Basé sur une histoire vraie, celle de l’agent de la paix Richard Jewell pris dans un hallucinant tourbillon médiatique et judiciaire après avoir découvert une bombe lors des Jeux olympiques d’Atlanta de 1996, ce nouveau long métrage de Clint Eastwood constitue une solide performance d’acteurs.

André Duchesne André Duchesne
La Presse

C’est avant tout à travers leur incarnation des différents personnages que le film peut être considéré comme une réussite. Car beaucoup d’entre eux crèvent l’écran. Une fois le film terminé, leur performance nous reste autant en mémoire que le sujet du film.

Dans les rôles de Richard Jewell et de sa mère, Bobi, Paul Walter Hauser et Kathy Bates sont terriblement convaincants. Hauser aurait pu facilement tomber dans les pièges du mimétisme, tellement son personnage de Jewell avait des tics. Bien au contraire, on s’attache tout de suite à cet homme sans histoire, un peu lourd et obsédé par l’application de la loi.

Le passage où Jewell doit faire étalage de sa collection d’armes est tout simplement délicieux et constitue une petite touche d’humour (il en fallait) dans cette histoire dramatique de haut niveau.

En mère aimante, ne sortant jamais de sa zone de confort et soudainement dépassée par les évènements lorsque tout déraille, Kathy Bates attire tout autant notre sympathie. Elle n’a pas volé sa récente nomination aux Golden Globes. 

PHOTO FOURNIE PAR WARNER BROS.

Affiche du film Richard Jewell

L’autre force du film réside dans le fait qu’Eastwood s’intéresse avec acuité à un cas patent d’abus de pouvoir et d’effets de meute. On imagine mal comment aurait fini cette histoire à l’ère des réseaux sociaux.

Mais rapportons-nous en 1996, quand l’histoire (vraie) de Richard Jewell s’est déroulée. Alors que les Jeux olympiques d’été ont lieu à Atlanta, un agent de sécurité sans histoire découvre une bombe au Centennial Park, où ont lieu des activités culturelles en soirée. La bombe explose. Deux personnes meurent, des dizaines d’autres sont blessées. Jewell, dont la vigilance a permis de sauver de nombreuses vies, est célébré dans les médias.

C’est ici qu’entre en ligne la journaliste Kathy Scruggs (Olivia Wilde), de l’Atlanta Journal-Constitution, et l’enquêteur Tom Shaw (John Hamm) du FBI. Ce dernier est convaincu que Jewell est celui qui a fabriqué et déposé la bombe. Et c’est Kathy Scruggs qui, après avoir couché avec Shaw, sort la nouvelle. Dès lors, la vie de Jewell se sublimera de héros à zéro. La chasse aux sorcières est commencée.

Grâce à l’intervention de l’avocat Watson Bryant (excellent Sam Rockwell), Jewell sera finalement innocenté.

Il est important ici de rappeler que dans les derniers jours, l’Atlanta Journal-Constitution et de nombreuses personnes ont décrié la façon dont Eastwood a dépeint la journaliste Kathy Scruggs en personnage ambitieux, désinvolte et sans scrupule lorsqu’il s’agit d’obtenir une exclusivité. 

On peut nettement comprendre que beaucoup aient été choqués. Non seulement parce que Mme Scruggs n’est plus de ce monde pour se défendre, mais aussi parce que la comédienne joue ici de façon tellement appuyée et caricaturale que c’en est risible, voire inconfortable. Dans la dernière scène où on la voit apparaître, elle verse une larme de façon pathétique. On n’y croit pas, mais pas du tout.

Par ailleurs, on soulignera au passage le travail du directeur de la photographie, le Québécois Yves Bélanger, notamment pour cette scène en clair-obscur où Jewell est interviewé, et celui du cadreur d’origine montréalaise Stephen Campanelli. Vous observerez ce premier plan qui met l’accent sur le drapeau canadien dans Centennial Park. Il y a sans doute un petit clin d’œil assumé au pays de la feuille d’érable là-dessous.

Consultez l’horaire du film

★★★½

Drame. Richard Jewell, de Clint Eastwood. Avec Paul Walter Hauser, Sam Rockwell, Kathy Bates. 2 h 09.