La tonalité de cette nouvelle offrande de Sébastien Pilote est, il est vrai, différente de celle qu'on retrouvait dans ses précédents films, même si le réalisateur du Vendeur et du Démantèlement n'effectue quand même pas ici un virage radical. On sent toutefois sa volonté d'emprunter une démarche plus ludique, en utilisant des effets propres aux codes classiques du cinéma, notamment sur le plan musical.

Publié le 21 sept. 2018
Marc-André Lussier LA PRESSE

Quand Léonie (formidable Karelle Tremblay) décide de monter spontanément dans un autobus sans destination précise, elle le fait au son d'une musique ample  - signée Philippe Brault - qui rappelle même les films de Jacques Demy! L'humour diffus émanant de plusieurs séquences évoque par ailleurs le cinéma de Stéphane Lafleur par moments. Le réalisateur de Tu dors Nicole signe d'ailleurs le montage de La disparition des lucioles.

Au coeur de l'histoire, une adolescente de 17 ans, qui vit dans une petite ville qu'elle souhaiterait quitter au plus vite. Dès le départ, le cinéaste se concentre sur le malaise du personnage en orchestrant une scène de fête d'anniversaire au restaurant, où la jeune fille se retrouve en compagnie de quatre adultes, parmi lesquels sa mère (Marie-France Marcotte) et le conjoint de cette dernière (François Papineau).

Autant dire deux planètes générationnelles qui s'éloignent l'une de l'autre de plus en plus. D'autant que Léonie déteste son beau-père, un animateur de radio populiste dont le discours antisyndical tapageur serait à l'origine de l'exil de son père (Luc Picard), ancien président du syndicat d'une usine qui a dû fermer ses portes.

Sébastien Pilote s'attarde ainsi à dessiner le portrait d'une jeune femme qui voit la vie «avec des yeux de serpent», fatiguée d'être «tout le temps fâchée» et «pleine de haine».

Une rencontre inattendue

Évidemment, le personnage n'est pas modulé sur cette seule note. Sébastien Pilote, qui est aussi l'auteur du scénario, met au centre de son histoire la rencontre déterminante entre Léonie et Steve (Pierre-Luc Brillant), un musicien plus âgé, deux êtres qui ne pourraient avoir des visions plus différentes de la vie.

Ce dernier sort d'ailleurs rarement du sous-sol de la maison que possède sa mère, où il donne des cours de guitare, et s'adonne aussi parfois à faire de l'air drum au son d'une pièce de Rush. Léonie décrochant pour l'été un travail de préposée à l'entretien d'un terrain de baseball, elle offre ainsi l'occasion à son nouvel ami de livrer un solo de guitare électrique au beau milieu du terrain, sans public. Ou presque. L'amorce d'une histoire sentimentale est vite neutralisée par un simple signe de tête de la part de Léonie.

À travers ce récit, le cinéaste s'avance aussi en territoire politique et social, notamment en opposant l'animateur radio «proche du peuple», qui roule bien entendu en BMW, et le militant syndical, obligé de s'exiler dans le Grand Nord pour gagner sa croûte. «Pourtant, tout le monde veut donner son opinion!», clame une prof en classe quand elle s'étonne de voir Léonie être la seule à ne pas lever la main.

Parsemé de beaux traits de mise en scène (la scène des lucioles notamment), et bénéficiant du beau travail de Michel La Veaux à la direction photo, La disparition des lucioles n'a rien de vraiment spectaculaire, mais se révèle plus riche qu'il n'y paraît au premier abord. Et Karelle Tremblay crève l'écran. 

* * * 1/2

La disparition des lucioles. Comédie dramatique de Sébastien Pilote. Avec Karelle Tremblay, Pierre-Luc Brillant, François Papineau. 1 h 36.

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Image fournie par Les Films Séville

La disparition des lucioles

Le point de vue de Florence Frigon-Morin

Étudiante en cinéma au cégep Marie-Victorin, Florence Frigon-Morin, 21 ans, a déjà participé à l'attribution du Prix collégial du cinéma québécois. À notre invitation, elle fait partager son point de vue sur La disparition des lucioles

«La construction visuelle du film m'a beaucoup marquée. La direction photo et la direction artistique se complètent merveilleusement bien. Cette lumière qui arrive sur Léonie, la composition des images, avec des arrière-plans très étudiés, c'est super beau. J'ai par ailleurs trouvé que la relation entre Léonie et Steve ressemblait beaucoup à celle qu'on retrouvait dans Lost in Translation, le film de Sofia Coppola. Ces deux personnages sont hyper complémentaires, et Pierre-Luc Brillant appuie magnifiquement le jeu de Karelle Tremblay. 

«Le personnage de Léonie vit dans une tout autre réalité que la mienne, mais l'espèce de crise existentielle qu'elle traverse est rendue de façon très juste. À cet âge, on peut avoir de la difficulté à se projeter dans un avenir plus incertain, alors que les modèles qui nous sont proposés sont déjà très rigides, très stricts. 

«À mes yeux, ce film s'inscrit dans la même mouvance que Les faux tatouages. Je le recommande. Vraiment.»

PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE

Florence Frigon-Morin, élève en cinéma au cégep Marie-Victorin