Le film Nomadland et la série The Crown ont été les grands gagnants de la 78e cérémonie des Golden Globes, dimanche soir. Mais ce gala reconnu pour son strass et ses paillettes n’avait pas le même attrait qu’à l’accoutumée en raison du casse-tête virtuel et de quelques problèmes techniques.

Marc Cassivi Marc Cassivi
La Presse

Des animatrices gentiment grinçantes

« Est-ce que ce gala aurait pu être un courriel ? Oui ! » Les animatrices Amy Poehler et Tina Fey, la première au Beverly Hilton de Los Angeles et la deuxième au Rainbow Room de New York, ont présenté en tandem la cérémonie pour une quatrième fois, devant un parterre de travailleurs essentiels (de la santé, pas de la télévision). Elles ont donné le ton – gentiment grinçant –  d’entrée de jeu, se moquant de la Hollywood Foreign Press Association (HFPA) et de ses choix les plus contestés, parmi lesquels la série télé Emily in Paris et le « flop mondial » de Sia, le film Music. « Voyons ce que ces weirdos européens ont choisi cette année ! Leur truc, c’est les navets tape-à-l’œil », ont-elles déclaré, sans oublier de regretter, sur un ton plus sérieux, l’absence de Noirs parmi les 87 membres de l’association de « journalistes ». « Ils n’ont pas dû recevoir le mémo ! »

Bogues techniques et discours engagés

PHOTO FOURNIE PAR NBC, AGENCE FRANCE-PRESSE

L’actrice Laura Dern remet le prix du meilleur second rôle masculin à Daniel Kaluuya pour son rôle dans le film Judas et le Messie noir.

Les lauréats, contrairement aux animatrices et aux présentateurs, étaient restés chez eux. La technologie faisait parfois défaut. Le micro du tout premier lauréat, Daniel Kaluuya, est resté fermé pendant près d’une minute et celui d’Amy Poehler a griché pendant une demi-heure. Heureusement que nous sommes maintenant habitués à la télévision « pandémique ». Certains en ont profité pour prononcer des discours plus engagés. « Notre humanité commune, ce qui nous unit, est plus importante que ce qui nous sépare », a déclaré Mark Ruffalo dans un vibrant discours à saveur environnementale, en acceptant le prix du meilleur acteur dans une série télé pour I Know This Much Is True. Aaron Sorkin, lauréat du meilleur scénario de film pour The Trial of the Chicago 7, a de son côté déploré l’insurrection du 6 janvier au Capitole, à Washington, et évoqué l’importance de sauvegarder la démocratie.

Sans strass ni paillettes

PHOTO FOURNIE PAR NBC, ASSOCIATED PRESS

Malgré la cérémonie virtuelle, Kate Hudson était apprêtée pour cette 78e soirée des Golden Globes.

Il régnait une bien drôle d’ambiance pour un gala qui se démarque d’ordinaire par son strass, ses paillettes et l’effet grisant de ses coupes de champagne. Le principal intérêt de cette cérémonie « virtuelle » était de voir les stars dans leur habitat naturel (le salon, le bureau ou la chambre d’ami). Le site Room Rater s’en est sans doute donné à cœur joie. Si certains s’étaient mis sur leur trente-et-un (Kate Hudson était habillée pour le bal), d’autres étaient en tenue beaucoup plus décontractée. John Boyega, meilleur acteur pour l’extraordinaire série télé Small Axe, de Steve McQueen, a révélé qu’il portait un jogging noir plus ou moins assorti à son veston de smoking crème. Jason Sudeikis, meilleur acteur pour la très comique série Ted Lasso, s’est présenté en kangourou multicolore, stylo à la main. Contravention de style, dirait Jean Airoldi.

L’éloquence des vétérans

PHOTO CHRISTOPHER POLK, AGENCE FRANCE-PRESSE

Jane Fonda a reçu le prix Cecil B. DeMille pour l’ensemble de sa carrière.

Les discours les plus éloquents sont venus des plus vieux lauréats de la soirée. La comédienne et militante Jane Fonda a reçu, à 83 ans, le prix Cecil B. DeMille pour l’ensemble de sa carrière. « L’art a non seulement toujours été en phase avec l’histoire, mais a aussi défriché la voie. Soyons des leaders ! », a déclaré celle qui a remporté sept Golden Globes en carrière. Élégante et suave, elle a appelé à plus de diversité et rappelé combien les films et les séries finalistes aux Golden Globes lui ont permis cette année d’être plus empathique envers les victimes d’agression sexuelle, les communautés afrodescendantes et musulmanes ou encore la planète et son environnement fragile. Le légendaire acteur, scénariste, producteur et réalisateur Norman Lear (All in the Family) a été tout aussi émouvant – et vif à 98 ans ! – en recevant le prix Carol Burnett pour l’ensemble de sa carrière télévisuelle.

Le couronnement de The Crown

PHOTO FOURNIE PAR NBC, REUTERS

Gillian Anderson a reçu de Christopher Meloni le Golden Globe de la meilleure actrice de soutien pour son rôle de Margaret Thatcher dans The Crown.

L’excellente quatrième saison de The Crown a remporté quatre prix. « Ça me manque d’être dans la folle salle du Beverly Hilton », a déclaré le scénariste Peter Morgan, en direct de son bureau exigu, au moment d’accepter le prix de la meilleure série télévisée dramatique. Plusieurs comédiens de The Crown ont aussi été récompensés : Emma Corrin (Lady Diana), Gillian Anderson (Margaret Thatcher) et Josh O’Connor. « Beaucoup se sentent seuls et isolés. Il faut mettre la santé mentale au centre de nos préoccupations », a déclaré l’interprète du prince Charles. Olivia Colman (la reine Élisabeth II) et Helena Bonham Carter (la princesse Margaret) étaient aussi finalistes. Emerald Fennell, qui interprétait Camilla Parker Bowles dans la série, était quant à elle l’une des trois femmes finalistes pour la meilleure réalisation d’un film dramatique pour Promising Young Woman.