La chute de Sparte: à hauteur d'ado

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Le réalisateur Tristan Dubois a été comédien dans une vie antérieure.

Photo Edouard Plante-Fréchette, La Presse

Un film que les ados trouveraient cool, mais qui en plus charmerait les adultes, est-ce possible? C'est en tous les cas l'idée que le réalisateur Tristan Dubois avait en tête avant d'entreprendre La chute de Sparte, une adaptation pour le cinéma du roman jeunesse de Biz.

À une semaine de la sortie du film dans 36 salles au Québec, le pari semble réussi. La chute de Sparte est en effet un film à hauteur d'ado qui plaira aux adultes, avec une imagerie forte et colorée, un humour grinçant qui n'évite pas les sujets graves, mais qui sait aussi les dédramatiser.

Le film a été tourné il y a deux ans, mais sa gestation a débuté en 2010, l'année où Sébastien Fréchette, alias Biz, a commencé à écrire La chute de Sparte.

«Biz et moi, on se connaît et on se fréquente depuis très longtemps. Quand Biz m'a dit qu'il écrivait un roman pour ados en me donnant les grandes lignes de l'histoire, j'ai tout de suite vu le film. J'imaginais que ça serait un film qui serait aussi cool pour les ados que pour les adultes, où il y aurait des couleurs pétantes, de la musique rythmée et des ados aux prises avec des drames comme l'intimidation ou le suicide qu'ils vivraient intensément, mais en réussissant malgré tout à passer par-dessus et à poursuivre leur vie», raconte Tristan Dubois, un charmant druide, né en Suisse il y a 44 ans, arrivé au Québec à l'âge de 9 ans et élevé dans une ferme laitière du Lac-Saint-Jean.

En franchissant le seuil du bar où il m'attendait cette semaine, j'ai eu un sentiment de déjà-vu: Tristan Dubois ressemblait à s'y méprendre (avec quelques années en plus) au personnage de Xavier, le blondinet rondouillet de Tribu.com, et au Rémi Paquette de Watatatow. Je n'hallucinais pas puisque Tristan Dubois, diplômé du Conservatoire d'art dramatique de Montréal, a été acteur dans une vie antérieure, mais un acteur qui n'a jamais abandonné l'idée de passer de l'autre côté de la caméra. 

En 2006, à la fin de Tribu.com, quand les rôles ont commencé à se faire rares, Dubois a décidé de profiter de cette pause forcée pour aller étudier la réalisation à l'American Film Institute Conservatory (AFI), à Los Angeles. Son rêve n'était pas sans obstacle, puisque le programme de l'AFI est non seulement contingenté, mais aussi extraordinairement coûteux: 55 000 $US par année. Mais rien n'est impossible pour un gars bourré d'ambition. Après avoir soumis un portfolio béton, Dubois a été accepté avec 29 autres aspirants cinéastes et a pu réaliser son rêve avec l'aide financière de sa famille. 

De retour à Montréal en 2007, il a pour ainsi dire fait ses classes dans la vraie vie en réalisant six films de commande, des téléfilms sans grande substance et sans personnalité, formatés pour le marché mondial, mais qui lui ont permis d'apprendre à diriger des équipes techniques et à gérer des budgets de quelques millions.

Tristan Dubois a trouvé en Levi Doré le... (Photo Edouard Plante-Fréchette, La Presse) - image 2.0

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Tristan Dubois a trouvé en Levi Doré le comédien idéal pour incarner le personnage principal.

Photo Edouard Plante-Fréchette, La Presse

Regard d'ado

Tout cela était au fond une répétition générale pour La chute de Sparte, son premier vrai long métrage, qu'il a coscénarisé avec Biz pendant des années. Le personnage central du film s'appelle Steeve Simard, un ado de 16 ans interprété par Lévi Doré, qui termine sa 5secondaire à la polyvalente Gaston-Miron, qui a lu «toute la bibliothèque d'Alexandrie» et qui vomit le milieu bourge dont il est issu. D'entrée de jeu, Steeve se présente en voix hors champ et sert au spectateur la plus virulente critique de son milieu de vie: «J'habite à Saint-Lambert, dit-il, et ça me fait profondément chier. Saint-Lambert est une banlieue prétentieuse et hypocrite. Une vieille dame qui courtise le fleuve avec le petit doigt en l'air, tout en se faisant enculer par le boulevard Taschereau, ce chef-d'oeuvre de laideur pochemoderne.»

Le ton vient d'être donné: celui d'un ado au regard féroce et au ton cinglant, cultivé, mais pas trop intello, pas populaire, mais pas complètement isolé non plus puisqu'il a un grand ami, l'Haïtien Virgile (Jonathan St-Armand), et une passion secrète pour la belle Véronique Plourde (Lili-Ann de Francesco), qui ne sait pas qu'il existe.

«Quand j'ai lu le scénario, j'ai tout de suite voulu faire le film, raconte Lévi Doré. Je ne pensais pas avoir le premier rôle parce que je croyais qu'ils cherchaient quelqu'un qui ressemblait physiquement à Biz, alors je me suis présenté à l'audition en visant le rôle de Latreille, un rôle à la fois drôle et touchant. Quand ils m'ont appelé le lendemain pour me dire que je serais Steeve, j'en revenais pas.»

Pourtant, pour Tristan Dubois et pour Biz, il n'y avait aucun doute quant au choix du jeune acteur, révélé à la télé grâce au personnage de Zak dans Au secours de Béatrice.

«Lévi [Doré] nous a jetés en bas de notre chaise. Par sa sincérité, son authenticité. C'était le Steeve qu'il nous fallait. Sans lui, il n'y avait pas de film. J'étais tellement convaincu que j'ai voulu qu'on le rappelle tout de suite de peur qu'il soit pris à TVA ou ailleurs. J'ai eu toute la misère du monde à attendre jusqu'au lendemain.»

Le roman jeunesse La chute de Sparte a connu un beau succès en librairie au moment de sa parution. Pourtant, lorsque Dubois et Biz sont allés cogner aux portes des institutions pour en faire un film, ils ont eu de la difficulté à obtenir du financement. «On estimait que notre film ressemblait beaucoup à 1 : 54 de Yan England alors que le ton est complètement différent. On ne comprenait pas trop ce qu'on voulait accomplir et, de manière générale, on ne nous prenait pas au sérieux. Quand ils nous voyaient arriver, ils blaguaient: "Tiens, voilà les petits messieurs de cinéma"», raconte le cinéaste.

Au bout du compte, Biz et Dubois ont dû attendre quatre tours avant que le projet soit accepté. Ils ont eu aussi de la difficulté à trouver un distributeur. Pourtant, La chute de Sparte est un film grand public, pour ne pas dire un amalgame réussi entre un propos identitaire très québécois et une facture dynamique très américaine.

«Moi, je voulais faire un film pour tout le monde. Pas juste pour les gens qui trippent cinéma. Je voulais que ça soit beau et coloré. Une image hors foyer avec une caméra instable, très peu pour moi. Biz était entièrement d'accord. D'ailleurs, à ce sujet, il a été d'une abnégation remarquable. Il a accepté qu'on élimine du film tout le côté souverainiste du roman. Il n'y a rien de politique dans ce film. La seule remarque qu'on a gardée, c'est lorsque Steeve voit un drapeau québécois en lambeaux et demande pourquoi les drapeaux québécois sont toujours scrap. C'est tout.»

Tourné en partie à l'école Calixa-Lavallée de Montréal-Nord, rebaptisée pour l'occasion la Poly Gaston-Miron, La chute de Sparte est un plongeon jouissif dans l'adolescence, ce moment à la fois terrible et magnifique, comme le dit si bien Steeve. Tristan Dubois espère que les ados seront au rendez-vous. Et leurs parents aussi. Mais pas forcément ensemble ni en même temps.




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