(Deauville) Le festival du cinéma américain de Deauville s’ouvre vendredi dans l’ouest de la France avec en avant-première le nouveau Woody Allen, privé de salles aux États-Unis après des accusations d’abus sexuel visant le réalisateur, et un hommage à l’ex-007 Pierce Brosnan, avant la venue de Johnny Depp.

Chloé COUPEAU
Agence France-Presse

Avec Elle Fanning en tête d’affiche, A Rainy Day in New York (Un jour de pluie à New York) de Woody Allen « est un film très tonique, très drôle », selon le directeur du festival Bruno Barde. Mais cette avant-première a fait réagir des féministes aux États-Unis, d’autant que le festival a, comme la Mostra de Venise début septembre, également programmé American Skin, le nouveau film du réalisateur américain de The Birth of a Nation, Nate Parker, acquitté en 2011 du viol d’une étudiante.

Les deux films sont présentés hors compétition à Deauville, sans leurs réalisateurs.

« D’abord Woody Allen et maintenant Nate Parker. C’est juste l’été des agresseurs. Pas d’accord », a tweeté la fondatrice du groupe de pression Women and Hollywood, Melissa Silverstein.

« Il faut faire la différence entre le cinéaste et la personne », pense au contraire Catherine Deneuve interrogée par l’AFP fin août à Paris sur la projection du nouveau Woody Allen à Deauville où elle va présider la compétition.

« Les féministes ont quand même des œillères », a ajouté l’actrice qui avait pris position à contre-courant sur le mouvement #metoo début 2018, en signant avec une centaine de femmes une tribune défendant « une liberté d’importuner ».

La sortie en salle aux États-Unis d’A Rainy Day in New York a été annulée par Amazon lorsque la fille adoptive de Woody Allen a renouvelé en 2018, en pleine vague du #metoo, des accusations d’agressions sexuelles à l’encontre du cinéaste datant de 1992.

Mais le film est sorti en Pologne et est attendu dans d’autres pays européens.

« Il sort en France et c’est très bien. C’est un très grand film », a renchéri Bruno Barde interrogé par l’AFP sur la décision d’Amazon.

Woody Allen a toujours catégoriquement nié les accusations de Dylan Farrow, qui affirme qu’il a abusé d’elle en 1992 quand elle avait sept ans. La jeune femme est soutenue par sa mère adoptive Mia Farrow et son frère Ronan.

Des poursuites à l’encontre du cinéaste avaient été abandonnées après deux enquêtes distinctes de plusieurs mois.

« Un festival féminin »

Bruno Barde entend proposer pour cette 45e édition « un festival féminin », avec 11 des 36 nouveaux films programmés réalisés par des femmes, et des thématiques autour de leurs « combats ».

Les têtes d’affiche sont certes des hommes : Pierce Brosnan, attendu vendredi et samedi, et Johnny Depp, dimanche. Mais les actrices seront nombreuses sur les planches.

Sophie Turner, la Sansa Stark de Game of Thrones, est notamment annoncée samedi. Parmi les 60 films proposés aux 60 000 festivaliers, Deauville a programmé sur grand écran l’intégralité de la populaire saga fantastique, « une première mondiale », selon M. Barde.

Mardi l’actrice Geena Davis (Thelma et Louise) viendra présenter Tout peut changer, et si les femmes comptaient à Hollywood, documentaire qu’elle a produit. Et vendredi la comédienne Kristen Stewart (Twilight) évoquera Seberg de Benedict Andrews où elle incarne Jean Seberg.

Le jury de Catherine Deneuve annoncera ses lauréats le dimanche 15 septembre.

Parmi les 14 films en compétition (dont six signés par des femmes et neuf premiers films) s’affrontent notamment The Lighthouse, l’histoire en noir et blanc de deux gardiens de phare, de Robert Eggers et avec Robert Pattinson, Port Autority de Danielle Lessovitz, « un film troublant où l’identité des corps n’est pas obligatoirement la vérité », selon Bruno Barde ; The Climb, de Michael Angelo Covino, « une comédie très drôle sur une amitié entre deux hommes ».