sursaut de décadence américaine donne le ton à Soy Cuba, un des grands films de propagande de l'histoire du cinéma.

Tourné par une équipe russe juste après la révolution, le film explore l'âme d'un pays en transition en suivant quatre personnages emblématiques (l'étudiant, le paysan, la prostituée, le guérillero). Le résultat va bien au-delà de la politique pour devenir une oeuvre d'art à part entière. Les images en noir et blanc sont à couper le souffle, la technique (caméra sous-marine, infrarouge, extra grand-angle) et la réalisation, d'une élégance et d'une modernité absolues. Mal reçu à sa sortie en 1964, Soy Cuba est demeuré introuvable jusqu'à ce que Martin Scorsese l'exhume en 1993.

Au Cinéma du Parc jusqu'à jeudi.