Des chercheuses se penchent sur l’impact de l’intelligence artificielle et des algorithmes dans nos vies quotidiennes. Leurs conclusions donnent froid dans le dos. Non seulement les appareils de reconnaissance faciale se trompent, mais ils font aussi de la discrimination liée à la race et au sexe.

André Duchesne André Duchesne
La Presse

L’intelligence artificielle a-t-elle une éthique ? Les algorithmes sont-ils racistes et sexistes ? La dernière frontière de nos vies privées a-t-elle été dynamitée par les téléphones intelligents, silencieux collecteurs de données personnelles ?

Certes, le sujet n’est pas neuf. Mais il est exploré ici dans un film solide, clair, documenté, allant droit au but et accordé au féminin. Des principaux intervenants (chercheurs, militants, journalistes), la très grande majorité sont en effet des femmes dont les recherches et les idées ont été entendues.

Il faut parfois, souvent même, se méfier des documentaires qui ont une cause précise à défendre. Ils peuvent avoir tendance à sombrer dans l’esbroufe et brouiller les pistes dans un « show de boucane ». Bref, à privilégier le contenant par rapport au contenu.

Ce n’est pas le cas ici où tout commence au très réputé Massachusetts Institute of Technology (MIT). Une chercheuse, Joy Buolamwini, a la surprise de sa vie en découvrant que l’exactitude des appareils de reconnaissance faciale augmente quand on est un homme blanc.

De là, on se transporte à Londres et en Angleterre, pays des caméras de surveillance, où des cas d’erreurs d’identification qui mènent à des arrestations sont relevés. Puis, on saute jusqu’en Chine où l’individu n’est rien sans la reconnaissance faciale.

Une autre séquence, tournée dans un HLM de Brooklyn, fait la démonstration d’une inquiétude généralisée à toutes les classes face aux pouvoirs de ces technologies.

Sorti en 2020 au festival de Sundance, le film revient sur le roman de George Orwell 1984 pour nous rappeler que le pouvoir totalitaire dépasse de loin la querelle géopolitique entre l’Est et l’Ouest.

S’il ne verse pas dans le sensationnel, ce film a toutefois le défaut de plusieurs autres documentaires du genre, à savoir que toutes les opinions exprimées sont du même côté. A-t-on essayé d’avoir d’autres versions ? On ne le sait pas. À défaut de cela, on nous indique que, dans les dernières années, des villes et des entreprises (dont Amazon) ont reculé ou pris des mesures pour mieux encadrer l’usage de cette technologie. Voilà qui est éloquent !

Sur Netflix

IMAGE FOURNIE PAR NETFLIX

Coded Bias, un film de Shalini Kantayya

Coded Bias

Documentaire de Shalini Kantayya. Avec Joy Buolamwini, Cathy O’Neil, Meredith Broussard.

1 h 26

★★★½