Les festivals de cinéma sont de formidables marchés pour les diffuseurs à la recherche de la prochaine perle. C’est aussi le cas à Sundance, dont la 38édition se termine dimanche. Mais cette année, l’évènement de Park City a été plus que jamais une plateforme de lancement pour des œuvres ayant déjà un distributeur. Constat.

Publié le 28 janvier
André Duchesne
André Duchesne La Presse

Netflix a présenté le premier épisode de la série jeen-yuhs : A Kanye Trilogy consacrée à Kanye West. Showtime a fait les manchettes avec sa minisérie We Need to Talk About Cosby revenant sur l’affaire Bill Cosby. Et HBO a attiré les regards avec un (autre) documentaire sur la princesse Diana.

Comme tous les grands festivals de cinéma dans le monde, Sundance est un marché où, avant tout, les producteurs tentent de vendre leurs projets à des distributeurs attentifs. C’est toujours le cas cette année, où, selon un article d’IndieWire, un cinquième des 82 longs métrages présentés ont déjà un distributeur. Tous les autres en cherchent un !

Mais ce sont les projets dont la distribution est déjà assurée, et souvent avec une date de sortie, qui ont suscité une grande attention médiatique au cours de cette 38édition du festival.

Ainsi, la série sur Bill Cosby, accusé d’agressions sexuelles à répétition, commence ce dimanche à Showtime alors que celle consacrée à Kanye West arrivera le 16 février sur Netflix. CNN et HBO ont pour leur part lâché une bombe lundi avec le documentaire du cinéaste torontois Daniel Roher sur le dissident russe Alexeï Navalny.

PHOTO FOURNIE PAR LE FESTIVAL DE SUNDANCE

The Princess est un documentaire dit immersif réalisé par Ed Perkins. HBO MAX en assurera la distribution sur le marché nord-américain.

D’autres exemples ? Le film Phoenix Rising sur l’affaire impliquant Marilyn Manson qu’Evan Rachel Wood accuse d’agression sexuelle sera diffusé en mars sur HBO. La comédienne et cinéaste Eva Longoria a présenté le documentaire La Guerra Civil sur la rivalité entre les boxeurs Julio César Chavez et Oscar De La Hoya, qui sera diffusé par DAZN. Et l’humoriste Amy Poehler signe Lucy and Desi, un documentaire sur Lucille Ball que diffusera Amazon sous peu.

Évidemment, en cette période de confinement, tous ces lancements sont très visibles et alléchants. La qualité ? Variable.

Hyper documentée, la série sur Bill Cosby vaut la peine qu’on l’écoute. Les victimes de l’acteur regardent droit dans la caméra et se confient. Longuement. C’est douloureux à écouter. Mais c’est percutant.

Même s’il est question de boxe, le film La Guerra Civil l’est justement moins, percutant. La réalisatrice emprunte une formule formatée dans laquelle extraits d’époque et témoignages (mièvres) d’aujourd’hui se succèdent en cadence. Comme on connaît les résultats des matchs depuis plus de 20 ans, il faut un meilleur angle pour être convaincant. Retenons ce point d’intérêt : la difficulté de De La Hoya, né à Los Angeles, d’être reconnu par les Mexicains.

Fire of Love fait tourner les têtes

Cela étant dit, qu’en est-il du traditionnel marché d’acheteurs à Sundance 2022 ? Quel a été le film le plus convoité durant cette édition ? Le documentaire Fire of Love de Sara Dosa est un des heureux élus.

Ce film raconte l’histoire d’amour et de science unissant Katia et Maurice Krafft, deux volcanologues français qui ont passé leur vie à sillonner la terre pour étudier des volcans en éruption. Ils sont morts au pied de l’un d’eux, au Japon, en 1991. La cinéaste Miranda July assure la narration de ce film dont les images, même si elles datent des années 1970 et 1980, sont uniques.

Selon Variety, les diffuseurs Netflix, Amazon, Sony Pictures et Paramount, entre autres, ont été sur les rangs pour acheter ce film finalement acquis par National Geographic.

Or, surprise ! Au générique, on découvre que le Québec a fortement laissé sa marque sur le film. La productrice, Ina Fichman, est montréalaise. L’entreprise Post-Moderne a signé la colorisation, le « montage online » et le « packaging », nous indique Alexandre Domingue, patron de l’entreprise. Gavin Fernandes était mixeur sonore et Patrice Leblanc, concepteur sonore. Cette liste est non exhaustive.

Quelques coups de cœur

Fire of Love est sans aucun doute un de nos grands coups de cœur du festival. On espère donc une distribution au Québec.

Ailleurs, le long métrage bolivien Utama nous a littéralement chaviré. Pour son premier film, le réalisateur Alejandro Loayza Grisi raconte, à travers l’histoire d’un couple d’éleveurs de lamas vivant aux portes d’une région désertique de la Bolivie, l’agonie du peuple quechua. L’approche documentaire est marquée par une direction photo époustouflante et quelques éléments de réalisme magique.

PHOTO FOURNIE PAR LE FESTIVAL DE SUNDANCE

Scène du film bolivien Utama

Julianne Moore fait partie de ces comédiens et comédiennes qui n’hésitent pas à sortir des codes du cinéma hollywoodien pour servir des œuvres indépendantes et à budget modeste. Elle l’a fait de façon formidable pour When You Finish Saving the World, premier long métrage du comédien Jesse Eisenberg (The Social Network), dont Emma Stone est une des productrices.

Le film raconte l’histoire d’Evelyn, directrice d’un centre pour femmes violentées, qui voit son fils Ziggy (le Canadien Finn Wolfhard) s’éloigner d’elle et avoir des visées plus mercantiles. L’une et l’autre tentent de se retrouver à travers d’autres personnages de leur entourage. Une quête psychologique tout à fait réussie.

PHOTO FOURNIE PAR LE FESTIVAL DE SUNDANCE

Scène du film When You Finish Saving the World

Alors que le débat sur l’avortement reprend de plus belle aux États-Unis, deux films présentés à Sundance, un documentaire et une fiction, évoquent l’histoire du collectif Jane, un mouvement de femmes de Chicago qui, en 1968, a aidé 11 000 femmes à avoir un avortement alors que cela était illégal.

Le film de fiction s’intitule Call Jane et met en vedette Elizabeth Banks et Sigourney Weaver. Intense sans jamais verser dans l’excès, ce film signé Phyllis Nagy et très inspiré par l’histoire réelle sera distribué au Québec par MK2 | MILE END.

Comme celle de 2021, cette 38édition de Sundance a été présentée uniquement en ligne en raison de la situation sanitaire. À notre connaissance, un seul film important, Final Cut de Michel Hazanavicius (The Artist), a été retiré de la programmation. Souhaitons un retour à la normalité en 2023.