Quinze mois avant la date prévue de son lancement en salle, le spectacle musical Hamilton, filmé sur la scène du théâtre Richard Rodgers, à Broadway, fait une entrée remarquée sur Disney+. Cela laisse entrevoir à quel point Disney doit faire des choix difficiles pour continuer d’approvisionner sa plateforme en ligne.

Danielle Bonneau Danielle Bonneau
La Presse

La captation, réalisée en 2016 avec la distribution originale, raconte le parcours d’Alexander Hamilton, un des fondateurs des États-Unis et bras droit de George Washington pendant la révolution. Le film est lancé la veille de la fête nationale américaine, qui commémore la Déclaration d’indépendance du 4 juillet 1776, alors que les représentations dans les théâtres sont interrompues partout dans le monde, pour une période indéterminée.

Les téléspectateurs en sortent gagnants, ayant le privilège de voir de près l’extraordinaire prestation des artistes qui ont contribué au succès phénoménal du spectacle musical. Celui-ci a été créé par Lin-Manuel Miranda d’après la biographie Alexander Hamilton, de Ron Chernow, et a fait ses débuts à Broadway en 2015. Hamilton a notamment remporté 11 prix Tony, un Pulitzer et un Grammy en 2016, grâce à l’équipe que l’on voit à l’œuvre dans la captation. Le tournage a eu lieu pendant trois jours en juin 2016, lors de deux représentations. Des scènes ont aussi été filmées sous divers angles par des caméras sans que le public soit présent.

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Lin-Manuel Miranda, le créateur du spectacle musical Hamilton et interprète du rôle-titre, est chaleureusement applaudi par d’autres membres de la distribution.

L’effet est réussi : l’équipe aux commandes de la captation est la même que celle qui veillait à la destinée de la production théâtrale, qui a fait des remous à Broadway. Celle-ci apportait un vent de renouveau avec son mélange de musique hip-hop, de rap, de jazz et de rythm & blues, ainsi que sa distribution multiethnique.

Lin-Manuel Miranda transporte les spectateurs à une époque où tous les espoirs sont permis et où un immigrant, comme Alexander Hamilton, peut réaliser ses rêves à force de détermination et d’acharnement.

La phrase « Immigrants, we get the job done », qui résonnait déjà à l’époque où le spectacle musical a été filmé, suscitant à tout coup des applaudissements, touche une corde encore plus sensible aujourd’hui. Dans un scénario où l’ambition, le pouvoir, les jeux de coulisses et l’amour tiennent le haut du pavé, le talentueux créateur réussit à rendre captivante l’Histoire américaine, avec un grand H.

Ce qui nous amène à l’excellente prestation des actrices et des acteurs au cœur de la représentation. Lin-Manuel Miranda est impressionnant dans le rôle d’Alexander Hamilton. Il rend avec justesse, en articulant chaque mot, un texte percutant particulièrement difficile à prononcer. Un véritable tour de force. Leslie Odom, Jr., qui interprète Aaron Burr, l’ami devenu ennemi, Daveed Diggs, qui emprunte à la fois les traits du marquis de Lafayette et de Thomas Jefferson, et Renée Elise Goldsberry, dans le rôle d’Angelica Schuyler, la belle-sœur d’Hamilton, démontrent pourquoi ils ont chacun remporté un prix Tony pour leur interprétation. Christopher Jackson, inspirant le respect en tant que George Washington, Jonathan Groff, qui ne craint pas le ridicule sous la perruque du roi George, et Phillipa Soo, dans le rôle d’Eliza Schuyler, la femme d’Hamilton, ont quant à eux été en lice pour un Tony.

Une excellente connaissance de l’anglais est recommandée, tout comme l’écoute préalable des 46 chansons, afin d’apprécier le spectacle à sa juste valeur. Celui-ci est en effet constitué d’une habile enfilade de compositions musicales, qui racontent le fil des évènements qui se sont produits sur une période de près de 30 ans, jusqu’en 1804.

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Hamilton, de Thomas Kail

Le réalisateur Thomas Kail, qui était aussi le metteur en scène, connaissait chaque scène par cœur lorsqu’il a supervisé la captation du drame musical, parfaitement rodé. Il entraîne donc les spectateurs au cœur de l’action, permettant de voir de près la sueur qui perle sur le front de George Washington et la salive que projette le roi George en exprimant son dédain envers le peuple qui aspire à s’affranchir. Même les billets les plus chers ne procurent pas une telle proximité. Certaines scènes sont époustouflantes, grâce au mouvement incessant des personnages, qui sert la beauté du texte. Même s’il est parfois difficile d’apprécier à sa juste valeur l’originalité de la chorégraphie, qui tire avantage de la vaste plaque tournante au milieu de la scène, la fluidité des déplacements demeure perceptible lors de plans rapprochés. La prise de son est par ailleurs impeccable, permettant de saisir toutes les paroles échangées à un rythme étourdissant.

Le très prolifique et doué Lin-Manuel Miranda, le réalisateur Thomas Kail, et le producteur du spectacle musical Hamilton, Jeffrey Seller, sont les coproducteurs du film. Disney a apparemment déboursé 75 millions US pour en obtenir les droits internationaux. De nombreuses hypothèses circulent sur ce que la multinationale peut potentiellement accomplir avec une telle acquisition (dont évidemment une adaptation cinématographique). Il faudra patienter pour en savoir davantage.

Hamilton est maintenant offert sur Disney+, en anglais. Des sous-titres français sont proposés.

★★★★

Hamilton. Spectacle musical de Thomas Kail. Avec Lin-Manuel Miranda, Leslie Odom, Jr., Renée Elise Goldsberry. 2 h 40.