La présence de Beyoncé au festival Coachella, en 2018, est gravée dans les annales de la pop. Le documentaire Homecoming, sorti hier sur Netflix immortalise ses deux performances dans le désert de Californie et relate la préparation du spectacle formulé comme un hommage à la culture afro-américaine. En un peu plus de deux heures, ceux qui n’en sont pas déjà convaincus le seront pour de bon : Beyoncé est une icône qui aura marqué à jamais la musique populaire.

Marissa Groguhé Marissa Groguhé
La Presse

Quand Queen B débarque à Coachella

On comprend que l’édition 2018 de Coachella ait été renommée « Beychella » par de nombreux observateurs. Beyoncé le dit elle-même dans Homecoming, documentaire qu’elle a écrit, réalisé et produit : les prestations que son équipe et elle ont conçues n’ont rien à voir avec ce qui se fait d’ordinaire dans les festivals. Qu’un film découle de cette production a bien du sens, étant donné la complexité de la scénographie, le décor majestueux, la présence de plus de 200 personnes sur scène (orchestre, danseurs, choristes) et les chorégraphies millimétrées. Première femme noire en tête d’affiche de Coachella, la chanteuse de 37 ans a mis les bouchées doubles pour ces deux concerts présentés durant les deux week-ends du festival.

Viser la perfection

Le spectacle de Beyoncé, qualifié d’« historique » par la critique, a nécessité quatre mois de répétitions musicales, puis quatre de plus pour les chorégraphies. Tout juste remise de son accouchement, la mère de trois enfants a rapidement entrepris de préparer « Beychella ». Le film restitue ses performances, en superposant les images des deux concerts. Des moments capturés durant les répétitions entrecoupent les tableaux du spectacle et montrent tous les efforts que l’artiste a faits pour offrir un numéro épique, mais aussi les difficultés qu’elle a rencontrées. « Je me suis poussée plus loin que je pensais pouvoir le faire », a révélé la chanteuse, avouant même avoir décidé « de ne plus jamais [se] pousser autant ».

Célébration de la culture noire

« Quand on a décidé de faire Coachella, plutôt que d’apporter ma couronne de fleurs, j’ai voulu y apporter notre culture », dit Beyoncé, en voix hors champ, sur des images de ses répétitions. De fait, Homecoming célèbre la culture afro-américaine. La chanteuse a voulu créer une ode à tous ceux « qui ont été marginalisés ». L’interprétation de l’« hymne national noir », Lift Every Voice and Sing, en début de concert, donne le ton. Le thème des universités traditionnellement noires, ces établissements créés dans les années 60 pour servir la communauté afro-américaine, a inspiré les costumes (signés Olivier Rousteing, de Balmain) et le décor, mais aussi la présence d’une fanfare et de danseurs de step. Beyoncé elle-même a raconté avoir déjà voulu intégrer un de ces établissements, mais ce sont les débuts de sa carrière avec Destiny’s Child qui ont en fin de compte été son école. Le film est aussi ponctué de citations ou d’enregistrements de discours d’intellectuels noirs, tels Maya Angelou, Tessa Thompson, Chimamanda Ngozi Adichie ou Malcolm X.

PHOTO FOURNIE PAR NETFLIX

Beyoncé dans le documentaire Homecoming, A Film by Beyoncé

Tout ce qui vient autour

Les plus proches collaborateurs de Beyoncé ont tous fait un passage sur scène à ses côtés. Jay-Z, son mari, y est allé d’une brève apparition, notamment pour chanter la chanson Crazy in Love, puis Solange s’est jointe à sa sœur pour un numéro de danse endiablé. Destiny’s Child s’est de nouveau reformé le temps de quelques chansons. Le duo de danseurs guadeloupéens Les Twins (Larry et Laurent), collaborateurs de Beyoncé depuis plusieurs années, ont occupé une place toute spéciale parmi la troupe d’une centaine de danseurs tout au long de la performance d’environ 1 h 45 min. Ceux que le public québécois a connus dans l’émission Révolution ont gratifié les spectateurs de formidables solos de danse.

Rares moments d’intimité

D’abord annoncée pour l’édition 2017 du festival, la chanteuse avait dû annuler sa présence parce qu’elle venait de tomber enceinte. Beyoncé révèle dans le film à quel point sa grossesse a été difficile, lui laissant l’impression qu’elle ne pourrait peut-être plus retrouver le corps et la forme physique qu’elle avait auparavant. Elle a dû subir une césarienne d’urgence pour sauver l’un de ses jumeaux. Rumi et Sir, en bonne santé et bientôt âgés de 2 ans, apparaissent d’ailleurs à l’écran à quelques reprises. Il s’agit là d’une des rares révélations sur la vie personnelle bien gardée de la vedette.

Homecoming : l’album

Petit bonus avec l’arrivée du documentaire sur Netflix : un album-surprise est également sorti hier matin. Dépourvu de matériel inédit, mis à part l’interprétation de Before I Let Go (chanson de 1981 du groupe R&B Maze), l’opus de 40 chansons, intitulé Homecoming : The Live Album, est en fait un enregistrement du concert donné à Coachella. La Beyhive – nom que porte la horde de fans de la diva – a accueilli le disque avec joie sur les réseaux sociaux, bien qu’on espère encore la parution d’un « vrai » opus cette année, deux ans après l’acclamé Lemonade. La chanteuse a pris l’habitude de lancer des albums sans avertir le public au préalable. Qui sait ce que Queen B nous réserve ?