Nadia, Butterfly, deuxième long métrage du cinéaste québécois Pascal Plante, a été retenu parmi les 56 œuvres de la sélection officielle Cannes 2020 du Festival de Cannes, annoncée mercredi. Il s’agit de la seule inscription canadienne de cette sélection toute spéciale, du fait que le festival n’aura pas lieu en raison de la pandémie.

André Duchesne André Duchesne
La Presse

« Je gère actuellement un afflux incroyable de notifications », a dit en riant Pascal Plante, joint quelques minutes après l’annonce faite par Thierry Frémaux en direct de la salle UGC Normandie, à Paris. « Au cinéma, il y a Cannes et tous les autres festivals dans l’imaginaire des gens. Humblement, de savoir mon film inscrit dans cette sélection est un grand honneur. Ces lauriers constituent pour le film une rampe de lancement extraordinaire. C’est un sceau de prestige. »

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, LA PRESSE

Pascal Plante, réalisateur du film Nadia, Butterfly

Tourné l’an dernier en 20 jours, 16 au Québec et 4 au Japon, Nadia, Butterfly est un film qui se rapproche d’un univers que Pascal Plante connaît bien : celui de la nage de haute compétition. Il met d’ailleurs en vedette deux nageuses olympiques, Katerine Savard et Ariane Mainville. Le film s’intéresse au sort d’une jeune femme qui doit composer avec des deuils à la veille de réaliser sa dernière compétition olympique en nage papillon.

« C’est une étude au microscope d’un moment très court, trois jours durant la compétition pendant lesquels Nadia accumule les microdeuils », a dit M. Plante à La Presse l’été dernier, au moment du tournage.

« Je vivais tellement de bonheur quand on est montées sur le podium olympique. La joie que je ressens en ce moment peut s’y comparer », a déclaré Katerine Savard à la suite de la sélection du film pour le festival.

PHOTO SARAH MONGEAU-BIRKETT, ARCHIVES LA PRESSE

Une scène lors du tournage du film en août 2019.

Productrice du film, Dominique Dussault voit ainsi le premier de ses longs métrages être sélectionné à Cannes. « Que Cannes fasse ainsi une place à la relève m’emballe beaucoup, dit-elle. C’était inespéré avec un budget de production de 1,6 million. Nous avions des moyens limités pour un projet ambitieux et nous avons réussi. »

Mme Dussault, en couple avec M. Plante, se réjouit aussi du fait que le film parle des femmes sous un angle différent.

C’est rare de voir des personnages féminins dans un tel univers au cinéma. Ce sont des personnages très riches. En tant que femme, je suis heureuse d’une telle représentation, de voir des femmes s’émanciper ainsi.

Dominique Dussault, productrice du film

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, LA PRESSE

La productrice Dominique Dussault

La distributrice Chantal Pagé (Maison 4:3) est de son côté fière de voir son association se poursuivre ainsi avec le réalisateur. « J’avais produit le premier long métrage de Pascal, Les faux tatouages [à la Berlinale en 2018]. La fidélité, la continuité, c’est important pour moi, dit-elle. En tant qu’ancien nageur de haut calibre, Pascal nous présente sa vision des choses avec authenticité. »

Questionnée à savoir si elle regrette que le film n’aille pas en festival comme de coutume, elle répond que le côté humain de la grande manifestation de Cannes lui manquera. « Je vais m’ennuyer de ne pas pouvoir le faire partager tout de suite aux gens, dit-elle. Par contre, nous avons bon espoir que les salles de cinéma rouvrent cet été. Mon but est de voir à ce que le film sorte à l’automne. »

Anderson, Maïwenn, McQueen...

Du fait que le Festival de Cannes n’aura pas lieu (il devait se tenir du 12 au 23 mai), la sélection officielle présentée mercredi l’a été en un seul bloc, et non par sections, telles que la compétition officielle, les œuvres hors compétition, etc.

Dans leur annonce, Thierry Frémaux et le président, Pierre Lescure, ont toutefois divisé leur présentation entre « fidèles », « nouveaux venus », comédies, films d’animation, etc. Évidemment, des noms de prestige ont émergé de la sélection.

Ainsi Steve McQueen (12 Years a Slave) est présent avec deux œuvres, Lovers Rock et surtout Mangrove. Basé sur une histoire vraie, ce dernier film relate l’histoire d’un procès survenu à Londres en 1970 à la suite d’une manifestation de haine raciale de policiers à l’égard de la communauté noire. Dans un communiqué, le réalisateur a dédié son film à George Floyd, dont la mort violente à Minneapolis, le 25 mai, a soulevé l’indignation de millions d’Américains et de personnes partout dans le monde au cours de la dernière semaine.

Maïwenn (Polisse) proposera ADN, film dans lequel une jeune femme retourne en Algérie, pays de ses ancêtres. La cinéaste jouera dans son film. Fanny Ardant, Louis Garrel et Dylan Robert sont aussi de la distribution.

Attendu, Wes Anderson est retenu avec The French Dispatch, film tourné à Angoulême avec une distribution de feu, qui comprend notamment Benicio Del Toro, Frances McDormand, Tilda Swinton, Adrien Brody, Saoirse Ronan et Léa Seydoux. « Un grand hommage au journalisme dans un style visuel tout à fait unique », a dit Thierry Frémaux.

François Ozon, habitué de Cannes, a été retenu avec son film Été 85, qui sortira en salle dans l’Hexagone le 15 juillet. Le film s’intéresse au premier amour entre deux jeunes hommes de 16 et 18 ans.

Le Montréalais Niels Schneider fait par ailleurs partie de la distribution de Les choses qu’on dit, les choses qu’on fait, d’Emmanuel Mouret, dans lequel une jeune femme enceinte de trois mois échange des confidences de plus en plus intimes avec le cousin de son compagnon, parti au travail.

Parmi les autres films sélectionnés, notons Passion simple, de Danielle Arbid, Un médecin de nuit, d’Elie Wajeman, Falling, de Viggo Mortensen, Slalom, de Charlène Favier, la comédie Les deux Alfred, de Bruno Podalydès, et L’origine du monde, de Laurent Lafitte.

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