L’histoire de Buck, un chien hors de l’ordinaire qui écoute graduellement son instinct pour se transformer en loup, à l’époque de la ruée vers l’or au Yukon, a frappé l’imaginaire. Le récit de Jack London, publié en 1903, fait encore partie des lectures obligatoires dans plusieurs écoles. Le texte est dur et reflète son époque. Cette nouvelle adaptation cinématographique veut demeurer fidèle à l’œuvre originale tout en l’adoucissant. Un pari risqué.

Danielle Bonneau
Danielle Bonneau La Presse

À trop édulcorer le récit, pour plaire à un public familial et se plier aux préoccupations modernes, le film tombe à plat. Et suscite peu d’émotions.

L’œuvre The Call of the Wild met en lumière le grand rôle qu’ont joué les chiens pendant la ruée vers l’or, à la fin des années 1890, et raconte leurs rudes conditions de vie. Coulant des jours heureux en Californie, Buck se fait enlever à cause de sa stature imposante, qui attire l’attention de malfaiteurs. Son existence chavire. Il se fait battre à répétition à coups de bâton avant de capituler. Et il apprend à ses dépens la loi du plus fort au sein des chiens avec qui il se retrouve, pour tirer inlassablement un traîneau. Exploité jusqu’à l’épuisement, Buck trouve en lui la force nécessaire pour survivre. Et il redécouvre ses instincts carnassiers.

Dans le film de Twentieth Century Studios, la violence est évoquée, mais de façon furtive pour ne pas déranger. Or, c’est peu plausible qu’un chien aussi imposant physiquement se plie aussi facilement à la volonté de l’homme chargé de le mater avec un bâton. Le leader des chiens de traîneau, Spitz, disparaît quant à lui à la suite de son duel sans merci avec Buck, sans plus de détails. Cela détonne dans un univers qui se veut réaliste, même si la plupart des scènes ont été générées ou modifiées par ordinateur.

Le réalisateur Chris Sanders, qui provient de l’univers de l’animation, ayant coréalisé avec Dean DeBlois, Lilo & Stitch (chez Disney) et How to Train your Dragon (chez DreamWorks), en est à sa première expérience en tant que réalisateur d’un long métrage avec des prises de vue réelles. Grâce au travail du réputé directeur de la photographie Janusz Kaminski et des artisans de l’entreprise québécoise MPC, le réel et l’animation se fondent l’un dans l’autre. Le tournage des scènes se déroulant au Yukon a eu lieu en Californie, mais on perçoit l’immensité et la beauté du Nord-Ouest canadien. À certains moments, l’illusion est complète. Mais ce n’est pas toujours le cas, surtout lorsque Buck paraît démesurément gros. Sa taille distrait et rappelle qu’il a été créé de toutes pièces.

IMAGE FOURNIE PAR TWENTIETH CENTURY STUDIOS

The Call of the Wild, de Chris Sanders

Dans le scénario écrit par Michael Green, les personnages qui contribuent à façonner le destin de Buck ont presque tous subi des modifications. Le rôle de John Thornton, interprété par un Harrison Ford mélancolique et barbu, a gagné en importance. Mais la relation spéciale du prospecteur d’or avec le chien ne réussit pas à émouvoir.

Perrault et François, les deux postiers canadiens-français qui ont parcouru des milliers de kilomètres avec leurs chiens de traîneau pour livrer le courrier, ont aussi changé. François est devenu Françoise, une femme autochtone (l’Ontarienne Cara Gee, de la nation ojibwée). L’acteur français Omar Sy (Intouchables) interprète le rôle du meneur de chiens Perrault. Toute référence à la belliqueuse tribu fictive des Yeehats, de son côté, a été éradiquée pour des raisons évidentes. Mais la solution trouvée pour atteindre la conclusion aurait dû être mieux ficelée.

Buck demeure la vedette indéniable du film, parvenant régulièrement à faire partager ses émotions. Certains moments sont très drôles, surtout au début. Mais à cause des invraisemblances, qui empêchent d’embarquer à fond, on reste surtout de glace.

★★½

Film d’aventure. The Call of the Wild, de Chris Sanders. Avec Harrison Ford, Omar Sy, Cara Gee, Dan Stevens. 1 h 50.

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