Avec James Gray aux commandes, il ne fallait pas s’attendre à un film de science-fiction à la Star Wars. Même s’il est parsemé de scènes vertigineuses et spectaculaires, le nouveau film du cinéaste, reconnu pour des œuvres comme The Yards, Two Lovers et The Immigrant, emprunte davantage la forme d’une introspection plutôt que celle d’un film d’action.

Marc-André Lussier Marc-André Lussier
La Presse

Il y a de l’aventure, mais celle-ci s’infiltre plutôt dans les méandres psychologiques d’un homme blessé, un peu comme dans The Lost City of Z, le film précédent de Gray. Même si ses qualités physiques et intellectuelles exceptionnelles en font un spécimen rare de l’espèce humaine, cet astronaute d’un futur pas si lointain ne parvient pas à fuir sa condition de Terrien moyen.

Il convient de souligner que Brad Pitt, au sommet de son art, offre ici une performance à la fois subtile et bouleversante, au cœur d’un récit dépourvu de toute trace de sentimentalisme.

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Brad Pitt dans Ad Astra, un film de James Gray

Au moment où l’on fait sa connaissance, Roy McBride (Pitt) travaille sur une structure en hauteur, tellement haute — on prévient ceux souffrant de vertige ! – qu’elle en transperce la stratosphère. Des phénomènes étranges, qui mettent en péril la survie de l’humanité, surviennent inopinément, provenant de très loin dans le système solaire — de Neptune, en fait.

Les autorités ont tôt fait d’établir un lien avec une mission ayant eu lieu 30 ans plus tôt, au cours de laquelle Clifford McBride (Tommy Lee Jones), père de Roy, est disparu sans laisser de trace, alors qu’il était lui-même envoyé vers la huitième planète du système solaire.

Aussi confie-t-on à Roy, qui voit en son père disparu un héros, la mission de tenter de communiquer avec lui (il est vivant ?) et de partir à son tour vers Neptune, non sans avoir fait une escale sur la Lune (ce qui nous vaut une scène de chasse-poursuite spectaculaire sur le sol lunaire), ainsi que sur Mars. Dans cette vision du futur, des infrastructures y ont été installées, lesquelles permettent aux Terriens de vivre pratiquement comme s’ils étaient sur leur planète bleue.

Plus que de la science-fiction

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Ad Astra

Ad Astra est bourré de références. Cela n’étonnera personne, dans la mesure où James Gray est un grand admirateur du cinéma des années 70. La quête existentielle du protagoniste n’est d’ailleurs pas sans rappeler celle qui figurait dans le roman de Joseph Conrad, Au cœur des ténèbres, qui a servi d’inspiration à Francis Coppola pour son fameux Apocalypse Now

On pense aussi, évidemment, à 2001 : l’odyssée de l’espace, de Stanley Kubrick, mâtiné d’un soupçon de Solaris (Andreï Tarkovski), d’Interstellar (Christopher Nolan) et de High Life (Claire Denis).

Plus qu’un récit de science-fiction, ce film visuellement splendide (Hoyte Van Hoytema en signe les images) explore avant tout la complexité d’une relation père-fils. Et si la production a demandé à James Gray de modifier un peu la fin de son long métrage afin de la rendre plus conforme à la norme hollywoodienne, il reste que cette odyssée intérieure se démarque par sa gravité et par cette volonté d’évoquer un apprentissage parfois difficile de la condition humaine.

★★★★

Ad Astra (V.F. : Vers les étoiles). Film de science-fiction de James Gray. Avec Brad Pitt, Tommy Lee Jones, Ruth Negga. 2 h 3.

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