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Félix et Meira: du Mile End à Venise

Le réalisateur de Félix et Meira, Maxime Giroux.... (Photo André Pichette, La Presse)

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Le réalisateur de Félix et Meira, Maxime Giroux.

Photo André Pichette, La Presse

Trois lieux sur deux continents. Trois endroits de musique et de lumière où une histoire d'amour jugée impossible pour cause de fossé religieux se déploie soudainement sous nos yeux. Entre le Mile End et Venise, avec un détour par Brooklyn, le film Félix et Meira nous entraîne dans un voyage singulier. Tout en nous faisant découvrir le talent d'une jeune comédienne israélienne et d'un cinéaste québécois en pleine possession de son art.

Félix et Meira, film d'amour ?

Probablement plus un film sur l'amour, explique le réalisateur Maxime Giroux dont l'oeuvre, sortie en septembre 2014 au TIFF, rafle des prix partout où elle passe.

L'histoire, rappelons-le, est celle d'un amour naissant, mais vulnérable, entre un Québécois un peu bohème qui vit chichement dans le Mile End et une jeune juive hassidique, mariée, mère d'un bambin et en rupture avec sa communauté.

Avec Maxime Giroux, nous faisons le tour de la question en cinq tableaux.

Montréal, Brooklyn, Venise

L'histoire est campée dans le Mile End, avec des détours par Brooklyn et Venise. Pourquoi ?

« Le Mile End, où j'ai vécu, est un quartier multiculturel et multiethnique où les juifs hassidiques et les artistes (hipsters) sont installés. C'est exactement la même chose à Brooklyn, dans le quartier de Williamsburg. De plus, dans mon histoire, les choses se passent chez les Satmar (une dynastie hassidique) qui sont, dans la réalité, directement connectés avec ceux de Williamsburg. Ils marient souvent leurs enfants de sorte qu'il y a maintenant plusieurs juifs hassidiques new-yorkais installés à Montréal. Quant à Venise, c'est la carte postale. D'un point de vue visuel, elle représente une fin heureuse. Or, j'avais envie de faire un contraste entre ce que vivent mes personnages et cet environnement. »

Lumière

« La photo du film est signée Sara Mishara, directrice photo, entre autres de Stéphane Lafleur et de Bernard Émond. Pour nous, la lumière montréalaise d'hiver a quelque chose de spécial. Le soleil est bas et on a utilisé cela à fond. Même chose à New York où la lumière est un peu plus dorée. À Venise, le soleil était aussi très bas, de sorte que nous avons fait beaucoup de contre-jours, beaucoup de silhouettes. Il y a beaucoup de lumière, à la fois crue, parce qu'elle frappe les visages, et douce en raison de ses tons pastel, et beaucoup de parts d'ombre. Et on peut aussi parler de Meira qui signifie lumière en hébreu. »

Musique

« J'ai toujours pensé que la musique touchait plus facilement les gens que le cinéma. On entend des chansons et ça nous rappelle des choses de notre passé. L'humain grandit toujours avec de la musique. Et pour moi, la musique ouvre l'esprit de Meira. C'était donc important que son évolution passe par la musique. Et même si Meira utilise une table tournante dans le film, l'histoire se passe en 2014. C'est très plausible du fait que plusieurs personnes - dont moi - possèdent encore des disques vinyles, que les membres de la communauté hassidique ne sont pas très riches, etc. Et d'un point de vue cinématographique, c'est beaucoup mieux que de peser sur un bouton d'iPhone [rires]. »

Rituels

Le film nous fait découvrir des rituels de la communauté hassidique, comme celui de l'important repas du vendredi soir, début du sabbat. Comment Maxime Giroux y est-il arrivé étant donné que cette communauté est très fermée ?

« À la base, le scénariste Alexandre Laferrière avait fait des recherches documentaires. Au moment de préparer le film, j'en ai parlé avec d'ex-membres de la communauté, dont des comédiens, travaillant sur le plateau. Ils savaient exactement quoi faire avec ces scènes comme celle où le mari de Meira se lave les mains le matin. Quant à la scène du souper, cinq ex-membres de la communauté y participaient. Ils étaient très touchés parce qu'ils ont vécu cela longtemps dans leur vie. J'étais très nerveux en faisant cette scène, mais ils m'ont guidé tout le long. Sans eux, ç'aurait été impossible de la faire. »

Hadas Yaron

« Comme elle est bonne », s'exclame Maxime Giroux lorsque nous lui demandons comment il a découvert cette jeune comédienne israélienne jamais venue au Québec avant le tournage. « Dans le film Fill the Void, Hadas jouait une juive hassidique en Israël. Elle parlait hébreu alors que Meira parle yiddish. Je suis allé voir Fill the Void, je la trouvais très bonne, mais elle était très différente du personnage que j'avais en tête. J'ai donc cherché des actrices sans trouver. Mes producteurs lui ont proposé une audition, un peu à mon insu, par l'internet. Lorsque je l'ai reçue, après 15 secondes, elle était exactement ce que je voulais, avec son côté enfantin. Elle était extraordinaire, attachante, très différente du rôle dans Fill the Void. Pour le film, elle a appris à parler yiddish et français. »

Félix et Meira... (Photo Media Films) - image 2.0

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Félix et Meira

Photo Media Films

«Meira est seule et brave»

« Meira, je crois qu'elle est très seule. Et elle est très brave à mes yeux. À travers l'histoire du film, elle traverse un moment qui a toutes les allures d'une évolution. »

Au bout du fil, depuis son Israël natal, Hadas Yaron décrit avec empathie son personnage dans le film Félix et Meira de Maxime Giroux.

Sa voix est chaleureuse, ses rires sont nombreux, en dépit de la fièvre qui la tenaille. Visiblement, elle éprouve de la tendresse, de l'admiration pour cette Meira qui a fui sa communauté hassidique aux règles rigides pour aller vivre avec Félix.

« Au début de l'histoire, Meira est à la fois une enfant et une femme, poursuit la comédienne. Tout à coup, à la suite de sa rencontre avec Félix, quelque chose se réveille en elle. Malgré ses erreurs, elle avance. Je peux peut-être apprendre d'elle. »

À 24 ans, Hadas Yaron semble partie pour la gloire. Elle n'a qu'une petite poignée de films à son actif, mais elle accumule les honneurs individuels.

Ainsi, son interprétation de Meira lui a déjà valu trois prix d'interprétation à Amiens, Turin et Whistler. En 2012, elle a décroché rien de moins que la Coupe Volpi d'interprétation féminine à la Mostra de Venise pour son travail dans Fill the Void de sa compatriote Rama Burshtein. Cette année-là, Philip Seymour Hoffman et Joaquin Phoenix remportaient ex aequo le même prix chez les hommes pour leur interprétation dans The Master.

Bien sûr, Hadas Yaron est réceptive à l'idée d'une carrière internationale. Félix et Meira est néanmoins son premier film à l'extérieur d'Israël. Film pour lequel elle est venue tourner plusieurs semaines à Montréal et a appris des lignes de texte en français et en yiddish.

« J'ai tourné en plein mois de janvier. Il faisait très froid », se souvient-elle en s'esclaffant.

Disant connaître « un peu » quelques membres de la communauté hassidique, elle a davantage puisé à des sources extérieures, mais néanmoins associées à celle-ci pour composer son personnage.

« D'autres comédiens du film, comme Luzer Twersky, faisaient autrefois partie de la communauté hassidique [qu'ils ont quittée] et m'ont beaucoup dépeint comment ça se passait. J'ai aussi beaucoup lu le blogue d'une ancienne juive hassidique sur l'internet. Son nom m'échappe, mais je lui dois tellement de choses ! Tout ce qu'elle a vécu m'a beaucoup nourrie. Cette femme raconte sa vie antérieure, comment elle a eu ses premiers doutes, comment elle a été amenée à divorcer, etc. »

Croit-elle que l'histoire de Félix et Meira serait possible dans la réalité ? « Bien sûr que oui [rires]. Tout est possible, vous savez. La vie est tellement surprenante. L'amour s'exprime de bien des façons et dans ce film, il se traduit par beaucoup d'entraide. »

Amours impossibles au cinéma

Voici quelques films qui, à l'image de Félix et Meira, s'appuient sur une histoire d'amour impossible ou, à tout le moins, contrarié.

Roméo et Juliette

La très célèbre tragédie d'amour écrite par William Shakespeare, où deux jeunes gens aux familles divisées trouvent leur union dans la mort, a été plusieurs fois portée à l'écran; notamment par Carlo Carlei en 2013, Yves Desgagnés en 2006, Baz Luhrmann en 1996, avec Leonardo DiCaprio et Claire Danes, et Franco Zeffirelli, en 1968.

Une bouteille dans la mer de Gaza

Ce film de Thierry Binisti (2012) raconte l'histoire de Tal (Agathe Bonitzer), adolescente juive établie à Jérusalem, et Naïm (Mahmud Shalaby), Palestinien de 20 ans confiné à Gaza, qui entreprennent une relation épistolaire sur l'internet. La maison québécoise EMA Films est coproductrice de ce film, dont la musique est signée Benoît Charest.

Cyrano de Bergerac

Avec Gérard Depardieu, Anne Brochet et Vincent Pérez, le film de Jean-Paul Rappeneau, sorti en 1990 et tiré de la pièce d'Edmond Rostand, est un classique. Secrètement amoureux de sa cousine Roxanne, Cyrano, se trouvant trop laid pour la courtiser, exprime son amour en prêtant sa science des mots à Christian, l'autre soupirant de la belle.

Notre-Dame de Paris

Comme Cyrano et Roméo et Juliette, le roman de Victor Hugo consacré à l'amour qu'éprouve le bossu Quasimodo, pape des fous, pour la magnifique Esmeralda, danseuse bohémienne, a été maintes fois porté à l'écran. Réalisée en 1956, la version de Jean Delannoy met en vedette Gina Lollobrigida et Anthony Quinn.

Autant en emporte le vent

Campé en pleine guerre de Sécession, le fameux roman de Margaret Mitchell raconte l'histoire d'amour torturée et complexe de Scarlett O'Hara et Rhett Butler. En 1939, le réalisateur américain Victor Fleming porte l'oeuvre à l'écran avec Clark Gable et Vivien Leigh dans les rôles principaux. À la cérémonie des Oscars de 1940, le film remporte huit statuettes.

Pour une longue liste de films d'amour impossible, consultez: cinetrafic.fr/liste-film/414/1/l-amour-impossible-au-cinema




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