Publié le 17 mai 2012
Marc-André Lussier LA PRESSE

Moonrise Kingdom a suscité un courant de sympathie et d'affection sur la Croisette. Mais est-ce assez pour lui valoir une Palme? Rien n'est moins sûr...

Le 65e Festival de Cannes a été lancé sur une note d'humour absurde et décalé grâce à la nouvelle offrande de Wes Anderson Moonrise Kingdom. L'auteur cinéaste, qui foule la Croisette pour une toute première fois, propose une comédie pince-sans-rire dont l'état d'esprit n'est pas sans rappeler celui qui animait ses premiers films, notamment Rushmore et The Royal Tenenbaums.

À Cannes, il est plutôt rare qu'un film d'ouverture soit inscrit en compétition officielle. C'est pourtant le cas de Moonrise Kingdom. Le film de Wes Anderson se révèle éminemment sympathique, mais on voit mal comment le jury, présidé par Nanni Moretti, pourrait lui attribuer le plus prestigieux laurier qui soit sur la planète cinéma.

Campé en 1965 dans une petite île de la Nouvelle-Angleterre, le récit s'attarde à décrire l'amour que se portent envers et contre tous deux préados de douze ans, exclus de leur milieu chacun à sa façon. Et l'émoi qu'ils suscitent le jour où ils décident de fuguer ensemble.

À sa façon très particulière, Wes Anderson pose les jalons de son histoire en plantant d'abord le décor. À cet égard, l'entrée en matière est un bijou de réalisation. Un peu comme un marionnettiste nous présentant sa maison de poupées, l'auteur cinéaste nous fait visiter toutes les pièces d'une maison familiale en orchestrant un plan-séquence vertigineux. Le ton sera résolument en porte-à-faux, un peu déphasé, mais néanmoins sincère. Anderson tentera de capter au fil de cette histoire le caractère unique des premiers éveils sentimentaux et sexuels à l'adolescence.

«Pour écrire cette histoire, je me suis souvenu de ce que j'aurais voulu qu'il m'arrive; malheureusement pas de ce qui est survenu pour vrai dans ma vie!», a déclaré hier l'auteur cinéaste.

Esprit de troupe

Flanqué d'une grande partie de l'équipe du film, notamment Bill Murray, Bruce Willis, Edward Norton, Tilda Swinton, Jason Schwartzman, Bob Balaban, sans oublier Kara Hayward et Jared Gilman, les deux jeunes acteurs principaux du film, Wes Anderson s'est amené sur la Croisette «en famille».

«Je n'ai jamais fait de la mise en scène de théâtre, mais j'aime créer un esprit de troupe sur le plateau, dit-il. J'adore travailler avec les mêmes gens, mais j'aime aussi intégrer de nouveaux membres. J'ai été ravi quand Bruce, Edward et Tilda ont accepté la proposition.»

Ces derniers auront été bien servis, car leurs participations sont toutes dignes de mention. Bruce Willis, en flic triste et esseulé, et Bill Murray, en père de famille disjoncté, ont de quoi se mettre sous la dent. Il en est de même pour Tilda Swinton, qui incarne à elle seule les «services sociaux», et Frances McDormand, remarquable dans le rôle de la femme de Murray.

On admirera la qualité de la réalisation et l'originalité des situations, mais l'ensemble se révèle plutôt mince, en fin de compte. On savourera ce nouvel opus de Wes Anderson comme une bonne friandise. Sans plus.

Au Québec, Moonrise Kingdom prend l'affiche le 15 juin.

Le printemps arabe, un an plus tard

On espérait beaucoup d'Après la bataille, présenté plus tard aujourd'hui en compétition. Réalisé par Yousry Nasrallah (Femmes du Caire), qui a notamment été l'adjoint de Youssef Chahine, ce drame égyptien se colle à l'actualité récente pour évoquer les bouleversements en cours en Égypte. Il décrit le parcours d'un jeune père de famille qui, manipulé par les services du régime Moubarak, fut l'un des «cavaliers de la place Tahrir», ceux-là mêmes qui, le 2 février 2011, ont chargé les révolutionnaires. Sa vie, tout comme celle de sa famille, sera pourtant transformée par l'arrivée d'une jeune militante provenant des beaux quartiers.

À travers cette rencontre entre deux êtres de classes différentes, Nasrallah tente de circonscrire un moment exceptionnel dans l'histoire récente de son pays. Intégrant à son film des images d'archives, souvent impressionnantes, reconstituant parfois quelques-unes d'entre elles pour y mettre en scène ses personnages, le cinéaste filme en état d'urgence. Après la bataille emprunte un aspect de cinéma-vérité fort intéressant. Dommage que la partie plus fictionnelle ne soit pas aussi bien maîtrisée. On frôle ici l'intrigue de téléroman, d'autant que les acteurs en font des tonnes dans les scènes dramatiques. Parions que le printemps arabe inspirera plusieurs autres films. Et ce sera bien tant mieux.

L'autre long métrage de la compétition aujourd'hui est De rouille et d'os de Jacques Audiard. Une rumeur formidable circule déjà sur la Croisette à propos de ce drame dont la tête d'affiche est Marion Cotillard. Hâte, dites-vous?