Le long métrage La déesse des mouches à feu d’Anaïs Barbeau-Lavalette est le grand gagnant de la 22édition du gala Québec Cinéma où il a remporté le prix Iris du meilleur film de la dernière année.

André Duchesne
André Duchesne La Presse

Le film a aussi remporté les prix de la meilleure réalisation à Mme Barbeau-Lavalette, de la meilleure interprétation féminine dans un rôle de soutien (Caroline Néron) ainsi que l’Iris de la révélation de l’année à Kelly Depeault, interprète de Catherine.

Le gala, animé par la comédienne Geneviève Schmidt, était présenté sur les ondes d’ICI TÉLÉ.

Scénarisé par Catherine Léger d’après le roman éponyme de Geneviève Pettersen, La déesse des mouches à feu raconte l’histoire de Catherine, une adolescente qui, témoin du déchirement entre ses parents, s’enfonce dans la consommation après avoir rencontré de nouveaux amis.

Les quatre prix remportés ce soir s’ajoutent aux trois autres (distribution des rôles, montage et coiffure) remportés jeudi soir au gala Artisans consacré aux catégories techniques.

Présenté à la Berlinale en février 2020, le film avait eu le temps d’être présenté durant quelques jours en salles avant une nouvelle fermeture de celles-ci durant la pandémie. Il avait eu le temps de remporter un vif succès auprès des jeunes. Le film est ressorti dans les cinémas une fois les interdictions levés.

En allant cherche son prix pour la meilleure réalisation, Anaïs Barbeau-Lavalette a salué les femmes réalisatrices. « Nos voix ont pris du temps à émerger. Elles ont toujours été là. Et puis enfin, elles arrivent, a-t-elle lancé. On fait des films qui nous ressemblent. On les fait à notre façon. C’est déstabilisant pour ceux qui nous entourent parce qu’on vient d’arriver. Ne nous transformons pas. Le cadre s’adaptera à nous et non l’inverse et le monde en sera juste plus beau et plus vaste. »

Souterrain de Sophie Dupuis repart de la soirée avec l’Iris du meilleur scénario et de la meilleure interprétation masculine dans un rôle de soutien pour Théodore Pellerin. Ce dernier, en tournage en Italie, a pris le temps de faire parvenir une vidéo où il a chaleureusement remercié tous les membres de l’équipe.

Ce sont Émilie Bierre, interprète de Magalie dans le film Les nôtres de Jeanne Leblanc, et Sébastien Ricard, l’attachant Frère Jean dans Le club Vinland de Benoit Pilon, qui repartent avec les trophées des meilleurs actrice et acteur dans un premier rôle.

Les Rose Prix du public

Le long métrage Les Rose de Félix Rose a donné un électrochoc à la soirée en remportant le Prix du public, une récompense qui constitue tout un pied de nez à l’industrie puisque ce film consacré à la famille de Paul et Jacques Rose du FLQ avait complètement été écarté des nommés, ce qui avait causé énormément d’émois.

PHOTO ERIC MYRE, FOURNIE PAR LE GALA QUÉBEC CINÉMA

Le long métrage Les Rose de Félix Rose a remporté le Prix du public

En montant sur la scène pour cueillir son trophée, le réalisateur n’a pas manqué de souligner le retournement de situation. « Merci au public pour cette vague d’amour qui a transporté Les Rose jusqu’au gala, a-t-il lancé. C’est la plus belle des reconnaissances. Vous venez d’envoyer un message fort à l’industrie : le genre documentaire, fondateur de notre cinéma, est populaire. Donnons-lui davantage de visibilité et ce dans toutes les régions du Québec. »

Vacarme, un long métrage campé dans un quartier défavorisé de Montréal où une enfant, Émilie (formidable Rosalie Pépin) apprend à composer avec la vie dans un foyer de la DPJ, remporte le prix du meilleur premier film. Cette œuvre réalisée par Neegan Trudel affrontait bonnes pointures, à savoir le film d’animation Félix et le trésor de Morgäa de Nicola Lemay et surtout Jusqu’au déclin de Patrice Laliberté qui a eu droit à 21 millions de visionnements sur Netflix.

Dans la catégorie du meilleur long métrage documentaire, l’Iris est allé à Errance sans retour de Mélanie Carrier et Olivier Higgins. Ce prix, poignante chronique sur le sort des réfugiés rohingya dans le camp surpeuplé de Kutupalong en Birmanie, s’ajoute aux deux autres (direction photo et montage) remportés jeudi au gala Artisans.

Enfin, les prix de meilleurs courts métrages de fiction, d’animation et documentaire ont été attribués ont été remis aux films Écume (Omar Elhamy), La saison des hibiscus (Éléonore Goldberg) et Le frère (Jérémie Battaglia).

Caroline Néron a sans doute donné un des plus forts discours de la soirée. Très émue, la comédienne, qui n’avait pas joué depuis 12 ans avant de décrocher ce rôle, a longuement remercié tous ceux qui l’ont aidée au cours des dernières années, alors qu’elle a connu des déboires dans le monde des affaires.

« Anaïs, quelle belle rencontre. Tu es une humaine extraordinaire, a-t-elle lancé à la réalisatrice. Tu es quelqu’un de rassembleur, tu es tellement brillante et intelligente. Tu m’as amenée loin dans mon jeu en me disant que j’étais sur mon X mais c’est toi qui m’as ramenée sur mon X. »

La comédienne a aussi remercié sa fille Emmanuelle qui l’accompagnait et lui a lancé : « Tu es ma source d’inspiration. Merci à toi. Tu vois, on peut tomber, se relever et réaliser de grandes choses. »