Violentée par son conjoint, Rosie, enceinte, se retrouve désemparée au milieu de la rue, à Vancouver-Est. Elle y est secourue par Áilá, une jeune femme dont la réalité est à mille lieues de la sienne. Entre ces deux femmes autochtones naîtra, le temps de quelques heures, une relation où le lien de confiance est soumis à d’innombrables obstacles.

André Duchesne André Duchesne
La Presse

Le cinéma des peuples des Premières Nations prend de plus en plus sa place sur les écrans. Ainsi, après Rustic Oracle, la semaine dernière, The Body Remembers When the World Broke Open est le deuxième long métrage de suite à s’intéresser à la réalité des femmes autochtones.

Réalité dans le sens du quotidien extrêmement fragile et explosif que plusieurs d’entre elles ont vécu au fil des ans. Un quotidien tissé de violence, de disparitions, d’exploitation sexuelle ou de graves problèmes de délinquance et de consommation.

Moins grand public que le film précédent, The Body Remembers… gagne toutefois en réalisme. Il est difficile de trouver un film de fiction aussi proche du documentaire et aussi naturaliste que celui-ci.

Elle-Máijá Tailfeathers propose une approche sans compromis du sujet ici abordé. Les deux personnages féminins centraux ont, oui, un parcours extrêmement difficile. Mais elles ont aussi des défauts, des failles que la réalisatrice n’hésite pas à mettre en lumière.

La mise en scène est dépouillée de tout artifice. L’histoire se passe sur quelques heures (en littérature, ce film serait sans doute une nouvelle), il y a au maximum cinq ou six scènes souvent traversées de longs silences. Les dialogues sont minimalistes.

IMAGE FOURNIE PAR LEVEL FILM

The Body Remembers When The World Broke Open, d'Elle-Máijá Tailfeathers et Kathleen Hepburn

De sorte que, il ne faut pas se le cacher, d’aucuns risquent de trouver l’œuvre ennuyante. Mais tout se passe dans le regard, le geste, l’hésitation marquant chaque mouvement. Très approprié, le titre renvoie à des questions de maternité, de féminité, d’appropriation du corps.

D’une grande justesse sur le plan tant du jeu que de l’aspect narratif, le film a récemment décroché les prix du meilleur scénario original, de la meilleure réalisation et de la meilleure cinématographie au gala des Prix Écrans canadiens. C’est tout dire !

★★★1/2

The Body Remembers When The World Broke Open. Un drame d’Elle-Máijá Tailfeathers et Kathleen Hepburn. Avec Elle-Máijá Tailfeathers, Violet Nelson. 1 h 45.

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