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Ziva Postec et Shoah: entre destin et création

Sorti en 1985, le documentaire Shoah de Claude Lanzmann est une fresque de 9 h 30 min racontant l'extermination des Juifs dans les camps de la mort nazis durant la Seconde Guerre mondiale.

Or, derrière le travail de Lanzmann, il y a celui de Ziva Postec, qui a mis six ans à faire le montage du film à partir de 350 heures de pellicules 16 mm. Un travail titanesque mené en parallèle à sa vie mouvementée et tourmentée.

C'est à cette femme, à son travail de création mais aussi à son destin que la documentariste Catherine Hébert consacre son plus récent film, présenté aux Rencontres internationales du documentaire de Montréal (RIDM).

Film mythique

Un jour, en présentant son film Carnets d'un grand retour à l'ancien cinéma Excentris, Catherine Hébert évoque l'importance du montage et rend hommage à sa monteuse, Annie Jean. À la suite de cette présentation, elle rencontre Rémy Besson, doctorant s'intéressant au film Shoah de Claude Lanzmann. «Rémy m'a expliqué la fabrication de ce film mythique et devenu une référence, dit-elle. Il avait rencontré Ziva Postec et s'intéressait à la relation entre le réalisateur et la monteuse.» C'est ainsi que Catherine Hébert a trouvé le sujet du documentaire qu'elle présente aujourd'hui.

Motivation

La résilience et la persistance de Ziva Postec attirent l'attention de Catherine Hébert. «Elle a mis six ans à monter ce film, indique la cinéaste. Aujourd'hui, dans de bonnes conditions, tu disposes d'une vingtaine de semaines pour monter un long métrage documentaire. Est-ce qu'au moment de monter le film, Ziva savait qu'il deviendrait une oeuvre de référence? Je ne crois pas. Il fallait qu'elle possède une motivation à l'épreuve de tout, quitte à y laisser une partie d'elle, pour s'investir avec autant d'intensité. Je voulais aller au coeur de cette motivation.»

Parcours singulier

Née en 1940 en Israël, Ziva Postec connaît un parcours singulier. Elle grandit dans une famille où on ne parle pas de la Shoah. Très jeune, elle s'installe seule à Paris et apprend le français en lisant le roman Isabelle d'André Gide. Elle travaille avec plusieurs grands réalisateurs (Tati, Resnais, Orson Welles). À 24 ans, son mari, l'acteur et metteur en scène Robert Postec, se noie sous ses yeux alors qu'elle est enceinte de sa fille Sarah, avec qui elle aura plus tard des relations difficiles. «En montant son film, sa relation avec sa fille aura été sacrifiée.»

Une scène tirée du film de Catherine Hébert.... (Photo fournie par les RIDM) - image 2.0

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Une scène tirée du film de Catherine Hébert. On y voit cette photo de la jeune Ziva Postec.

Photo fournie par les RIDM

Jetée par Lanzmann

Ziva Postec est jetée par Claude Lanzmann le soir de la première du film, le 21 avril 1985, projeté en présence du président François Mitterand. « Alors que Ziva se trouve près de lui, Lanzmann lui aurait lancé: "Qu'as-tu à me suivre comme un petit chien?", indique Catherine Hébert. Elle a compris que Lanzmann s'approprierait tout le crédit du film. Avec raison. Il a fait un travail formidable. Mais qu'est-ce que ça lui coûtait de mettre en lumière le travail de ses collaborateurs?» Dans un texte paru le 29 avril 1985 dans Le Monde, Simone de Beauvoir, maîtresse de Lanzmann, indique que «le montage de Claude Lanzmann [...] est une construction poétique». Pas un mot sur Ziva.

Ziva se raconte

Peu de temps après la sortie de Shoah, Ziva Postec retourne vivre en Israël ; elle y demeure toujours. Selon Catherine Hébert, elle n'a pas été trop difficile à convaincre de raconter son histoire. «Elle était contente qu'on s'intéresse à elle. Je crois que ça lui a coûté un peu de déterrer tout cela, mais lorsque nous avons plongé, je voyais qu'elle était heureuse de le faire. Elle a été effacée de l'histoire par Lanzmann alors qu'elle essayait de restituer l'histoire du peuple juif et du génocide. Il y a quelque chose d'ironique là-dedans.»

Plusieurs intentions

Catherine Hébert insiste pour dire que ce documentaire n'est pas une biographie de Ziva Postec. Son film, dit-elle, est à la jonction de plusieurs intentions: la vie de Ziva, la fabrication du film Shoah, les blessures de l'enfance. Mais au fond, ajoute-t-elle, c'est un film sur le processus de création et sur ses conséquences. «La motivation derrière la création d'un film comme Shoah a sans doute une résonance sur la vie d'une personne. Et je pense qu'on l'a bien expliqué dans notre film.»

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Ce soir, à 18 h, à la Cinémathèque québécoise.

Samedi, à 15 h, au Cinéma du Parc.




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