Wonder Woman a brisé un plafond de verre en 2017 lorsqu’on a finalement donné la chance à une femme de tenir le rôle principal d’un film de superhéros. Gal Gadot était étincelante dans le rôle de Diana Prince et, derrière la caméra, Patty Jenkins a construit de belle façon le récit d’origine de la princesse amazone.

Pascal LeBlanc Pascal LeBlanc
La Presse

Rappelons que le film, qui a remporté un excellent succès critique et commercial (plus de 800 millions en recettes), se déroulait pendant la Première Guerre mondiale. Lorsqu’on a revu la superhéroïne quelques mois plus tard dans Justice League, l’action était transportée à notre époque.

Alors, qu’a fait Diana pendant la centaine d’années qui sépare les deux films ? On se disait que Wonder Woman 1984, qui réunit le tandem Gadot-Jenkins, allait certainement offrir des réponses. Du moins, pour la première moitié de ce siècle. Eh bien, en résumé, elle travaille dans un musée et s’ennuie profondément. Le vide laissé par le sacrifice héroïque de Steve Trevor (Chris Pine), en 1918 (!), n’a de toute évidence jamais été comblé. Elle brandit son lasso à l’occasion et sauve la vie d’honnêtes citoyens — à visage découvert — ici et là, mais personne, à part quelques collègues du Smithsonian à Washington, ne semble la (re)connaître.

Elle se lie toutefois d’amitié avec Barbara Minerva (Kristen Wiig), une nouvelle employée qui partage sa solitude et sa passion pour la gemmologie. Ça tombe bien, car le FBI lui demande d’analyser une pierre mystérieuse qui vient d’atterrir sur son bureau. Max Lord (Pedro Pascal), charismatique magnat du pétrole célèbre pour ses publicités télévisées, est aussi intrigué par la gemme. Il séduit rapidement l’impressionnable Barbara et s’empare de la pierre, qui est en fait l’équivalent de la lampe du génie ou de la patte de singe, selon vos références. Les deux amies ont toutefois eu le temps de formuler des vœux : Diana a choisi de revoir son chéri et Barbara, de devenir comme Diana.

L’amour comme seule faiblesse

Évidemment, Max Lord se sert abondamment de sa nouvelle machine à souhaits et devient une menace pour la Terre entière. Reste qu’il n’est qu’humain, alors la plus grande guerrière de l’île de Themyscira ne devrait pas avoir de difficulté à le maîtriser, n’est-ce pas ? Non, car ses pouvoirs la délaissent petit à petit. Avec la réalisation du plus fou de ses rêves vient l’obligation de céder quelque chose en retour.

PHOTO CLAY ENOS, FOURNIE PAR WARNER BROS., ASSOCIATED PRESS

Gal Gadot et Chris Pine dans Wonder Woman 1984

Et c’est ici que ça se gâte. Non seulement Wonder Woman, fille de Zeus et d’Hippolyta, à la beauté divine et aux pouvoirs extraordinaires, passe une vie des plus ordinaires à se morfondre de la mort d’un homme disparu il y a plus de 60 ans, mais lorsque par miracle il revient, elle perd tous ses moyens.

On comprend que les scénaristes Geoff Johns, Dave Callaham et Patty Jenkins voulaient la rendre plus vulnérable, plus humaine, mais pour un personnage qui a toujours été féministe, c’est plutôt moyen comme façon de faire.

Malheureusement, Wonder Woman 1984 déçoit aussi à d’autres chapitres.

Pour un film — inutilement long — de deux heures et demie, l’action se fait rare. L’impressionnante scène d’ouverture qui incorpore les arts du cirque laissait pourtant présager de belles choses. Il y a quelques autres plans intéressants, dans les rues d’un Washington chaotique par exemple, mais c’est faible en comparaison aux autres films du genre des dernières années.

Hans Zimmer, qui n’arrête pas de dire qu’il ne composera plus de la musique pour les superhéros, aurait dû tenir parole tellement il ne semble pas inspiré.

Chris Pine nous permet de sourire (un peu), surtout dans la scène où il découvre la mode et la technologie des années 80… comme l’avait fait Diana dans le premier volet à son arrivée dans le monde des humains. Kristen Wiig est convaincante en scientifique maladroite qui prend graduellement de l’assurance. Jusqu’à sa transformation complète en Cheetah, personnage félin et sauvage de l’univers DC. Simplement horrible. Pedro Pascal est l’étoile de WW84. Il semble tout droit tiré des années 80 et joue avec beaucoup de nuances le perdant devenu mégalomane.

IMAGE FOURNIE PAR LA PRODUCTION

Affiche de Wonder Woman 1984

Pour ce qui est de Gal Gadot, on la trouve éteinte et effacée. L’actrice israélienne a certainement été dirigée ainsi, car oui, les êtres surpuissants peuvent aussi être déprimés. Toutefois, on peine à éprouver de l’empathie, car malgré ses intentions vertueuses, elle ne fait que véhiculer sa propre conception de la vérité — et celle d’un film qui insiste beaucoup sur la notion de mérite. Ce personnage vit seul son interminable deuil et défend l’humanité dans l’ombre de ses choix, mais il est normal que d’autres espèrent plus de la vie.

★★½

Wonder Woman 1984. Film de superhéros de Patty Jenkins. Avec Gal Gadot, Pedro Pascal, Kristen Wiig.2  h 31.

À l’affiche et en vidéo sur demande (29,99 $) le 25 décembre.