(Cannes) Les derniers films vus par notre envoyé spécial à Cannes.

Publié le 25 mai
Marc Cassivi
Marc Cassivi La Presse

Bowie par Bowie

Brett Morgen, le cinéaste de Montage of Heck (sur Kurt Cobain) a eu accès à des archives inédites de David Bowie, rendues disponibles par sa succession, et lui rend hommage, six ans après sa mort, dans Moonage Daydream, un film impressionniste absolument fabuleux, présenté hors compétition. C’est le contraire d’une biographie classique : une œuvre éclatée, décalée, colorée, psychédélique, pas tout à fait chronologique, en phase avec l’artiste avant-gardiste et prolifique qu’il était. À 33 ans, Bowie avait déjà enregistré 17 albums, exposé de nombreuses toiles et sculptures, joué dans deux films et une pièce de théâtre sur Broadway. « Je suis un généraliste », aimait-il dire. Moonage Daydream, c’est « Bowie par Bowie ». On entend la voix du Thin White Duke du début à la fin ainsi que 48 chansons remasterisées, en versions studio et en spectacle, dans ses multiples incarnations depuis Ziggy Stardust. Le montage est un tour de force, l’imagerie est fantastique, avec des extraits de films (Le voyage dans la Lune, Metropolis, Nosferatu, le vampire, A Clockwork Orange, etc.), de l’animation et des images de synthèse illustrant de multiples extraits d’entrevues sur la vie et l’œuvre de l’un des artistes les plus importants des 50 dernières années, toutes disciplines confondues.

Frère et sœur

PHOTO PIROSCHKA VAN DE WOUW, REUTERS

Présentation de Tori et Lokita, des frères Dardenne, avec Charlotte De Bruyne, Tijmen Govaerts, Joely Mbundu et Pablo Schils.

Tori et Lokita, le nouveau drame social des doubles Palmés d’or Jean-Pierre et Luc Dardenne, est leur neuvième film (sur 12) présenté en compétition à Cannes. Les frères belges s’intéressent encore une fois aux laissés-pour-compte de la société. Le film très bien réalisé, commence avec une enquête des bureaux d’immigration, qui cherchent à savoir si le récit raconté par une jeune femme est crédible avant de lui remettre ses papiers. Lokita et son jeune « frère » Tori sont inséparables depuis qu’ils sont arrivés d’Afrique en bateau. Ils ont parcouru l’Europe jusqu’en Belgique, où ils vivent dans un foyer, et vendent de la drogue pour survivre et rembourser leur passeur. Tori a à peine 12 ans, Lokita en a 16. Elle n’a d’autre choix que de se prostituer pour rembourser leurs dettes. Les mauvais traitements infligés aux femmes sont décidément un thème récurrent de cette compétition. Si l’interprète de Tori est attachant, on ne peut en dire autant de celle qui joue Lokita, trop consciente de la caméra. Le jeu non professionnel est un ingrédient indissociable du cinéma des Dardenne, mais il a aussi ses limites. Le charme de Rosetta et de L’enfant, Palmes d’or en 1999 et 2005, n’opère malheureusement pas cette fois.

Bon gars, mauvais gars

PHOTO PIROSCHKA VAN DE WOUW, REUTERS

Les acteurs de Nostalgia. dont Ériq Ebouaney (avec le costume vert) lors de la présentation du film

Nostalgia de Mario Martone aurait pu s’intituler Le bon gars et le mauvais gars. Comme son nom l’indique, c’est un film qui multiplie les aller-retours dans le passé, pour donner progressivement des indices de la vie de Felice, exilé au Moyen-Orient depuis 40 ans, c’est-à-dire depuis qu’un évènement malheureux l’a chassé de sa ville natale de Naples à l’âge de 15 ans. Il revient dans le quartier de son enfance, La Sanità, où il a fait les 400 coups avec son ami Oreste, pour revoir sa mère. Il trouve les lieux inchangés, toujours aussi durs, et contrôlés par la pègre locale, qui semble voir d’un mauvais œil le retour au pays de l’enfant prodigue. Rien, même pas les menaces du « Malommo » (le mauvais homme), petit patron de la Camorra, ne vient à bout de le convaincre de repartir au Caire, où il a pourtant une compagne. Et on se demande pourquoi, tout le long de ce film classique, une tragédie italienne bien ficelée qui n’a pas, sur un thème semblable, la profondeur et l’impact de Gomorra de Matteo Garonne, Grand Prix du jury à Cannes en 2008.