Aleksi K.Lepage LA PRESSE

Parlant de cette étrange comédie romantique venue de Nouvelle-Zélande, on est presque obligé de référer au Napoleon Dynamite de Jared Hess, et ce n'est peut-être pas tout à fait par hasard si le personnage totalement anti-héroïque de Eagle vs. Shark se prénomme lui-même Jarrod tant l'hommage est évident. Film culte spontané, Napoleon Dynamite avait le mérite de présenter d'abord des jeunes personnages très peu sympathiques, encore moins séduisants (dont le héros lui-même) pour nous les rendre au bout du compte tout à fait attachants: Des personnages de perdants, asociaux et inconscients de leur maladresse, mais des esprits fiers et, au fond, libres et courageux.

Eagle vs. Shark, à savoir Lily, une jeune femme bourrée de complexes, et Jarrod, un adolescent attardé d'une trentaine d'années, forment un couple parfaitement improbable, à l'image aussi improbable de l'aigle et du requin, animaux solitaires et généralement infréquentables.

Pour des raisons qui dépassent justement la raison, la fragile Lily s'amourache de ce jeune insignifiant dénué de charisme. Mais sous ce piètre amant imbu de sa personne, sous ce prolétaire sans envergure, se cache un mystérieux artiste, un authentique original qui, sans chercher à épater, défie les modes et les conventions.

Il est, malgré lui, un homme intéressant, sensible et plus psychologiquement fragile qu'il n'en laisse paraître. Jarrod a de vieux comptes à régler avec celui qui a "ruiné sa vie", c'est-à-dire un ancien camarade de classe agressif qui l'a pris pour tête à claques.

Le désir de revanche est si fort que Jarrod ira retrouver sa famille, plus ou moins fonctionnelle, dans son village natal, en vue de donner une raclée bien méritée à son vieux compagnon d'école. Mais, loser un jour, loser toujours, le pauvre Jarrod ne l'emportera pas avec fierté.

Beaucoup moins cool et branché que son modèle Napoleon Dynamite, cette modeste production néo-zélandaise a réussi à conquérir le coeur des habitués du festival Sundance.

C'est un film fin, dans les trois sens du terme: un film gentil, intelligent et pourtant mince, qui laisse sur une impression de flou et un sentiment d'inabouti.

Humoriste populaire en son lointain pays, Taika Waititi s'offre ici une minuscule comédie pleine de tendresse et d'excellents sentiments, farce légère et douillette à laquelle des acteurs chez nous méconnus prêtent leur charme insolite et leur indéniable talent comique.

Par ces chaleurs insoutenables, et par cet éternel envahissement estival de choses américaines épaisses et riches, Eagle vs. Shark, malgré sa mièvrerie facilement pardonnable, est une petite poche d'air frais.

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Eagle vs. Shark

Comédie de Taika Waititi. Avec Loren Horsley, Jemaine Clement, Joel Tobeck. 84 minutes

Histoire d'amour improbable entre deux laissés pour compte, dans les splendeurs naturelles de la Nouvelle-Zélande.

Comédie douce et légère comme une brise

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